Retraites : le premier ministre en débat dans le Jura

Édouard Philippe, premier ministre (LREM) est venu le 17 octobre à Lons-le-Saunier Juraparc débattre de la future réforme des retraites. Une réforme lointaine (à partir de 2025 et lissée sur plusieurs dizaines d’années) pour éviter de se mettre une partie des français à dos, tant le sujet est explosif. Opération « déminage » avant la journée de mobilisation générale du 5 décembre.

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Edouard Philippe était accompagné de Jean-Paul Delevoye (à sa g.), haut commissaire aux retraites.

C’est une réforme tellement brûlante que plusieurs gouvernements s’y sont déjà cassé les dents. Il fallait donc bien la visite d’un premier ministre (le dernier Edouard Balladur, était venu il y a 25 ans…) pour déminer le terrain.
Ainsi, Édouard Philippe s’est présenté devant une centaine de jurassiens pour susciter l’adhésion à un système universel, impliquant en principe la disparition de 42 régimes spéciaux (…une promesse de campagne du candidat Macron). Le Premier ministre a d’entrée de jeu donné le ton : « Il y a trois principes simples sur lesquels ont ne peut pas transiger : un système universel, pour que chaque euro cotisé ouvre le même droit. Un système par points : chaque heure, chaque jour travaillé ouvre des points » permettant de savoir à tout instant combien de points vous avez cumulé. Et enfin « un système par répartition, solidaire » au contraire d’un système par capitalisation qui constitue le modèle anglo-saxon. « Pour le reste, on peut discuter » a lancé le numéro deux de l’État, pointant plusieurs situations où les vices du système actuel pourraient être levés : pour les femmes tout d’abord, pénalisées par les interruptions de carrière pour élever leurs enfants, Edouard Philippe a promis « une meilleure prise en compte de leur situation ». Avec peut-être des avantages progressifs à chaque enfant successif, au lieu d’avantages ciblés plutôt sur le 3e enfant actuellement. Même philosophie à l’égard des « aidants familiaux dont les interruptions de carrière ne sont jamais prises en compte ».

Le Premier ministre a affirmé que le système par répartition ne serait pas remis en cause.

Un âge pivot conservé à 62 ans ?

Edouard Philippe a également fait beaucoup de pédagogie « diplomatique » avant le débat, reconnaissant que le système actuel s’avère « bon et à peu équilibré budgétairement ». Avant de dénoncer à fleurets moucheté ses travers injustes comparant  « une aide soignante exerce 20 ans dans le public puis 20 ans dans le privé, désavantagée par rapport à celle qui exerce 20 ans dans le privé, puis 20 ans dans le public ». Ou encore la situation d’« un chauffeur de tramway qui part en retraite à 52 ans à Paris et à 62 ans » ailleurs… L’exécutif souhaite aussi rassurer, en particulier avant l’appel à la grève générale le 5 décembre : « Ceux qui se trouvent déjà en retraite ne seront pas concernés par cette réforme, et tous les droits acquis avant 2025 le resteront ». Quand au fameux âge pivot de départ à la retraite, il devrait rester à 62 ans. Une fonctionnaire lédonienne s’est dite rassurée par ces propos, ainsi que par le maintien du système par répartition. Pour les autres fonctionnaires, la question reste à voir puisque le « deal » de la fonction publique a  toujours été : des salaires inférieurs au privé, mais une meilleure retraite…

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Dossier réalisé par Stéphane Hovaere

Une centaine de personnes (dont des parents d’élèves de Lons ou Montmorot) ont participé au débat sous l’oeil de nombreux médias nationaux.

Moins de participants que prévus

Une centaine seulement de participants ont pris part au débat : pour l’essentiel des parents d’élèves des établissements scolaires de Lons et Montmorot. « Il n’y a pas eu de sélection » a affirmé Danielle Brulebois, députée du Jura : on la croit volontiers d’autant que 200 personnes étaient plutôt attendues, mais que l’appel aux candidats n’a été lancé que 2 ou 3 jours avant. Un coup de pouce (campagne de phoning de dernière minute) a été nécessaire pour remplir Juraparc… plongé durant quelques dizaines de minutes dans l’obscurité. Un « black out » auquel des agents EDF ne seraient pas étrangers. Pascal Jeanmougin, secrétaire général CGT Energies 39 n’a pas démenti, insistant sur les multiples revendications des électriciens. Et sur le fait « qu’un salarié sur deux de plus de 55 ans ne travaille déjà pas (chômage, arrêt maladie, pré-retraite, etc.). Comment les faire travailler jusqu’à 62 ou 65 ans ? ».