Fermeture SMUR Jura-sud : David contre Goliath

Le bras de fer continue entre défenseurs du 2e équipage du SMUR basé à Lons, et l’ARS à Dijon qui a programmé sa suppression pour le printemps. Un combat inégal, dont dépend la survie de centaines de jurassiens.

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Une vingtaine d'élus locaux (maires ou adjoints ) avaient fait le déplacement à Dijon pour protéger leur population.

David contre Goliath. Le combat mené contre la suppression du 2e équipage du SMUR Jura-sud semble plus que jamais inégal. Face au « silence radio » de l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté, 150 jurassiens (dont une vingtaine d’élus locaux) ont campé devant son siège dijonnais le 5 avril pour dire qu’ils ne lâchaient rien. L’objectif, qui consistait aussi à être reçu en haut lieu, a été atteint puisqu’une vingtaine de syndicalistes et d’élus locaux ont échangé avec Frédéric Cirillo, sous-directeur de l’ARS, et une adjointe médecin. Le moins que l’on puisse dire, est qu’ils n’ont pas été déçus du voyage. Ainsi, Willy Bourgeois (conseiller régional, PS) a fait part de l’impression générale « d’être face à un mur ». S’exprimant aussi pour ses collègues de la majorité régionale, il a fait part de son « amertume » liée à des « propos difficilement entendables de l’ARS ». Celle-ci a en effet campé sur ses positions, par la voix de Frédéric Cirillo : « La décision de fermeture du SMUR 2 a déjà été prise, le document a déjà été signé ».

« Un carnage annoncé »

Une phrase qui a fait réagir les syndicalistes et les élus locaux. Parmi eux, Jean-Marie Ecoiffier, a fait part d’un autre discours tenu par Danielle Brulebois. Selon le maire de Briod, la députée du Jura (LREM) aurait laissé entendre dans un courrier envoyé aux maires de sa circonscription : « On discute, on réfléchit : rien n’est acté ». Il a été rejoint sur ce point par d’autres maires et par Thierry Gaffiot : le conseiller municipal (PCF) de Lons-le-Saunier a aussi demandé des comptes à l’ARS. « Quand l’hélicoptère (présenté comme LE principal moyen de substitution, N.D.L.R.) n’a-t-il pas pu décoller faute de conditions défavorables ? Quel est le coût de ces missions héliportées par rapport au coût de l’ambulance actuelle ? ». Frédéric Cirillo a botté en touche en affirmant : « L’ARS apportera des garanties pour que deux sorties SMUR puissent être assurées en parallèle ». Rachid Hiebous, secrétaire départemental CGT Jura, s’est emporté face à ces propos qualifiés par certains de « mensonges » : « L’équipage de SMUR qui doit être supprimé au printemps, ce sont des décès à venir, un carnage annoncé ! Si votre père, votre mère, votre enfant avait un accident, que feriez-vous : croiser les doigts ? Prier Dieu ? ». Il a également confirmé qu’une plainte serait déposée en justice après chaque décès contre les responsables régionaux de la suppression du SMUR, Pierre Pribille (directeur de l’ARS) en tête.

« Nos citoyens ont droit à la sécurité »

Les élus locaux, à l’instar de Christophe Nouzé, maire de Gevingey, ont de leur côté fait part de leur « grande inquiétude » et de décès déjà polémiques : « En tant que maire, ce que j’entends me fait peur. Un habitant est décédé juste à côté de la mairie, car le SMUR occupé n’a pas pu intervenir à temps. Quel est le prix d’une vie en milieu rural ? ». Claude Basset, maire de Saint-Lamain (près de Passenans) a enfoncé le clou : « Nos citoyens payent des impôts. Comme les autres, ils ont droit à la santé et à la sécurité des soins ». Les économies espérées par l’ARS ne viendront pas de l’hôpital de Lons, puisque 10 à 14 médecins (sur 17) démissionneront en cas de fermeture du SMUR 2 : « En cassant une équipe dévouée et qui fonctionne bien, il faudra faire appel à des intérimaires qui coûteront 1400 € par jour » a précisé Rachid Hiebous. De quoi de se demander sérieusement à quel saint se vouer… Yves Duffait, responsable des urgences Jura-sud ne compte pas en rester là : fin avril, il “montera” de Lons à Paris en vélo. Trois jours de défi sportif dont le but consistera à s’entretenir avec Agnès Buzin, ministre de la santé.

Plus d’informations : Facebook « Du blanc pour sauver des vies ». Pour signer la pétition « Contre la fermeture de la deuxième ligne du SAMU de Lons-le-Saunier » : www.change.org

Stéphane Hovaere