Rochefort-sur-Nenon : un village dynamique et attractif, mais aussi brillant par son passé

« L’atmosphère est bonne, on n’a pas de problème particulier » indique Gérard Fernoux-Coutenet, maire de Rochefort-sur-Nenon depuis 1977. Située à une petite dizaine de kilomètres de Dole, la paisible commune jurassienne de Rochefort-sur-Nenon, dans laquelle travaille plus d’un millier de personnes, bénéficie d’un patrimoine insoupçonné.

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« Nous avons un gros projet de réaménagement autour de l’église. », Gérard Fernoux-Coutenet, maire de Rochefort-sur-Nenon.

Traversé par la D 673, la route reliant notamment Dole à Besançon, Rochefort-sur-Nenon est un réel lieu de passage. Toutefois, nombreux sont ceux qui s’arrêtent pour profiter de la beauté du coin. Les agréables promenades le long du Doubs, au bord des falaises, ont véritablement fait la réputation de ce village périurbain du Grand Dole. Les plus sportifs empruntant l’Euro-vélo 6, une voie cyclable reliant Nantes à Budapest (Hongrie), passent alors inévitablement au cœur du radieux patrimoine naturel et historique de cette localité.

Comme l’indique Gérard Fernoux-Coutenet, « il y a de nombreux Rochefort en France et toutes les villes ou les villages qui s’appellent ainsi sont en principe des anciennes roches fortifiées. ». En effet, à l’époque médiévale, les seigneurs de Rochefort, riches d’une forteresse en hauteur des falaises, sur la roche, étaient extrêmement puissants. Le 19 octobre 1894, face à la quantité de communes portant ce nom, Rochefort devint Rochefort-sur-Nenon par décret présidentiel.

Constitué de plusieurs hameaux tel Gros-Buisson ou encore La Grange d’Haibe, Rochefort-sur-Nenon borde la forêt de Chaux tout en ayant les pieds dans les eaux du Doubs. Les Rochefortaines et les Rochefortains peuvent alors jouir d’une diversité de panoramas notamment à partir des multiples belvédères en hauteur des falaises. Des randonnées à planifier pour cet été…

En 1793, 586 habitants étaient dénombrés à Rochefort là où 699 personnes peuplaient le village en 1821, soit davantage qu’aujourd’hui. En revanche, l’exode rural et les conséquences des deux premiers conflits mondiaux provoquèrent une chute brutale de la population, cette localité comptant seulement 286 individus en 1975. Suite à une croissance démographique positive jusqu’à la fin du siècle dernier, Rochefort-sur-Nenon connut un relatif déclin de population au début des années 2000, cette localité abritant 567 personnes en 2012, soit une diminution d’environ 70 personnes par rapport à 1999. Cependant, cet étiolement cessa, la commune comptabilisant 662 âmes en 2016. Le maire souhaiterait, par la création d’une nouvelle zone urbanisée, atteindre demain, une population d’un millier d’habitants.

Histoire et origine de cette localité

Julien Feuvrier prouva, par ses fouilles archéologiques au début du XXe siècle, l’occupation humaine ancienne de Rochefort-sur-Nenon. Au tournant des IXe et VIIIe siècles av. J.-C., un four à céramique existait sur le territoire de ce village, à proximité de l’actuelle cimenterie. Le site internet du village stipule qu’au Ier siècle ap. J.-C., « une agglomération importante nommée HEBE s’implante sur une surface qui, aujourd’hui, jouxterait la route actuelle. ». Cette ancienne ville disparut au IVe ou au Ve siècle ap. J.-C.

Dès le milieu du Moyen Âge classique (XIe-XIIIe siècle), les seigneurs de Rochefort acquirent une puissance considérable. Le château de Rochefort joua alors un rôle majeur, si bien, qu’en février 1415, Jean sans Peur y séjourna. Selon Alphonse Rousset, « le château de Rochefort, par sa situation sur un rocher et la solidité de ses murailles, passait pour imprenable. », ce qui n’empêcha pas plusieurs souverains d’en prendre possession. Il est vrai qu’en 1477, alors que Louis XI (1461-1483) avait des vues sur le comté de Bourgogne, la forteresse de Rochefort fut prise et la population fut massacrée. Un autre roi de France, Henri IV (1589-1610), menaça également, en 1595, l’existence des Rochefortains et des Rochefortaines. Ce précédent monarque et ses combattants semèrent alors pillages et destructions. Un mois après la venue de ce souverain, le connétable de Castille reprit Rochefort et ordonna au gouverneur de la province de détruire le château.

Parallèlement, quelques Rochefortains se rapprochèrent de puissants personnages. Ainsi, Guillaume de Rochefort (1433 ou 1439-1492) devint chancelier de France en 1483, là où son frère Guy de Rochefort (1447-1507) occupa le même office de 1497 à 1507.

