Samy Berkani, photographe animalier et de nature

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Samy Berkani a fait ses premières armes dans sa région d’adoption, le Jura, en se prenant de passion pour le cheval islandais. Puis il est parti à sa rencontre dans son environnement naturel, aux frontières de l’Arctique. Il est revenu avec une exposition et il a publié ensuite un livre. Il s’intéresse désormais à d’autres animaux…

D’où vous vient la passion de la photo ?

Aussi loin que je me souvienne, j’ai été fasciné par les images. Les cartes postales, les photographies anciennes, j’ai toujours imaginé des histoires derrière des personnages ou des lieux figés.
Mon père avait un vieil appareil photo argentique des années 70 dans un tiroir. Je ne l’ai jamais fait fonctionner, mais je connais le bruit de son déclenchement par cœur. Je devais avoir 8 ans, je passais des heures à jouer au reporter.

J’ai commencé à prendre du plaisir en pratiquant “réellement” la photographie lorsque je me suis rendu compte que les gens trichaient avec l’image. Tout le monde veut renvoyer une image qui n’est pas la sienne. Alors le défi a été de voler la réalité. Avant de photographier des animaux à leur insu, j’ai photographié des humains de la même manière.

Pourquoi avoir choisi de travailler plus spécifiquement sur la nature ?

Aujourd’hui, la nature me passionne avant la photographie. Quand on est photographe animalier/nature, on passe énormément de temps sur le terrain, souvent seul. On vit des instants privilégiés. Les photographies qui en découlent sont un résumé de ces moments.

Avant de capturer des images du monde, je veux les voir de mes yeux, et c’est ce qui me plait dans cette catégorie de photographie.

Lorsque je pars pour quelques semaines sur un projet, je ne croise pratiquement personne. Je vis en autonomie, au rythme des éléments, et je dépends complètement de la nature. Je finis par me fondre dans le décor, par redevenir ce que je suis sensé être.

Travailler sur la nature, c’est aussi une manière de témoigner, de communiquer, de créer de l’image autour d’un sujet très sensible aujourd’hui. C’est clairement un sujet qui divise. A-t-on le droit de polluer ? La nature a-t-elle besoin d’être “gérée” ? Comment doit-on réagir face à toutes ces disparitions d’espèces ? …
Beaucoup ne croient pas à ce type de militantisme, mais je pense personnellement qu’on vit une époque d’image. On en parle souvent de façon négative, mais l’image peut aussi jouer un rôle positif. Je pense notamment à tous les enfants qui visitent des expositions de photographie animalière. Ce qu’ils y voient et y entendent est très important pour demain.

Votre expo photos sur les chevaux a été accueillie dans plusieurs lieux dans le Jura. Quel retour des visiteurs ?

Lorsque j’ai commencé l’aventure “Hestur”, je m’attendais à un public de passionné.e.s de chevaux. Au fil des expositions, je me rends compte que le point commun entre les visiteurs est en réalité la recherche de poésie.
Les retours sont très bons. C’est mon premier projet de cette ampleur et je ne pouvais pas mieux espérer.
Voir des étoiles dans les yeux des visiteurs est très gratifiant. Ils en parlent autour d’eux, partagent sur les réseaux sociaux…
Les photographies du projet, notamment celles des chevaux sous les aurores boréales, ont également beaucoup plu en Islande. C’est une vraie récompense pour moi.

Mon exposition ne parle pas que de chevaux. Je dirais qu’ils sont une sorte de locomotive à voyager dans le nord, et en Islande en particulier. Ils représentent très bien l’histoire de ce pays, ils faisaient partie des pionniers, ils sont donc témoins, et leur morphologie est forgée par les éléments (froid, volcans …).

Au détour de deux photographies de Hestur, on peut également y croiser des images de renards polaires, de lagopèdes alpins ou de rennes sauvages.

Tous ces éléments font que les amoureux de la nature comme les amoureux des chevaux y trouvent leur intérêt

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Vous avez sorti en octobre votre premier livre “Hestur, cheval en terre d’Islande” an auto-édition. Dites-nous en plus sur ce travail…

Lorsqu’on vit une aventure, on n’a pas envie qu’elle s’arrête !
Le monde de l’édition me faisait un peu peur. Lorsqu’on voit une image sur un livre et la même sur un tirage, on se dit que c’est la même chose. Or, techniquement, ce sont deux mondes différents. Mais ce sont justement les retours que j’ai eus du public, de certains collègues photographes, qui m’ont poussé à y aller.

J’ai d’abord conçu une maquette du livre et réalisé les textes, avant d’y associer deux amies graphiste et traductrice pour réaliser la version finale. J’ai eu beaucoup de soutien de ce point de vue.

Le livre retrace la vie du cheval islandais à travers les siècles et les saisons. Il nous emmène dans le blizzard et dans la nuit islandaise, avec des images intimes et assez rares de chevaux islandais sous les aurores boréales.

Enfin j’ai été accompagné par le personnel passionné et professionnel de l’imprimerie Simon Graphic (à Ornans). C’était ma première aventure en édition et à aucun moment je ne me suis senti bousculé. Je les en remercie pour ça.

Le livre est disponible sur mon site Internet www.samyberkani.com et sera, petit à petit, disponible dans de nombreux points de vente en France et en Islande.

Quels sont vos prochains projets ?

Je travaille depuis un an sur les renards. Je ne peux pas en dévoiler trop pour le moment mais c’est un projet à mi-chemin entre évolution des espèces et photographie d’art. C’est un projet qui me prend beaucoup de temps et d’énergie.

Je souhaitais travailler sur cet animal classé en France parmi les animaux “nuisibles” et persécuté dans de nombreux pays où il est présent. Il ne s’agit pas d’un livre “documentaire”, mais la communication qui se fera autour me permettra de parler de l’absurdité de la situation. Chaque année, environ 600 000 renards sont abattus en France.

Contrairement au premier, le Jura tiendra une place importante dans ce second. Il me permet, du moins pour une partie du projet, de pouvoir sortir de chez moi à pied pour aller travailler.

Je commence également à me pencher sur la faune, assez méconnue, d’Afrique du Nord. La hyène rayée, le chacal doré, le caracal… des animaux emblématiques de la région tombés dans l’oubli à cause de la situation politique de ces 30 dernières années.