Suppression confirmée d’un aller-retour Paris-Lausanne : un désaccord unanime face à une décision unilatérale

L’annonce par la société Lyria de supprimer un aller-retour Paris-Lausanne vie Dijon, Dole et Frasne à compter de décembre 2019, est en train de provoquer une levée de bouclier des élus et des populations concernés. Sauf que la décision semble définitivement actée. Du moins, pour l'instant...

781
Comme à Mouchard il y a quelques années, les suppressions d'arrêts TGV ont toujours mobilisé massivement. Cela n'a pas suffit pour que Lyria accepte de revenir sur sa décision de suppression en décembre prochain, d'une ligne Paris-Lausanne sur les quatre qu'elle propose .

L’histoire tient plus d’une médiocre série B dont le scénario aurait été mal ficelé, que d’une véritable surprise, tant l’issue paraissait déjà intangible. C’est pourquoi afin d’y voir clair, il convient de reprendre le déroulement chronologique des événements.

La rumeur de suppression d’un aller-retour Paris-Lausanne (entraînant dans son sillage la disparition des trois arrêts à Dijon, Dole et Frasne), qui jusque là n’en était restée qu’au stade des bruits de couloir, s’est mise à prendre une tout autre tournure lundi 21 janvier dernier.
C’est Marie-Guite Dufay, qui a tiré la première, faisant savoir ce même lundi par le biais d’un communiqué son opposition “à cette suppression sèche de dessertes de ces trois gares”.
“A l’origine de la création en 2018 d’un comité de suivi des dessertes du Lyria, je réunirai ce comité le plus rapidement possible pour auditionner Lyria sur ce choix de parcours évitant la Bourgogne-Franche-Comté au profit de Genève. Je vais interpeller directement Madame la Ministre des Transports sur cette prise de décision unilatérale qui contredit la loi pour un nouveau pacte ferroviaire récemment votée” précisait alors la présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté.

“Que la SNCF respecte son devoir de service public, que la Région fasse respecter notre territoire !”

Dès le lendemain, mardi 22 janvier, son principal opposant François Sauvadet, s’est quant à lui chargé de la deuxième salve :
“Que la SNCF respecte son devoir de service public, que la Région fasse respecter notre territoire !” tonnait l’élu dijonnais.
“La décision unilatérale de Lyria, filiale de SNCF Mobilités, annoncée de supprimer un aller-retour Paris-Lausanne via Dijon, Dole et Frasne est un mépris total des usagers, habitants et élus locaux. Si elle se confirmait, ce serait la disparition d’une liaison entre la Bourgogne-Franche Comté, Paris et la Suisse, deux des principales interfaces économiques de notre région. Le principe de rayer de la carte des dessertes les villes de Dijon, Dole et Frasne ne peut pas être conçu et présenté comme la réalisation d’une mission de service public avec objectif de développement durable et d’aménagement du territoire” estimait pour sa part le président des élus du groupe Union des Républicains de la Droite et du Centre.

“Un très mauvais signal, à l’heure où il semble, plus que jamais nécessaire de favoriser les transports collectifs !”

Évidemment, davantage impacté par cette triste nouvelle, le maire de Dole, Jean-Baptiste Gagnoux s’est lui aussi, dans la foulée, insurgé contre cette décision.
“Supprimer une desserte fin 2019, serait une très mauvaise nouvelle, tant pour les usagers du service public du rail que pour notre territoire, mais également un très mauvais signal, à l’heure où il semble plus que jamais nécessaire de favoriser les transports collectifs !
Cette décision unilatérale et brutale de SNCF Mobilité et Lyria vise à favoriser l’accès à la Suisse via Genève. Elle ne pénalisera pas uniquement Dole, mais aussi Dijon qui perd également une desserte. Si nous ne pouvons que nous réjouir de la modernisation des rames, nous ne pouvons accepter que ce processus se fasse d’une part au détriment du développement de nos territoires, de ses emplois, et d’autre part de celui des nombreux usagers du bassin de vie de Dole” souligne le jeune élu.

 

Comme ses voisines de Dijon et Frasne, la gare de Dole perdra un arrêt TGV dès décembre prochain.

