Jura. Etait-ce vraiment mieux avant ?

Sur nos terres jurassiennes, nombreux se laissent happer par cette ruse de l’esprit. Ces envies d’être absorbé par des photographies jurassiennes vers une époque inconnue – sûrement meilleure que la nôtre. C’était tellement mieux avant, tellement plus vivant. Quand les Jurassiens étaient solidaires. Quand nos ancêtres peignaient leur futur, ensemble. De Mont-sous-Vaudrey à Dole, de Lons-le-Saunier aux confins du Jura, nos mémoires blâment nos histoires.

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Ces envies d’être absorbé par des photographies jurassiennes vers une époque inconnue – sûrement meilleure que la nôtre.

C’était mieux avant, lorsque durant la sécheresse de 1976 – qui toucha en profondeur le Jura – la solidarité arrosait les semailles. Lorsqu’en 1999, la tempête fit retenir le souffle de tous les Jurassiens. Bref, « c’était quand même mieux avant !». Mais avant quoi ? Avant la recrudescence du terrorisme et des effets du réchauffement climatique – ou avant l’apparition du numérique et des progrès de la médecine ?

Il faut se rendre à l’évidence, nos passés sont corrompus par nos mémoires. Comme piratés, quantité de nos souvenirs mutent en moments chaleureux, tandis que l’oubli broie des détails imparfaits. L’envie de s’y plonger est coriace – sans plus jamais émerger. Se perdre dans les méandres du temps, dans les moments heureux de nos vies. Oublier les ondes gangrenées de ces instants. Rêver ses souvenirs en estimant les avoir vécus.

Et pourtant, nos cellules grises nous mettent en danger. Ponctuellement ou continuellement, notre mémoire nous attire vers ce passé redessiné. Elle nous rappelle des instants inconnus. Elle nous extirpe d’un présent possiblement radieux. Puis, ces temps anciens nous enchaînent par nos souvenirs. Bientôt, ceux-ci deviennent des idéaux à suivre. Des mondes à reproduire. Et ainsi, notre vie est rythmée. Allié aux secondes, ce génie fourbe jette son voile sur nos corps endeuillés. Bien que certaines cicatrices demeurent parsemées de douleur – nous oublions l’essentiel : la plupart des détails. Alors, nos racines changent d’essence. En maquillant notre réelle source, nous disparaissons à nous-mêmes.

Évidemment, il est plus agréable de se complaire dans un passé devenu idéalisé, où la volupté de la jeunesse nourrissait les espoirs d’un avenir intemporel. Mais globalement, chaque époque mérite d’être vécue sans rétroviseur, car, modifié ou non, le passé – bien qu’il ne passe quelquefois pas – est éteint.