Signés en 1678, les traités de Nimègue eurent notamment pour effet le passage du comté de Bourgogne sous l’autorité du roi de France. Alors le village de Rochefort devint officiellement français.

Pendant que la Révolution (1789-1799) soufflait dans le royaume, l’église Saint-Laurent fut élevée (1789-1792). En 1793, une première cloche fut installée dans le clocher, cloche aujourd’hui classée au titre d’objet historique. Une seconde cloche rejoignit la première en 1877.

Par sa virulence, le choléra provoqua, en 1854, le décès de 29 habitants, ce qui représentait approximativement 5 % de la population de Rochefort. Près d’un siècle plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), un drame survint dans cette localité. Comme le précise Gérard Fernoux-Coutenet, en octobre 1943, « il y a eu un accident ferroviaire qui a fait un certain nombre de morts. Des résistants ont fait dérailler un train de permissionnaires. » avant d’ajouter qu’il « y avait un groupe de résistants plus ou moins important à Rochefort-sur-Nenon. ».

De nos jours, le château du XIIIe siècle est en ruines là où une partie de l’enceinte médiévale, datant du XIVe siècle, est encore visible.

Le Trou de la Mère Clochette, toute une histoire…

Les falaises de Rochefort-sur-Nenon sont les témoins d’une implantation humaine précoce. Il est vrai que certaines cavités ont renfermé de précieux secrets préhistoriques, ce qui est notamment le cas du Trou de la Mère Clochette, petite grotte nommée ainsi en hommage, d’après le site internet de la commune, à « une éleveuses de chèvres qui y avait élu domicile avec ses animaux. ».

Dès 1905 et jusqu’en 1909, l’érudit Julien Feuvrier entreprit des fouilles archéologiques dans cette déchirure des falaises. L’archéologue vida « intégralement l’intérieur de la grotte de ses sédiments » précise Laurent Brou. D’impressionnantes découvertes tels des grattoirs et des burins furent alors mises au jour. Les conclusions sont sans appel, les Aurignaciens (des sapiens) ont séjourné dans cette crevasse il y a près de 35 000 ans.

En 1930 et 1931, A. Guichon, J. Perret et P. Ripotot découvrirent et fouillèrent à proximité de cette première grotte, une deuxième cavité : le Trou des Renards. Les trouvailles ressemblèrent alors au Trou de la Mère Clochette. Les vestiges exhumés dans ces deux lieux sont aujourd’hui soigneusement conservés au musée des Beaux-Arts et d’archéologie de Dole.

Le Saut de la Pucelle, une légende ancrée dans les esprits

En hauteur des falaises, Nicolas Patenôtre fit bâtir, en 1620, une petite chapelle dédiée au culte marial. Prenant le nom de Notre-Dame de Consolation, ce lieu, selon la légende, fut le témoin d’un phénomène étonnant.

Durant une guerre dévastatrice, une jeune fille alla prier la Vierge Marie. Effarouchée par des combattants animés par la violence, la fillette se trouva rapidement au bord du précipice, une falaise abrupte de quelques dizaines de mètres. Le site internet de Rochefort-sur-Nenon affirme alors que « sentant les mains d’un misérable prêtes à l’enserrer, elle [s’élança] dans le vide. ». Le saut de l’ange précipita alors l’enfant vers le sol, celle-ci préférant la mort au viol.

Ayant prié avec zèle la Vierge, la fillette se retrouva « suspendue dans les airs par une main invisible, [puis] elle tomba dans l’eau sans se faire de mal et les flots la rejetèrent doucement sur un lit de gazon. » indique l’historien Alphonse Rousset. Permettant de prouver l’importance d’être un bon chrétien, la foi de la fillette l’ayant sauvée, cette légende, qui pourrait se dérouler à diverses époques, véhicule des valeurs chrétiennes catholiques. La légende du Saut de la Pucelle avait alors une réelle ambition éducative. Dès lors, le rocher duquel sauta, selon le mythe, la jeune fillette pour échapper à de vulgaires personnages, prit le nom de Saut de la Pucelle.

Les agréables promenades le long du Doubs, au bord des falaises, ont véritablement fait la réputation de ce village périurbain du Grand Dole.

Jean-François Thomassin (1750-1828), un Rochefortain chirurgien

Jean-François Thomassin naquit à Rochefort en 1750. Devenu médecin, il s’exposa sur les champs de bataille afin de sauver des vies. S’occupant des soldats blessés, il mit en pratique ses savoirs dans le domaine chirurgical.