 

“Lyria n’est pas prête à revenir sur son projet de réorganisation”

Sauf que le mot de la fin a été prononcé ce mardi 29 janvier, à l’issue d’une réunion initiée entre Fabien Soulet, nouveau directeur général de TGV Lyria et les principaux élus des différents territoires concernés.
Selon plusieurs sources concordantes, “un dialogue constructif y a été noué”, sans pour autant que cela soit de nature à infléchir la décision de suppression d’aller-retour Paris-Lausanne.
“Effectivement, Lyria n’est pas prête à revenir sur son projet de nouvelle réorganisation” confirme d’ailleurs avec aplomb, le service communication de la société chargée de compléter l’offre de service public transfrontalière entre la France et la Suisse.
Et de détailler, comme plaidoyer à cette décision devenue officiellement définitive :
“Lyria est déficitaire depuis 5 ans. Nous nous devons donc de veiller à assurer un meilleur équilibre financier. C’est pour cela que Lyria a décidé d’un grand plan de développement, comprenant de nouvelles offres, un nouveau plan de transport, et de nombreux investissements, notamment via les rames duplex qui permettront d’accroître notre capacité de transport, offriront un meilleur confort aux voyageurs, et optimiseront nos dessertes” explique une responsable de la communication.
En clair, 3 allers-retours seront rajoutés vers Genève, mais Lyria ne souhaite pas conserver une ligne Paris-Lausanne sous-exploitée…

“Tout n’est pas encore joué, mais ça ne sera pas simple…”

Contactés individuellement ce mardi par notre rédaction, les responsables des collectivités locales impactées ne cachaient pas leur déception, tout en s’efforçant cependant de conserver un brin d’optimisme.

A l’image de Marie-Guite Dufay, pour qui cette décision raisonne comme “une double peine pour nos territoires : avec un quart de la desserte supprimée, une dégradation de l’offre de transport qui va obligatoirement induire un contournement de la Région, mais en plus des horaires inadaptés qui vont encore davantage fragiliser les dessertes maintenues !”.
La présidente de Région poursuit : “C’est inentendable ! Une mobilisation massive est en train de se constituer. Nous sommes en cours de rédaction d’un texte commun, et d’une demande de rendez-vous auprès du PDG de la SNCF Guillaume Pepy pour infléchir ce cycle nocif. Cette décision est particulièrement grave, on ne peut pas l’accepter…”

Dans la même veine, Jean-Baptiste Gagnoux entend bien lui aussi, ne pas rendre les armes si facilement :
“Lyria a entendu notre message. Un nouveau comité de ligne se tiendra en mars à Dole, en présence de la SNCF. Les plans et les nouveaux horaires présentés ne nous conviennent pas, notamment car ils ne permettent pas d’être à Paris tôt le matin, ni de revenir en toute fin d’après-midi. J’ai bon espoir que nous puissions encore agir à l’échelon supérieur, auprès de la ministre des transport Elisabeth Borne, du Premier ministre, et du PDG de la SNCF Guillaume Pepy, qui, il faut le rappeler, est actionnaire majoritaire de Lyria à 74%, et sera donc le décisionnaire final… Même si on se doute que ça ne sera pas simple”.

Détricotage du service public : le décryptage d’un cheminot

Avec la connaissance du terrain qui est la sienne, un contrôleur dolois explique :
“Lyria est une société privée, ils ont leurs propres rames, à double étage. Pour eux, c’est la rentabilité qui doit primer. Or, maintenir une desserte qui n’est que moyennement utilisée, ce n’est pas rentable. Un arrêt coûte cher, ça mobilise du monde, de l’électricité…
Pour le subir tous les jours dans le cadre de notre travail, on s’aperçoit que d’un monopole ferroviaire public, au service du public, nous sommes en train de passer à un monopole privé, au service de l’argent… Voilà le vrai problème !
Aujourd’hui seules comptent la rentabilité, la ponctualité. Au détriment de la sécurité et du service public. Ce que je déplore.
Et cela ne va pas aller en s’améliorant ! A Dole, nous semblons relativement épargnés car les chiffres de fréquentation sont assez bons, mais un jour prochain, comme beaucoup de gares rurales sont en train de le subir, Mouchard disparaitra probablement. Il en est de même pour les écoles, les hôpitaux, les forces de l’ordre… Des fermetures se préparent un peu partout pour “faire des économies”.
Ce détricotage du service public doit être combattu avec fermeté et détermination” conclut-il.

Le cri de ralliement est lancé…