L’invité de la semaine : Salim Nalajoie

Poète, slameur, acteur… Le Jurassien, qui navigue entre écriture et improvisation, propose un voyage inattendu dans l’univers des mots, ce samedi, à Montain. Rencontre…

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Vous écrivez depuis le collège. Vous rédigiez des poèmes. Qu’aviez-vous à dire ?
A l’époque, j’écrivais surtout des poèmes naïfs sur mes histoires de cœur, sur l’injustice du monde, sur la vie, la mort… J’écoutais beaucoup de hip hop et de rap français, surtout du rap conscient, mes poèmes étaient souvent engagés.

Comment vous êtes-vous lancé dans le slam ?
Le slam est arrivé en France en 2000 à Paris, en 2004 à Saint-Claude. A l’époque, un ami d’enfance organisait, avec l’association Les Requoins, des soirées slam. J’y assistais dans le public et cet ami me répétait à chaque occasion : « Je suis sûr que tu as des choses à dire ». Un jour, je me suis laissé prendre au jeu et je suis monté sur scène. Je n’en suis jamais redescendu… J’ai même par la suite animé les soirées slam à la Fraternelle de Saint-Claude entre 2008 et 2012.

Votre volonté n’est-elle pas d’apporter de la bonne humeur à vos spectateurs d’où le choix de votre nom de scène ?
Il est vrai que je fais de mon mieux, en toute humilité, pour apporter de la joie au public. Il y a suffisamment de raisons de s’inquiéter et de déprimer dans le monde, que je préfère la légèreté et l’humour comme bouclier contre la morosité. Il y a tellement de raisons de se « prendre la tête » que j’essaie de ne le faire ni pour moi ni pour le public.
Pour être tout à fait honnête, j’avais choisi comme nom de scène “Salim igré”, un nom de scène un peu provoc’ pour prendre à contrepied ceux qui considèrent la valeur d’une personne à son origine ethnique, à sa couleur de peau, à la consonance de son nom… Mon nom de scène « Salim Nalajoie » m’a été soufflé par un auteur de bande dessinée, Jim Maester.

Quand vous improvisez à partir des mots choisis dans le public, vous dites que vous sautez dans le vide. Vous est-il arrivé de manquer d’imagination ?
L’improvisation n’est pas une science exacte et le résultat est parfois insatisfaisant. La création artistique est un art ingrat, il peut arriver que la source de l’imagination se tarisse momentanément. Tout est une question de travail.

Avez-vous toujours été aussi à l’aise devant un public ?
Non, jusqu’à l’âge de 16 ans, j’étais ce qu’on appelle un grand timide. Et puis, j’ai eu mon premier job : vendeur de fruits et légumes sur les marchés, mon employeur de l’époque ne m’a pas laissé le choix, il fallait pousser la voix, être exubérant pour attirer le chaland, je crois que cela m’a beaucoup aidé et surtout ça m’a beaucoup plu.

Vous avez une voix particulière. Ne vous a-t-on jamais proposé de faire de la radio ?
Merci, c’est vrai que j’aime bien ma voix. On ne m’a jamais proposé de faire de la radio, j’ai déjà participé à des émissions sur des radios locales, notamment RCF. J’adorerais participer à une émission de radio en composant des slams et/ou des chroniques sur l’actualité, sur le thème de l’émission ou sur des sujets qui m’interpellent. J’ai pensé à une époque faire une école pour le doublage de film, cela reste un projet.

Il vous arrive de vous déguiser. Quel est votre personnage préféré ?
Mon personnage préféré est un magnifique looser, qui met les pieds dans le plat et qui est souvent mal à l’aise. C’est mon personnage refuge comme on dit au théâtre, celui dans lequel je suis le plus à l’aise. J’anime souvent des débats, festivals ou assemblées générales d’associations. Dernièrement, j’ai animé le départ en retraite du directeur du CFA de Gevingey, j’ai incarné le personnage d’Estelle, une jeune femme aux mœurs légères, le personnage a vraiment reçu un écho favorable du public, on m’en parle encore… Il est vrai que j’adore me déguiser et comme je suis frappé de calvitie, je peux avoir la coupe de cheveux que je veux en mettant des perruques.

Vous jouerez le 26 à Montain. Pouvez-vous nous présenter votre spectacle ?
Le spectacle « Mots pour Maux » est un spectacle à géométrie variable, c’est un mélange de textes écrits et d’improvisations à partir des mots du public. Je joue beaucoup avec le public, ses réactions constituent un part importante du spectacle. Ainsi, ce n’est jamais tout à fait le même spectacle à chaque fois.

Vous avez pris un temps partiel à la Chambre de métiers pour disposer de temps pour cette activité. On vous voit de plus en plus « sur scène ». Souhaitez-vous en faire votre métier à temps plein ?
Il est difficile de vivre uniquement d’une activité artistique. Je connais de nombreux artistes professionnels qui continuent à exercer une activité professionnelle « classique » en complément. Cela permet de garder un pied dans le réel et de garder des interactions avec les autres. La création est souvent une activité solitaire. J’aimerais rencontrer d’autres artistes avec qui créer une compagnie et travailler ensemble. Je travaille justement avec Yoel Giboudot, l’animateur de l’atelier théâtre des Gouapes Douapes et nous avons un projet de spectacle ensemble.
Hormis le projet avec Yoel, je collabore ponctuellement avec les Couleurs de chape et je joue régulièrement du théâtre d’impro avec les Gouapes Douapes. Par ailleurs, j’ai plusieurs projets en cours de création, l’un sur le thème de l’emploi et du chômage en particulier et pour les autres, je préfère garder le secret pour l’instant. La difficulté est de trouver le temps de travailler, entre les spectacles et l’animation d’atelier d’écriture, mon planning est bien chargé. Je travaille avec plusieurs collèges et lycées en accompagnant des élèves à la création d’un spectacle notamment avec le lycée Friant à Poligny (en partenariat avec les Scènes du jura) et avec l’école de musiques actuelles « Les caves » à Dole pour la création d’un spectacle de fanfare/musique de rue.