Rendez-vous en terre inconnue pour des lycéens lédoniens

EeauSoleil est une association qui met en œuvre des projets dans le domaine de l’eau et de l’assainissement à travers des actions de développement durable au Maroc. Plus de 100 lycéens du lycée Le Corbusier de Lons le Saunier y ont déjà participé. Michel Reverchon, président de l’association a bien voulu répondre à nos questions ainsi que les 6 élèves qui partent cette année.

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Quelle est l’origine de l’association ?
Elle date de 2002, deux professeurs, un de maths et un de plomberie à Ambérieux  ont décidé de faire des choses avec des élèves en les impliquant dans des projets de solidarité internationale avec pour but de promouvoir l’énergie solaire dans les pays du Sud.
Pendant 4 ou 5 ans, ils ont amélioré leur processus, et quand le collègue plombier Marc Latapie est arrivé à Lons, on a récupéré leur expérience et on a créé l’association et ce en 2007. Lui-même, quand il  a été muté, a recréé une association en Bretagne. L’association de Rhône Alpes existe toujours.
Les premières expériences furent un peu négatives car ils n’ont pas pris en compte le fait qu’un système soit durable. Entre 2002 et 2006, les installations n’ont pas été entretenues donc non pérennes. Nous avons alors compris qu’il faut prendre des contacts longtemps avant et amener les gens à comprendre le processus de développement.

Quel est le but de l’association ?        
L’objectif premier est d’amener des jeunes à découvrir la solidarité internationale et les cultures locales par des lycéens volontaires préparés techniquement et intégrés aux villages de ces pays. Le second, et les deux sont complémentaires est de promouvoir et développer l’énergie solaires dans les pays du Sud en faisant installer des systèmes de pompage solaire et financer des blocs sanitaires près des écoles pour permettre une prise de conscience de développer l’assainissement dans les villages. Les jeunes sont encadrés par des enseignants et des membres de l’association.

Un groupe d’élèves au Maroc.

Pourquoi avoir choisi le Sud Maroc ?
Le lieu choisi est le Sud du Maroc qui offre une sécurité et une proximité favorable à l’envoi de lycéens. Les villages choisis n’ont ni eau ni électricité et sont très isolés. Ils sont souvent délaissés par l’ONEEP (Office National de l’Electricité et de l’eau Potable). De ce fait, leur population est faible (de 80 à 180 habitants) et très pauvre. De manière générale, une association de village fait une demande écrite d’intervention, nous visitons le village et si cela correspond à nos critères, nous élaborons avec l’association du village les caractéristiques du projet. Notre volonté est de rendre la gestion autonome et non pas comme le font de nombreuses associations de rester sur place pour les assister.

Au travail avec les villageois.

Quels sont les obstacles rencontrés ?
La plus grande difficulté est la ressource, car l’eau est peu voire très peu abondante. Il faut aussi impliquer les villageois, ce qui n’a pas été assez fait au début et qui a conduit à quelques désillusions, car faute d’entretien des installations les systèmes tombaient en panne et n’assuraient plus leur fonction. De ce fait, l’association du village s’engage à prendre en charge les travaux de génie civile, comme le creusement des tranchées et local technique….et surtout gérer le système à long terme.
Ces villages sont également très difficiles d’accès et ne sont souvent desservis que par une piste ou un sentier ce qui rend très difficile l’acheminement du matériel.

Les villageoises au point d’eau.

Combien de jeunes sont concernés, de quelles classes, quels métiers ?
Les élèves sont volontaires et participent même aux frais de transport et d’hébergement. Des actions, comme des ventes de chocolats, de biscuits et l’organisation d’un couscous participent aussi au financement. Cela compte dans leur période de formation comme stage. Ils vivent une vraie expérience professionnelle. Il part en moyenne entre 6 et 12 élèves pendant une période de 15 jours, selon la taille du chantier. Une partie du temps est également consacrée à la découverte du pays. Ce à la même période, avant les vacances de Pâques. Les jeunes sont encadrés par des enseignants du lycée et des membres de l’association. Il n’y a pas de critères de formation, mais ce sont le plus souvent des élèves en plomberie et assistants architectes qui partent.

Une soirée avec les villageois.

N’est-il pas difficile de faire déplacer des élèves ?
Cela dépend beaucoup de l’enthousiasme des professeurs qui communiquent l’envie de s’impliquer à leurs élèves tout en les mettant en garde sur les conditions de travail difficiles ainsi que l’hébergement très rustique. Il faut aussi que la direction du lycée accepte les risques même minimes que cela implique. Il faut savoir qu’on part en avion, on loue des voitures, on roule sur des pistes, on vit dans des villages sans hygiène…. Depuis cette année deux jeunes collègues s’impliquent à fond et relancent « la machine » qui avait tendance à s’essouffler ces dernières années. Cette année 6 élèves partent du 21 au 31 mars dans le village de Bouigto dans la région Midelt.

Installation d’un panneau solaire.

 

Quels sont vos modes de financement ?
Nos partenaires sont l’Agence de l’eau, le département du Jura et la région. La ville de Lons le Saunier s’est retirée il y a quelques années. Des partenaires privés et associatifs soutiennent également l’association. Le coût d’un chantier varie de 15 000 à 30 000 euros selon la situation de chaque village.

Installation des canalisations.

Comment sont choisis les sites et combien de réalisations ont été faites ?
Depuis que nous sommes devenus autonomes en 2007, nous discutons au niveau de la province, dont le gouverneur est nommé par le Roi, donc qui a un pouvoir réel. Nous prenons alors contact avec l’agence de l’eau qui elle ne fait que les grands chantiers. C’est le directeur de cette agence qui nous signale certains villages. Le temps imparti avec les élèves nous font choisir des populations de 150 habitants maximum, toujours difficiles d’accès . Certains de ces villages ne sont accessibles que par des sentiers. Il faut une fois le chantier achevé que le système fonctionne. Il faut aussi que l’association qui s’est créée au sein du village s’engage à travailler et que les gens s’impliquent. EauSoleil paye le matériel mais pas la main d’oeuvre. Il faut signaler que l’eau est payante ce qui permet de pérenniser et d’entretenir l’installation avec une complète autonomie financière.
Depuis 2007 ce sera la quatorzième réalisation effectuée.

Des jeunes motivés et impatient de partir

Nous avons rencontré les 6 jeunes qui partent cette année, il s’agit de Victor, Gautier Alexandre, Dalyan, Théo et Théo Ils sont élèves de terminale bac pro plomberie et assistant architecte. Nous avons trouvé des jeunes motivés, enthousiastes et très impatients de partir :
« Nous sommes conscients que nous vivons dans un pays ou l’accès à l’eau semble tout naturel et sommes contents de venir en aide à des populations défavorisées. Nous voulons également montrer une bonne image des jeunes, surtout ceux qui sont en lycée professionnel, qui ont une mauvais image auprès de la population. Nous comptons aussi acquérir une certaine maturité. C’est aussi le goût de l’aventure qui nous anime et le fait de découvrir un pays qui nous est proche mais que l’on connaît mal. Un seul d’entre nous a déjà pris l’avion, et ce sera également une découverte ».

Les élèves avec un groupe de villageois.