Jura. Solidarité : les plus démunis en hausse

D’après la Banque alimentaire du Jura, la situation sociale a mis de nombreux jurassiens sur la touche. Des propos nuancés par les Restos du cœur, mais l’aide alimentaire aux plus démunis reste primordiale.

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Les stocks de la Banque alimentaire du Jura, naguère suffisants, ont fondu comme neige au soleil. Photo archives.

« Des stocks au plus bas » : à la Banque alimentaire du Jura, la pénurie guette. Pour sa présidente, Maryse Johann, la crise sociale et économique relève de l’ici et du maintenant. La Banque qui irrigue de dons alimentaires des dizaines d’associations ou organismes caritatifs à travers tout le Jura, est bien placée pour mesurer l’impact du coronavirus sur la frange la plus fragile de la population, d’autant plus que cette chaîne de solidarité a fonctionné à plein régime durant le confinement : « La première quinzaine de celui –ci a été calme, mais ensuite les centres ont été débordés par l’afflux des demandes dès la mi-avril ».
En cause, des bouches supplémentaires à nourrir dans les familles jurassiennes, puisque les enfants ne bénéficiaient plus de la cantine et de ses tarifs subventionnés. Mais aussi des intérimaires dont le nombre aurait chuté de 50% environ dans la région, et qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans ressources, puisque le RSA demande environ 3 mois d’instruction. Sans oublier des personnes seules, privées elles aussi d’aides sociales, du fait de délais d’instruction ou de paiement revus à la hausse.
Heureusement, des initiatives solidaires ont eu lieu, comme celles initiées par Clément Pernot, président de la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura : une collecte populaire en ‘drive’ et l’opération ‘caddie du cœur’ plébiscitée par les entreprises de Champagnole.
De manière générale, la Banque alimentaire du Jura peut compter sur d’importants dons venus directement de grands groupes industriels (Bel, Clavière, etc.) qui atténue un peu une chute des ‘ramasses’ effectuées dans les grandes et moyennes surfaces (GMS). « Les flux de clientèle ont été modifiés, et ces magasins bradent davantage de produits en fin de DLC ».
Pour tenir le choc sur la distance (car la situation pourrait durer plusieurs mois), Maryse Johann appelle aux dons de toute nature : aliments non périssables (huile, sucre, farine, plats cuisinés avec viande ou poisson, conserves, etc.), dons financiers ou en temps (bénévoles).

Maryse Johann appelle de nouveau aux dons pour faire face à la situation sociale.

Les jeunes et les seniors plus impactés

Situation très contrastée avec les Restaurants du cœur du Jura : selon son président Georges Leneez, l’antenne jurassienne peut compter sur le soutien de son national, avec des camions livrant chaque semaine de la région lyonnaise ou parisienne. Il note « une légère augmentation des bénéficiaires sur Dole et Lons », mais rien de commun avec la situation incroyable de certaines métropoles (+ 30 à 55% de demandes d’aide alimentaire). Comme la Banque alimentaire, les nouveaux bénéficiaires émargent du côté des personnes isolées (40% des troupes) aux deux extrêmes de la vie (moins de 25 ans et plus de 60 ans). Parmi les autres facteurs positifs, Georges Leneez relève la collecte annuelle, qui a pu se dérouler sans trop de casse les 6, 7 et 8 mars dernier (-5,7 % ‘seulement’ de dons, juste avant le confinement), et des négociations avec l’Europe qui prévoyait de diminuer de 50% ses dons aux plus démunis.

Nouvelle plateforme départementale : « un outil formidable »

Georges Leneez remercie la communauté de communes et le département qui ont investi fortement pour aménager la plateforme logistique départementale de 1.600 m2 inaugurée à Champagnole le 9 décembre 2019. Avec 6 mois de recul, les Restos du cœur ont trouvé là « un outil formidable, permettant de rationaliser l’espace pour travailler en flux tendu ». Même son de cloche du côté de la Banque alimentaire du jura connexe : « Un très très beau local, permettant de ventiler les dons » suivant leur origine ou destination. « On peut voir large, grand » estime Maryse Johann, grâce aussi à des chambres froides 3 fois plus vastes que naguère. Une noria de camions amène chaque jour son lot de dons, tandis que d’autres repartent pour les distribuer aux quatre coins du Jura.