Un agriculteur de bonne foi ira-t-il en prison ?

Philippe Thibert, éleveur, est victime selon lui d’un procès administratif à charge. Une situation kafkaïenne qui ne passe pas dans un contexte global de dénigrement de la profession, voire d’agribashing.

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Malgré son sourire, Philippe Thibert se dit prêt à aller jusqu'au bout pour un juste épilogue.

C’est un élevage comme il en existe tant dans le Jura. 85 vaches produisant du lait à Comté, « bien traitées » explique Philippe Thibert, 47 ans, agriculteur à Larnaud (près de Lons). Tous les jours debout à 5h pour traire ses vaches : beaucoup de travail, mais « un beau métier » confie-t-il, malgré les aléas économiques.
Face à la chute des cours du lait standard, il a investi 400.000 € pour se reconvertir dans le lait à Comté le 1er mars 2018. Malgré un climat devenu fou, « on s’en sort mieux financièrement » constate-t-il.
Alors où le bât blesse-t-il ? Dans un champ traversé par un fossé où coule un filet d’eau. Assez pour rendre parfois le terrain insalubre lorsque ses vaches s’y enfoncent. « Dès 2015, je me suis renseigné auprès de la DDT (direction départementale des territoires) pour curer ce fossé et permettre à l’eau de s’écouler », DDT qui selon lui, ne lui oppose aucune objection. Mais les finances sont alors précaires et le projet devra attendra 2018 pour aboutir : un curage modeste assure-t-il. Las, l’Agence française pour la biodiversité (AFB) lui reproche de ne pas avoir demandé une autorisation, le fossé étant passé entre 2015 et 2018 dans la catégorie « cours d’eau » (sic). Incompréhension totale de l’agriculteur : «Quand il y a une modification de vitesse sur une route, les panneaux changent. Comment pouvais-je savoir que la réglementation avait changé ? ».

Un sentiment général de stigmatisation

Après une audition à l’AFB, la sanction tombe : 7.500 € d’amende pour lui et pour son GAEC. C’est le début d’un enfer administratif, puisque ses questions se heurtent à un véritable mur : « La DDT et l’AFB se renvoient la balle, personne ne veut me répondre ». Une situation qui ne passe pas, d’autant plus qu’un fâcheux précédent existe : « En 2017, on avait replanté 1,5 km de haie sur Larnaud avec l’association de chasse, de pêche, et les enfants de l’école dans le but de favoriser la biodiversité et protéger la faune sauvage. Un an plus tard, cette haie en bordure de route a été complètement broyée par la DDE sur notre propriété ! ». Réaction : « Cela ne sert à rien de promouvoir l’écologie, on est au contraire considérés comme des pollueurs, voire des truands ». Idem lorsqu’en tant que piégeur dûment autorisé par la préfecture pour réguler les des espèces nuisibles, il découvre ses pièges « massacrés ». « Trop c’est trop ! » conclut-il.
Miné par un éventuel procès à venir, ce père de famille se dit « prêt à aller en prison » s’il le faut. A moins qu’une solution amiable l’emporte… Ce que l’on ne peut que souhaiter.

Les agriculteurs du Jura avaient lancé en octobre-novembre des opérations “coup de poing” pour dénoncer “l’agribashing”.

Des efforts quotidiens pour produire plus « vert »

Selon Philippe Thibert, le temps du productivisme à outrance, professé dans les années 60-70 est révolu. « Les traitements phytosanitaires ont été divisés par quatre. De plus, ces produits sont très encadrés : après leur homologation, il faut détenir un certificat pour les utiliser avec recyclage tous les 10 ans. Même les pulvérisateurs sont contrôlés tous les deux ans par un organisme agréé ». Côté vaches, tout est noté et traçable : alimentation, complémentation, voire médicaments (bio si possible). « Je fais tout ce que je peux pour l’environnement, je recycle même les bouchons de bouteille plastique et du papier pour financer la coopérative scolaire et offrir des fauteuils à des personnes handicapées. « Moi aussi je suis un ami de la nature » conclut-il, espérant ne plus être stigmatisé, comme de nombreux autres agriculteurs du Jura.