Renault Clio V : le retour d’une grande

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Malgré la période instable qu’il traverse, Renault garde le cap et présente la nouvelle génération de sa Clio. Une sortie capitale pour le Losange qui espère bien en profiter pour se relancer.

La malédiction du trône. Voilà un titre d’œuvre que ne renierait pas G.R.R. Martins, l’auteur de Game of Thrones, ou J.R.R. Tolkien, celui du Seigneur des Anneaux. Pour l’industrie automobile, il semblerait que cette infortune n’ait rien du roman d’aventures. Volkswagen, pris dans la main dans le sac à particules fines et plombé par le dieselgate alors que le groupe venait d’être sacré… Toyota qui, sur le point de régner, subit de plein fouet la terrible catastrophe de Fukushima… Aujourd’hui, Renault-Nissan miné par la sinistre affaire de son président Carlos Ghosn et ses frasques versaillaises alors que le groupe vient à peine de s’installer en tête du classement des constructeurs… Il n’en faudrait pas plus aux superstitieux pour penser que cette place porte malheur alors que les ventes de Nissan sont en chute libre (-12 % en Europe).
Pour le moment, porté par les résultats époustouflants de Renault – nouveau record de ventes avec 3,88 millions de véhicules écoulés en 2018 (+3 %) –, l’excellente santé de Dacia et la bonne pioche de Mitsubishi (+18 % en 2018), l’Alliance, avec 10,76 millions de ventes l’année dernière, reste l’impératrice du marché, mais Volkswagen revient très fort. La sortie d’une nouvelle génération de la Clio, présentée à l’occasion du Salon de Genève, intervient donc à un moment crucial pour le géant franco-japonais. La berline compacte n’est rien de moins que la voiture la plus vendue en France. C’est peu dire, donc, que son renouvellement est scruté à la loupe par les observateurs du monde entier.

Le souci du détail

Les petites mains du Losange ont dû mesurer l’ampleur de leur responsabilité et n’ont pas souhaité trop chambouler une formule qui a fait ses preuves pendant sept longues années. Une cure de Jouvence s’imposait, mais il était inutile de forcer le trait au risque de défigurer la starlette. La silhouette n’évolue ainsi qu’à la marge. On note l’intégration de feu à LED en forme d’apostrophe qui viennent cerner les optiques à l’avant, l’agrandissement de la calandre, le renforcement des lignes du capot, qui se fait plus plongeant et plus sportif, ainsi que les baguettes chromées dans les portières. L’ensemble témoigne du travail important réalisé par le département technique et artistique sur l’aérodynamisme.
« La Clio 5 est la meilleure que nous n’ayons jamais dessinée sur ce point, avec un gabarit légèrement inférieur et une silhouette plus élancée. Cette recherche nous a conduits à travailler sur les joints et affleurements de pièces de carrosserie et à être beaucoup plus précis. De ce fait, les bruits d’air et les bruits de roulement ont également été diminués, et je dois dire que la recherche d’aérodynamisme nous a permis de monter en qualité », explique à l’Argus Laurens van den Acker, le directeur du style de Renault. Ainsi, même si les changements esthétiques opérés par rapport à la précédente génération ne sautent pas aux yeux, les pièces qui composent la nouvelle Clio sont 100 % inédites. Preuves supplémentaires que cette Clio 5 a été repensée de fond en comble, de nombreuses pièces de carrosserie auparavant en plastique sont désormais en métal, gage de réparations plus simples et de solidité accrue.

Un vent de modernité

Les principales critiques qui ont accompagné la sortie de la Clio 4 portaient sur la qualité médiocre de son intérieur et le manque d’audace de son habitacle. La plupart étaient justifiées. Renault a parfaitement entendu les complaintes et a décidé de concentrer une grande partie de ses efforts et de ses moyens sur l’espace à vivre. Le bond en avant qualitatif est impressionnant.
La Clio se hisse largement au niveau des plus douées de son segment à ce niveau-là. Le choix des matériaux témoigne de cette bonne volonté. Le futur propriétaire pourra configurer son habitacle comme il l’entend, en jouant sur les revêtements et leur différenciation, notamment au niveau de la planche de bord et des sièges.
La Clio 5 accueille en outre un immense écran tactile qui trône en bonne place sur la console centrale entièrement repensée. Selon les finitions, il pourra atteindre 10 pouces. Autre changement de taille, l’arrivée de l’instrumentation digitale, appelée Smart Cockpit. Il s’agit d’un large écran de 9,3 pouces qui vient remplacer les vieux compteurs analogiques. Une toute nouvelle version du système d’infodivertissement maison, Easy Link, joue les chefs d’orchestre. Au programme de la symphonie technologique : conduite semi-autonome (lecture des panneaux, aide à l’insertion dans une voie, régulateur de vitesse adaptatif, gestion du trafic, freinage d’urgence, aide au parking, etc.). Du grand art ! L’habitabilité générale est aussi revue à la hausse, à l’image du coffre qui gagne presque 100 l (391 l).

Vers l’hybridation

La nouvelle Clio repose sur une plateforme technique inédite, baptisée CMF-B. Celle-ci offre la possibilité de déployer une motorisation hybride associant le bloc essence 1,6 l à un petit moteur électrique (puissance cumulée de 120 ch) pour de courtes distances parcourues en tout électrique et des consommations réduites. Pour le reste, Renault réserve la primeur des informations techniques, notamment celles relatives aux autres motorisations. Il est probable cependant que l’on retrouve le 1,3 l Tce essence de 130 ch ou encore le 3-cylindres 1 l décliné en différents niveaux de puissance.
Côté diesel, ce sera vraisemblablement le 1,5 l BluedCi en 85 et 115 ch qui officiera. De la même manière, le mystère plane toujours autour des tarifs, mais il faudra compter environ 25 000 € pour une version bien équipée. Quoi qu’il en soit, cette Clio 5 semble bien née et plus cohérente que sa devancière. Renault n’hésite d’ailleurs pas à claironner qu’il s’agit là de « la meilleure de ses Clio ». On imagine mal le constructeur dire le contraire, mais ce premier contact nous pousse à concéder qu’il a sans doute raison !