Secours héliportés : ils risquent leurs vies pour vous

Les pompiers du Groupe de secours en milieux périlleux (GSMP) interviennent sur des secours particulièrement engagés. Rencontre avec ces funambules de l’impossible qui, en cas d’accident, iront vous chercher en haut d’une falaise, au bas d’un ravin ou au fond d’un canyon.

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Les pompiers prêts à descendre au treuil à proximité d'une falaise, pour rejoindre une victime.

Spectaculaire. Deux hommes en rouge se balancent au bout d’un mince filin d’acier à 60, 80 ou 100 mètres de haut. Suspendus à un hélicoptère rouge et or, dans un vacarme assourdissant, ils  se rapprochent d’une victime coincée dans un endroit « impossible » pour l’évacuer par la voie des airs. Bienvenue dans le « B.A BA » des hommes du Groupe de secours en milieux périlleux 39. Une trentaine de pompiers dans le Jura, dont une quinzaine seulement habilités aux hélitreuillages. Car la manœuvre n’a rien de commode et demande des nerfs d’acier, une condition physique à tout épreuve, et des entrainements bien huilés.
Pour Lionel Mougin, chef d’unité résidant à Mirebel, les interventions débutent souvent de la même manière : « A partir du moment où mon bip sonne, il faut environ 20 minutes à Dragon 25 –basé à l’aérodrome de la Véze, à côté de Besançon- pour rejoindre la caserne de pompiers de Poligny. Un équipier et moi-même montons à bord avec deux sacs : un rempli de matériel d’approche (cordes, baudriers, etc.) et un de matériel de secourisme ». Aussitôt l’hélicoptère redécolle en direction des victimes, le mieux étant de pouvoir établir un contact téléphonique durant l’intervention. Vient ensuite le treuillage à la verticale de la ou des victimes (lire encadré) -une opération que seul Dragon 25 peut à ce jour réaliser dans le Jura- puis l’évacuation vers un hôpital (Lons-le-Saunier ou Besançon par exemple). « L’évacuation par voie aérienne permet d’éviter aux victimes –en particulier polytraumatisées- de longues souffrances sur des routes ou des chemins accidentés »  explique le chef d’unité.

A partir de cet instant, la vie des hommes tient dans le matériel et les mains du pilote de l’hélicoptère.

Des parapentistes secourus au sommet des arbres

Comme les 1600 autres soldats du feu jurassiens, ceux du GSMP risquent parfois leurs vies pour sauver celles des autres (lire encadré).  Mais pourquoi prendre autant de risques ? « Je suis issu d’une famille de pompiers (grand-père, père, fils, cousins, oncles)» explique Lionel Mougin, et « j’aime ce que je fais, je le vis à fond ».
Pompier volontaire depuis 1987, et également professionnel depuis 1992, il n’envisage pas un instant d’arrêter de jouer les funambules. Et ce même si la mort fait partie du métier, comme ce touriste hollandais qui avait chuté du haut d’une falaise dans la reculée de Baume-les-Messieurs en prenant une photo…
Autre mission, non loin de là : un couple a été sauvé alors qu’ils étaient coincés au dessus d’une falaise après s’être égarés. Ou bien encore ces parapentistes perchés dans des arbres après avoir raté leur décollage, ou ces bûcherons victimes de leurs outils tranchants aux tréfonds d’une forêt. Autant de vies sauvées…(dans un relatif anonymat).
Les pompiers du GSMP comme leurs collègues ne demandent pas de médailles ou d’honneurs. Peut-être tout au plus un minimum de reconnaissance, à l’heure où la profession est en souffrance… Heureusement que la grande famille cultivant courage et abnégation se serre les coudes, « esprit de groupe et de cohésion » aidant. En attendant des jours meilleurs, peut-être penserez-vous à eux lorsque « Dragon 25 » survolera le Jura ?

Stéphane Hovaere.

Lionel Mougin, chef d’unité, et Antoine Gentet, équipier du GMSP.

Une prise de risque assumée

La peur et les risques s’invitent parfois sans prévenir : « Il y a 2 ans, nous sommes intervenus sur un accident de canyoning vers Coiserette » se souvient Lionel Mougin. « L’orage qui menaçait est arrivé sur nous plus vite que prévu. Des vents violents se sont levés, qui, conjugués au souffle du rotor dans le canyon ont mis en rotation la victime sanglée dans la civière et moi-même ». Une folle spirale durant 3 à 4 minutes interminables où la victime paniquée hurlait, tandis que Lionel Mougin frôlait la perte de connaissance. « Pendant ce temps, le pilote montait, descendait, essayait de passer derrière la montagne : rien à faire » se remémore le sauveteur. Et impossible d’être remontés dans l’appareil sous peine de se fracasser sur les patins de l’hélico… L’intervention s’est heureusement terminée sans mettre en œuvre la procédure d’urgence : lorsque l’aéronef est en danger (par exemple lorsqu’il perd l’un de ses deux moteurs), le treuilliste doit choisir entre remonter rapidement les hommes au bout du câble, ou bien actionner un dispositif pyrotechnique qui sectionne le filin (et les laisse tomber s’ils ne sont pas trop éloignés du sol).

La civière est descendue de Dragon 25 par des portes arrières, afin de faciliter la manoeuvre.

Dragon 25, un outil de travail irremplaçable

L’ EC 145 d’Eurocopter, d’une valeur de 8 millions € (tout équipé) affrété par la Sécurité civile, permet d’embarquer jusqu’à 11 personnes grâce à ses puissants moteurs. Parti renforcer les secours en Savoie l’été dernier durant un mois, l’appareil peut désormais rayonner à nouveau sur tout le Jura. L’opérateur de bord (de la Sécurité civile) joue lui aussi un rôle crucial dans les manœuvres : « Quand il est à la verticale des victimes, le pilote ne voit rien. Je le guide à la voix : en avant 10 mètres, à gauche, à droite, avant de descendre le treuil » explique Eric Idatte, treuilliste expérimenté. En pratique, Dragon 25 est déclenché en fonction de l’accessibilité de l’intervention et de la gravité de celle-ci. En 2019, l’appareil a effectué plus d’une vingtaine d’opérations de secours avec le GSMP, en particulier dans les cascades du Hérisson, spot particulièrement accidentogène.

Les pompiers volants suspendus à 60, 80 mètres ou plus du sol.

Les pompiers recrutent

Face à la hausse de leurs missions, les sapeurs-pompiers volontaires ont besoin de sang neuf. De nouvelles recrues (de 16 à 55 ans, hommes et femmes) sont donc plus que les bienvenus.
Contact : www.jurapompiers.fr