Smur 2 Jura sud : mobilisation contre la phase terminale

La suppression programmée du 2e équipage de SMUR basé à Lons, qui couvre une bonne partie du sud Jura, entrainera des centaines de morts dans les années à venir selon les urgentistes. Des survivants sauvés par ce service public témoignent, et appellent à une forte mobilisation.

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Le quotidien du SMUR 2 : sauver des vies de Poligny à Saint-Amour, et de Doucier jusqu'à Louhans.

Aux côtés du SMUR 2 pour sauver une vie

9h35. Le téléphone de la régulation (centre 15) sonne à Besançon. Au bout du fil, un homme de 68 ans domicilié à Saint-Amour se plaint de douleurs thoraciques. Le temps d’évaluer la situation, de prendre ses coordonnées (etc.), un fax tombe 6 minutes plus tard au SMUR de Lons-le-Saunier. Puisque le 1e équipage est déjà parti en intervention, le 2e équipage (SMUR 2) se constitue avec un ambulancier qui pilotera le véhicule, une infirmière et un médecin urgentiste. Le docteur Yves Duffait quitte le service des urgences attenant, « puisque les médecins sont mutualisés » explique t-il à posteriori. Il doit donc confier ses patients en soins à un confrère pour « décaler ». Quatre minutes pour tard, la tension monte d’un cran : le 4X4 Isuzu quitte l’hôpital de Lons sirènes hurlantes. « Il faut que le médecin arrive vivant : on roule vite, mais en sécurité » glisse l’ambulancier. Les voitures s’écartent ou se rabattent sans trop sourciller, et nous voilà arrivés sur zone à 10h11. L’infirmière attrape les sacs remplis de lourds matériels médicaux, et l’équipe part à l’assaut du domicile. Surprise ! L’homme qui suffoquait il y a encore 30 minutes n’a plus de douleurs dans la poitrine. Pouls à 79, Mr L. sourit même, rassuré. Un premier ECG (électro-encéphalogramme) laisse planer un doute sur un possible infarctus, mais « rien de franc » signale l’urgentiste. Alors que le SMUR 2 s’apprête à reprendre sa route vers Lons, le 2e ECG tombe : « C’est un infarctus ! » révèle Yves Duffait. Mr L. est aussitôt médicalisé en conséquence.

Encore une vie de sauvée : cet homme de 68 ans n’aurait pas survécu à un infarctus en l’absence du SMUR 2.

40 décès prévus chaque année

Tandis que l’infirmière maintient le contact avec l’homme désormais en danger de mort, le SMUR file vers Bourg en Bresse. Lons n’étant pas équipé en coronographie, le patient arrive à la clinique Convert à 11h08 où il est immédiatement pris en charge. Le SMUR 2 reprend la route pour Lons à 11h22 : une nouvelle vie de sauvée à son actif. Comme 40 autres sur une année estiment les urgentistes (sans parler des blessés, malades, etc.). Autant de morts qui sont programmées si le 2e SMUR disparait. « Une disparition non dite, non actée, mais qui est le souhait de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté, pour économiser moins d’un million € par an » rappelle Yves Duffait… « Ouvrez les yeux ! Combien vaut la vie d’un jurassien ? » lancent des survivants qui ont eu la chance d’être sauvés à temps par ce SMUR 2. Combien vaut votre vie, celle de votre enfant, celle d’un parent ou d’une proche ? Cette réponse, l’intersyndicale AMUF (association des médecins urgentistes) -CGT-FO vous encourage à la donner à l’ARS elle-même, puisque qu’appelle  « à un déplacement de tous le 5 avril » devant son siège de Dijon. « Elus, population, syndicats, personnels hospitaliers pour montrer que nous voulons que notre deuxième équipage du SMUR de Lons le Saunier soit maintenu ». En cas d’échec, les urgentistes (en grève depuis bientôt 4 mois) ont prévenu : 14 médecins sur 17 seraient prêts à une démission collective qui –si elle arrive- risquerait de faire sombrer le SMUR (1 et 2), mais aussi les urgences. Par jeu de domino, le centre hospitalier pourrait donc être mis en sérieuse difficulté. Au-delà du destin du SMUR 2, c’est aussi l’avenir de l’hôpital de Lons tout entier qui est en jeu.

A suivre : manifestation devant l’ARS de Dijon (2 Place des Savoirs) le vendredi 5 avril à 15 h.

Contact et infos (transports, “dress code”) : Facebook “Du blanc pour sauver des vies”.

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere

« Demain, ce sera peut-être votre enfant »

Léo, 7 ans, a été sauvé d’une mort certaine par le SMUR 2 de Lons-le-Saunier. Retour sur une belle histoire…

Un beau jour comme il y en a tant. La vie s’écoule tranquille à Publy, les enfants jouent sur leurs vélos quand soudain le Léo, 7 ans, s’écroule net. C’était il y a 3 ans mais son papa, Laurent Rochet, s’en souvient comme si c’était hier : « C’était un arrêt cardiaque, heureusement le SMUR 2 est arrivé très rapidement (6 minutes). Léo est doublement miraculé : un jeune sapeur pompier a commencé immédiatement le massage cardiaque et le défibrillateur qui marchait imparfaitement a été dépanné en urgence ». Malgré tous ces efforts, le cœur a beaucoup de mal à repartir. La gorge encore nouée son papa se rappelle : « Il était tout blanc, je ne savais pas s’il était encore en vie ». Stabilisé par le SMUR 2, l’enfant est ensuite évacué par hélicoptère au CHU de Besançon où il restera une semaine dans le coma avant de reprendre sa vie de petit garçon.

« N’attendez pas un malheur pour réagir »

Alors quand on lui parle de supprimer le 2e SMUR (puisque le 1er équipage était déjà engagé en même temps) le couperet tombe : « Plus qu’une mise en danger de la vie d’autrui, ce seraient des assassinats !” en puissance. « Quand on voit nos proches, tous ceux qui vivent à la campagne, qui viendra les sauver ? Les hélicoptères, même bien équipés, ne peuvent pas voler par grand vent ou par brouillard ». Alors, « quand un parisien aurait le droit de vivre, un jurassien a-t-il le droit de mourir ?! ». Non, reste l’espoir de maintenir un système « indispensable » qui fonctionne bien. « N’attendez pas un malheur pour réagir, agissez avant qu’il ne soit trop tard ».

« On veut nous voler notre droit à vivre »

« C’était un beau jour de 2018, la veille de partir en vacances » se souvient Thomas Cabut, 40 ans. Lorsqu’il descend fumer une cigarette devant son domicile à Orgelet, il se dit « terrassé ». « Des douleurs dans le thorax, les mâchoires, les 2 bras, je ne pouvais plus bouger ». Après un rapide passage chez le médecin de garde, le diagnostic tombe : infarctus. Aussitôt pompiers et SMUR 2 sont appelés à la rescousse : « Ces derniers ont assuré mon transfert à Bourg en Bresse en toute sécurité. Calmes, professionnels, dévoués : si je suis là aujourd’hui, c’est grâce à eux !». Mais que serait-il advenu avec un seul SMUR ? (qui était déjà engagé le jour en question). « On veut nous voler notre droit inaliénable à la santé, à la vie » interpelle le responsable des services techniques à la comcom’ du Pays des lacs. « On n’est pas encore assez nombreux à avoir conscience de la situation, à demander que le financement du SMUR 2 soit acté ». Thomas Cabut appelle donc tous les jurassiens à manifester : « être 100 ou 1000, cela n’aura pas le même impact ! ».