Solstice d’hiver

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C’était un soir triste et usant. Une course d’obstacle vers la torpeur,
lancinante et sinueuse, comme habituellement, le sont un peu toutes les fins de lundi.

Nous étions juste après dîner et mon esprit fourmillait nerveusement.
Animé, attisé, par une drôle de prémonition qui, me dictant de
ne pas me laisser happer par un quelconque programme télévisuel
(probablement insipide), m’incitait à sortir, au hasard des rencontres
fortuites.

C’est alors qu’au bout de quelques minutes, les premiers flocons de
neige apparurent. Ils tourbillonnaient, virevoltaient dans la nuit,
certes noire et glacée, mais étrangement hospitalière.
Dans la proche campagne environnante, de bienveillantes lueurs
brillaient, oscillaient, parfois disparaissaient,
puis revenaient s’imposer à mon regard.

Il s’agissait de torches enflammées. Lesquelles
matérialisaient la tenue d’une célébration solsticiale qu’une as-
sociation organisait juste à côté,
dans son local. On y percevait des clameurs chaleureuses, des rires.
Il s’en émanait des odeurs de pain d’épices, de jus de viande et de vin chaud.

On y devinait quelque chose de fort et de vrai…
Exaltés par la mémoire olfactive,revinrent spontanément : valser d’anciens souvenirs : l’émerveillement, l’innocence : mes plus émouvants réveillons, vécus à l’âge de 7 ou 8 ans.

J’étais comme nu, désarmé, déstabilisé par cette inattendue
résurgence des sens, de l’insouciance, de l’enfance. Par la révélation de
ce paradis perdu qui soudainement s’offrait à moi : subjectif
océan émotionnel et personnel, que seule l’écriture parvient par
fois à ressusciter.

En parcourant les tables, en discutant avec les différentes personnes
présentes à cette manifestation, quelque chose m’a frappé.
J’ai redécouvert sur tous les visages,une sensation affichée,
assumée et contagieuse.
Une impression devenue si rare et tellement précieuse.

Les gens étaient heureux…