S’assurer après la pandémie : mission (im)possible ?

Depuis la pandémie sanitaire et ses aléas, les assureurs ont repris le pouvoir et dictent leurs conditions aux entreprises. Un changement de paradigme d’une grande brutalité qui appelle d’autres solutions.

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Des hausses de cotisation monstrueuses, des hausses des franchises, voire des exclusions de garanties : bienvenue dans le monde de l’après-Covid ! Depuis la fin 2020, le paysage assurantiel français et franc-comtois a bien changé, et ce n’est pas de l’AMRAE (Association pour le Management des Risques et des Assurances de l’Entreprise) qui dira le contraire. Spécialisée dans ce domaine très pointu, l’association parisienne dresse un portrait saisissant du ‘new deal’ bâti au cœur du cyclone. Contacté par Hebdo 39, Leopold Larios de Pina, qui pilote l’Observatoire des primes et des assurances précise : « Toutes les primes ont augmenté, de + 15 à 20% dans le meilleur des cas à + 100 voire + 300% pour les plus ‘mauvais élèves’ », tandis que dans le même temps franchises et exclusions ont été ajoutées…à tel point que certaines entreprises peuvent juste s’estimer heureuses d’avoir un assureur. Un porte parole de l’association enfonce le clou : selon qu’on est puissant et bien protégé grâce à une stratégie de gestion interne des risques…ou bien l’inverse, les entreprises peuvent voir leurs risques couverts “à des conditions très bonnes, décentes…ou indécentes”. La conséquence selon lui d’une “concentration du marché de l’assurance” où un certain oligopole fait le choix, soit de délaisser certains marchés qui lui semblent trop risqués, soit de dicter ses conditions. Leopold Larios de Pina remet cependant ce big bang en perspective : « Depuis les années 2001-2002 les primes ont souvent baissé chaque année et les entreprises en ont bien profité », et par ailleurs les assureurs mutualistes maintiennent une concurrence que ne connaissent plus d’autres pays anglo-saxons.

« Travaillez votre risque et investissez dans la prévention »

Reste que la période post Covid  reste marquée par une sérieuse reprise en main des assureurs, pris au dépourvu par cette situation inédite. Mis en cause par leurs clients se croyant couvert par une garantie « pertes d’exploitation », ils ont ouvert largement le parapluie. Certains restaurateurs par exemple ont pu obtenir gain de cause en justice du fait de clauses prêtant à confusion, et face à l’ampleur des risques la chasse à l’aléa a été ouverte. Un toilettage nommé ‘wording’ d’autant plus minutieux que les pouvoirs publics ont exclu la création d’un fonds ‘pandémie’ à l’image des fonds ‘catastrophe naturelle’. Plutôt une bonne chose pour Leopold Larios de Pina, qui estime que le millefeuille des taxes professionnelles diverses et variées se suffit à lui-même. Mais alors que faire et comment se protéger ? Nonobstant le caractère cataclysmique de la dernière pandémie, le spécialiste met fortement en exergue une bonne appréhension et une gestion des risques avec des professionnels de type ‘risk manager’. Même si l’exercice rebute par nature les chefs d’entreprises, il s’agit ni plus ni moins d’envisager le pire pour agir pour le meilleur. « Travaillez votre risque et investissez dans la prévention, je crois beaucoup à cela » insiste-t-il.

Stéphane Hovaere.

Quelques conseils pratiques

Outre la prévention, un porte parole de l’AMRAE estime qu’ « une nouvelle solution technique serait aujourd’hui sur la table ». Alors qu’en comptabilité, il était interdit de provisionner un risque non quantifié, les PME pourraient intégrer à leurs bilans des provisions en cas de coup dur, de type pandémie. Une façon de devenir quelque part leur propre assureur, qui rejoint la philosophie des ‘captives’ mises en place dans de plus grosses sociétés (des assurances internes). Autre conseil des spécialistes : « mettre en place des équipes et une organisation » parés à réagir. A ce sujet, l’AMRAE propose régulièrement des formations en distanciel ou sur place à Paris. Une option plus que recommandable face à l’explosion de virus (numériques cette fois) de type rançongiciels.

Contact AMRAE : www.amrae.fr/ 01 42 89 33 16