Durant la Révolution, il devint Chirurgien en Chef des armées du Rhin, du Danube et d’Helvétie. Au fil de son existence, cet homme imprima de nombreux textes permettant de diffuser son savoir. En 1815, il fut élevé au rang de chevalier de la Légion d’honneur. Il mourut en 1828, léguant au monde de précieuses connaissances médicales.

« Il y a de nombreux Rochefort en France et toutes les villes ou les villages qui s’appellent ainsi sont en principe des anciennes roches fortifiées. ».

On touche une clientèle de l’extérieur…

« On ne peut pas dire que ce n’est pas un village dynamique. Beaucoup de gens viennent, on touche une clientèle de l’extérieur et c’est pas mal » explique le commerçant Christian Rauscher. D’une boulangerie à un funérarium en passant par un salon de coiffure, Rochefort-sur-Nenon compte une dizaine de commerces, ce qui dynamise indiscutablement la commune.

Le premier magistrat du village confiait qu’il aimerait tout de même qu’une épicerie ouvre ses portes afin de satisfaire la population en produits de première nécessité. Regrettant la fermeture d’un hôtel, celui-ci reconnaît que la commune manque d’un distributeur de billets, ce qui est fort déplorable pour les individus dépendants notamment des transports en commun. « Je suis obligé de prendre de l’argent chez le commerçant, ça va qu’il me connaît. Le distributeur le plus proche est aux Epenottes » avance Christopher, un habitué du village.

Gérard Fernoux-Coutenet affirme alors que « la proximité avec Dole est un plus et un moins à la fois. En 7 minutes on est à Dole, ce qui est très pratique. Toutefois, cette proximité pose aussi un problème pour les commerces. ».

Le site internet du village est révélateur du dynamisme économique de Rochefort-sur-Nenon, « la commune compt[ant] plus de 1 100 emplois répartis sur une vingtaine d’entreprises agricoles, artisanales et industrielles. ». La zone industrielle est alors remarquablement précieuse pour le bourg.

Riche d’un bureau de poste, d’un EHPAD réputé (la résidence de Courcelles nommée ainsi en référence à l’ouvrage, La marquise de Courcelles (1859)) et de multiples professionnels de la santé, nombreux sont les services à Rochefort-sur-Nenon, ce qui réjouit les habitants du village et des alentours.

On va tout réaménager…

Du Football Club de Rochefort Amange, fort d’une centaine de licenciés et de ses brillants résultats, au judo, en passant par le tennis ou encore la pétanque, plusieurs activités sont proposées à la population. Une quinzaine d’associations dynamise alors la commune.

« Il y a une certaine dynamique. On sort, il y a toujours des gens dans les rues, il y a souvent des manifestations » note Gérard Fernoux-Coutenet. Le jour de la fête nationale, c’est environ 2000 à 3000 personnes qui se réunissent. La fête du village, organisée chaque deuxième dimanche du mois d’août, est également un instant durant lequel les Rochefortaines et les Rochefortains peuvent se retrouver.

Véritable centre névralgique des gilets jaunes, Rochefort-sur-Nenon a été à maintes reprises mis en avant à la télévision nationale. Gérard Fernoux-Coutenet constate que ce mouvement social « a été un problème important, ça a perturbé la vie de tout un chacun et la vie économique du village. Il a fallu faire intervenir deux fois les forces de l’ordre, sans parler du rond-point ravagé. ».

Souhaitant accroître la population et l’activité de ce village fleuri, Monsieur le maire explique qu’une nouvelle zone urbanisée est en voie de développement. Les travaux d’un nouvel accès à la D 673 se poursuivent également à côté de l’EHPAD. L’agrandissement de l’étang est aussi en projet.

Afin d’embellir la commune et dans l’optique de faciliter la vie des riverains, un conséquent projet est en cours aux abords de l’église. « Nous avons un gros projet de réaménagement autour de l’église. On a fini de relever les tombes de l’ancien cimetière il y a 4 ans. Aujourd’hui, on va tout réaménager. », annonce Monsieur le maire. Un village véritablement tourné vers l’avenir…

« Je suis arrivé il y a plus de 40 ans, ce village était l’un des plus rustiques, avec un centre en ruines. On peut aujourd’hui constater tout ce qui a été fait. » conclut ainsi Gérard Fernoux-Coutenet.

« Aujourd’hui, on va tout réaménager. ».

Travail et divertissement font de Rochefort-sur-Nenon un village dynamique et attractif où il fait habituellement bon vivre.

Pour aller plus loin : bibliographie non exhaustive :

BROU Laurent, « Le Trou de la Mère Clochette » à Rochefort-sur-Nenon, Jura : présentation des données suite à la révision des séries du paléolithique supérieur ancien, [travail universitaire d’archéologie], Besançon, 1994.

ROUSSET Alphonse, Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (…), Bintot, Besançon, tome V, 1857, pp.438-452.

Anthony Soares

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