Un appel pour lutter contre le trafic international de champignons 

Comme chaque année, le pillage de lactaires sanguins par des cueilleurs roumains reprend… Mais les maires des forêts concernées espèrent leur couper le champignon sous le pied grâce à des cueilleurs jurassiens. Une nouvelle stratégie qui a déjà montré son efficacité.

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Malgré quelques saisies, des tonnes de lactaires sanguins quittent chaque jour nos forêts pour l'Espagne.

« Ils » sont de retour. Ils ce sont les lactaires sanguins, champignons fort prisés en Espagne et dans le sud. « Ils » ce sont aussi les cueilleurs roumains qui depuis 7 ou 8 ans envahissent les forêts pour les piller. Des centaines selon les maires des communes impactées, d’où un trafic qui se compte en milliers de tonnes lorsque la saison est bonne. Après une année 2019 décevante (2 périodes de pousse de 10 jours, au lieu d’une saison normale de 1 mois et demi à 2 mois), les espoirs reposent sur les pluies d’automne. Car le juteux trafic international suscite aussi des envies chez les Jurassiens.
Depuis l’an dernier, sous la houlette de l’association des communes forestières du Jura (ACOFOR), les maires se sont organisés pour orchestrer une cueillette légale. Et la bonne nouvelle, c’est que les cueilleurs légaux coupent l’herbe (ou plutôt le champignon) sous le pied des illégaux.
Selon Michel Bourgeois, président réélu dernièrement à la tête de l’ACOFOR, « il n’y a pas eu l’an dernier de conflit entre eux. Les cueilleurs illégaux ont élargi leur périmètre en partant par exemple sur Saint-Laurent en Grandvaux ».
Des expériences similaires menées sur le plateau d’Hauteville-Lompnes (01) ou en Bourgogne ont montré que l’éviction des pilleurs se fait assez naturellement lorsque d’autres cueilleurs occupent le terrain. C’est pourquoi l’association des communes forestières lance un appel à tous les volontaires (lire encadré).
Un appel d’ailleurs bien rémunéré, puisque le kilo de lactaires peut varier en début de saison entre 4 et 6 €/kg. Sachant que –si la pousse est belle- il suffit de se baisser pour ramasser des dizaines de kilos par jour, certains ont fait leurs comptes qui peuvent se chiffrer en milliers d’euros par mois.

Des lieux de trafic parfaitement connus de tous

En 2019, « environ 240 cueilleurs légaux ont pris une carte » rappelle Michel Bourgeois, dont une bonne part sur Poligny (environ 120). Il faut dire que selon Dominique Bonnet, maire de cette commune dotée d’une immense forêt, « 150 à 200 cueilleurs roumains se regroupaient le matin au centre ville » pour faire leur toilette dans un café.
Car tous soulignent la précarité de leurs conditions de vie : même s’ils gagnent des fortunes (en particulier par rapport à la pauvreté sévissant dans leur pays), ces travailleurs illégaux campent et vivent à la dure dans les forêts, parfois avec femmes et enfants. Une situation indigne selon André Jourd’hui, adjoint à la forêt à Poligny, qui s’émeut aussi de « femmes mises le long des routes ».
Un peu de prostitution qui fait tâche dans le paysage et qui incitera peut-être l’État à agir ? D’après certains maires, l’État aurait longtemps pris l’affaire à la plaisanterie, mais selon le sous-préfet de Dole, Joël Bourgeot, les choses pourraient quelque peu changer. Bernard Laubier, maire de Pont d’Héry a été clair et net : « Il faut frapper plus fermement et frapper l’organisation ! Tous les ans, une cabane de chasse brûle, il n’y en a plus ! ».
Pour Dominique Bonnet, il faut aussi « faire peur aux organisateurs », sachant que les points de regroupement du trafic sont parfaitement connus de toutes et tous (y compris les forces de l’ordre et l’Etat) : vers le Super U de Champagnole, face à l’Intermarché de Poligny et sur l’A39 (aire du poulet de Bresse).

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere.

En vert, la trentaine de communes où il est possible de cueillir légalement, soit environ 15.000 ha (carte au 28 septembre). D’autres pourraient les rejoindre. Crédit : ACOFOR 39.

Comment cueillir ?

Quelques conditions sont à remplir : cueillir sur une forêt d’une commune participant à l’opération, venir chercher une carte de cueilleur en mairie, avec une pièce et une photo d’identité, et le justificatif d’un domicile dans le Jura. Pour la cueillette elle-même, Guy Belin, gérant de la « Forestière du champignon » a rappelé quelques conseils : être vêtu d’un gilet de couleur vive; cueillir si possible à plusieurs ; couper au couteau les lactaires en laissant 2 à 3 cm de pied ; ne pas toucher les fragiles lamelles ; proscrire les sacs plastiques et utiliser des paniers ou des cagettes aérées ; apporter sa cueillette chaque soir à Champagnole (un point de collecte est aussi souhaité par les élus à Poligny).
Et pour finir empocher en liquide chaque soir le fruit de sa récolte…

L’objet du délit et d’un trafic international impliquant France, Roumanie et Espagne.