Tout augmente, mon pauvre monsieur…

Inflation or not inflation ? La relance de l’économie mondiale s’accompagne d’un coup de chaud qui gagnera sans doute les biens de consommation. Explications.

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2,6% en mars; 4,2% en avril… Elle monte, elle monte la petite bête, celle qui démange les marchés financiers. Selon les derniers indices des prix à la consommation CPI publiés aux Etats Unis, il ne fait pas de doute que le pays de l’oncle Sam est passé du marasme le plus complet au printemps 2020, à un boom économique porteur d’espoirs. Taux de chômage en baisse, de consommation en hausse, il n’en faut pas plus pour nourrir de légitimes espérances pour l’Europe. Mais tout cela s’accompagne depuis des mois et des mois par une véritable flambée de certains cours. Situation inédite depuis au moins cinquante ans, elle concerne quasiment toutes les matières premières : des métaux industriels aux denrées agricoles, en passant par des matériaux plus ou moins rares. C’est ainsi que le bois flambe (lire encadré), ce qui aura des impacts sur le secteur de la construction. On voit d’ailleurs mal, comment de telles hausses ne diffuseraient pas à travers toute l’économie pour atteindre au final les consommateurs.

Les banques centrales temporisent

En tête de gondole des plus fortes hausses, on trouvera sans nul doute tout ce qui contient de l’électronique, comme les ordinateurs et les smartphones. La pénurie de semi-conducteurs et autres composants électroniques s’est aussi invitée au bal, mais la hausse des prix touchera certainement aussi les produits alimentaires… Raisons de cet emballement : outre une demande accrue, du côté de l’offre l’industrie doit reconstituer à toute vitesse les stocks qui ont été écoulés au cours des derniers mois. Des problèmes logistiques sont passés par là : malgré une explosion (aussi) du prix du fret maritime, les délais se sont allongés pour envoyer ou recevoir des biens par bateau. Seuls remparts éventuels face à une possible pandémie inflationniste, les banques centrales temporisent. Leur leitmotiv, déverser des milliards et des milliards de liquidités sur les marchés pour relancer l’économie, demeure tandis que les propos rassurants se succèdent. Selon Jérôme Powell, président de la Fed américaine et Christine Lagarde, son homologue européenne présidente de la BCE, si l’inflation fait son retour « cela ne devrait pas durer » plus que quelques mois. Mais les chiffres qui tombent les uns après les autres pourraient les contraindre à revoir leurs copies, et à sortir du dogme de ‘l’argent facile’ plus tôt que prévu. Les investisseurs guettent tout signal annonçant une remontée des taux d’intérêt mais au final, la question ne semble plus de savoir s’il y aura inflation aux Etats Unis et en Chine, puis en France. Mais quand et surtout pour combien de temps…

Stéphane Hovaere.

Quand le bois de construction flambe

Parmi les pays avides de bois de construction, la Chine et les Etats-Unis trustent les premiers rangs. Faute de ressources suffisantes chez eux, ce sont d’ordinaire les grosses scieries scandinaves, allemandes ou autrichiennes qui pourvoient à leurs besoins. Malgré un cours qui a plus que triplé au cours de l’année écoulée, les scieries n’arrivent plus à fournir et des chantiers ne peuvent démarrer. Cela alors que les consommateurs, qui ont souffert d’être enfermés dans des logements étroits durant les confinements, demandent tous leur maison bois, un matériau dans l’air du temps. Ils risquent de devoir patienter un peu… De mémoire de professionnels, « c’est du jamais vu » depuis la crise pétrolière de 1974, qui avec ses 30% de hausse du bois, semble désormais presque anecdotique.