Rubrique En Vrac

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"Le Fils" vu par Thierry Laporte.

Le fils

Une femme ben sous tous rapports, parfait produit de la petite bourgeoisie de province, se met un jour, poussée par son mari, à fréquenter des catholiques « traditionalistes » dont le discours radical provoque en elle quelques émois. Par souci d’intégration et d’élévation sociale d’abord, puis par conviction, elle commence à lutter contre des spectacles dits « blasphématoires », s’engage dans un groupe anti-avortement, participe à La Manif Pour Tous et finit par considérer cette action militante comme l’aventure la plus excitante de son existence… avant de réaliser, mais trop tard, qu’elle vient d’entamer une lente et fatale descente aux enfers.

« Le fils », écrit par Marine Bachelot Nguyen, est donc l’histoire d’une dérive. Celle d’une mère de famille qui, à la suite de circonstances plus que par choix, se retrouve prise dans une spirale infernale. Aucun jugement moral, ici : juste la description froide et clinique d’un processus d’embrigadement et de radicalisation (catholique et non islamiste, ça change un peu) qui nous renvoie à tout un pan pas très glorieux de notre histoire sociale et politique récente…

Seule sur un plateau circulaire en bois clair où trône un clavecin, en bois clair lui aussi, s’interrompant seulement à trois reprises pour jouer de ce bel instrument à cordes pincées, la comédienne Emmanuelle Hiron vous fera le récit de cette vie bien rangée qui dérape jusqu’à voler en éclats. Une vie qui, quelle que soit votre sensibilité, pourrait bien être la vôtre. C’est là toute l’intelligence du metteur en scène David Gauchard que d’avoir, en effet, refusé les lourdes représentations manichéennes pour s’adresser à tous, conscient qu’il est parfaitement inutile de prêcher les convertis…

Le mardi 12 février, à 20 h 30, au théâtre de Lons-le-Saunier. Durée : 1 h 10. Dès 15 ans. Plein tarif : 21 euros.