Razzias de lactaires sanguins : les Jurassiens appelés à la rescousse

Empochez de 80 à 200 € par jour pour ramasser des champignons : une proposition alléchante pour lutter contre une cueillette illégale venue des pays de l’est.

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Les campements sauvages parsèment les forêts, les laissant truffées de détritus.

Une nouvelle solution semble se dessiner pour enrayer les razzias automnales sur les forêts jurassiennes, particulièrement celles entourant Montrond, Champagnole, Poligny et Arbois. Objet de toutes les convoitises, les fameux lactaires sanguins dédaignés par les palais français mais fort goûtés en Espagne. Claude Giraud, vice-président de Champagnole Nozeroy Jura (CNJ) et par ailleurs maire de Montrond, a témoigné lors du dernier conseil communautaire de l’émoi suscité par l’arrivée de 400 à 600 cueilleurs clandestins (venus  de Roumanie) chaque automne : « A Montrond, on compte une centaine de fourgonnettes tous les jours, pendant environ 2 mois », expliquant qu’il en était de même à Crotenay, Valempouillères et dans de nombreux bois alentours. Outre le saccage des forêts, il a évoqué « des rapines dans les commerces », voire même des vols perpétrés après la campagne de cueillette.  Pierre Brégand, vice-président de CNJ en charge du dossier, a pour sa part déjà constaté de visu la présence de 37 roumains sur sa commune (Censeau) dont « des femmes et dix enfants en bas âge».

Des actions « coup de poing » espérées

Face à ces razzias croissantes (sauf l’an dernier, en raison de la sécheresse automnale exceptionnelle qui avait réduit à néant les pousses), il a fait état d’une nouveau projet, établi à l’issue d’une large concertation, rassemblant entre autres les communautés de communes de Champagnole Nozeroy Jura, celle d’Arbois, Poligny, Salins-les-Bains, l’ONF, la DIRRECTE, la chambre d’agriculture, la fédération de chasse du Jura, l’association des communes forestières, sans oublier le sous-préfet de Dole, Nicolas Ventre. Un soutien et un engagement remarqués de ce dernier, car l’Etat avait jusqu’alors quelque peu brillé par son absence, aux dires de certains maires exposés en première ligne…
« Le ramassage est cette année confié à des cueilleurs travaillant pour une entreprise spécialisée des Vosges –La Forestière des champignons- et titulaires de cartes d’accréditation. Les champignons seront collectés tous les soirs et transportés dans les Vosges où ils seront conditionnés ».
Des questions se sont élevées au sein du conseil pour demander : « Et en cas de confrontation avec les cueilleurs illégaux ? ». Pierre Brégand a répondu que « la gendarmerie sera là …/…et que l’Etat semble s’investir sérieusement. Des actions coup de poing étaient déjà prévues l’an dernier, mais n’ont pas eu lieu du fait de la sècheresse ». Des propos corroborés par André Jourd’hui, vice-président de l’association des communes forestières du Jura qui ajoute : « On sait où se trouvent les points de passage, et les cueilleurs illégaux déguerpissent quand les forces de l’ordre arrivent ».
L’avenir dira si cette solution…et si la répression tiendront leurs promesses.

Stéphane Hovaere

Comment gagner 100 à 200 € environ par jour ?

Certes, ce n’est pas le « job de rêve » mais cela y ressemble : passer ses journées en forêt pour remplir des cagettes de lactaires pourrait rapporter gros. Sachant qu’un cueilleur peut ramasser 20 à 40 kg de champignons par jour, et que leur cours se monnaie autour 3 et 5 €/kg selon Michel Bourgeois, président de l’association des communes forestières du Jura, le calcul est vite fait : sur un mois, il serait possible d’empocher au bas mot entre 2000 € et 3500 € (en fonction de la pousse, qui dépend des précipitations). Un gain très substantiel ne requérant pas de statut particulier. Pour obtenir le sésame, à savoir une carte d’identification, il suffira de se présenter dans les mairies qui participent à ce nouveau système. Les locaux seront privilégiés, c’est-à-dire ceux qui peuvent justifier d’une adresse à proximité confie l’association des communes forestières. Une façon de valoriser le « made in Jura » et d’être sûrs que les bois ne seront pas jonchés de détritus comme naguère…
« Nous espérons avoir au moins une quarantaine de cueilleurs pour cette année de rodage » expliquent  André Jourd’hui et Michel Bourgeois qui ajoutent : « Les communes propriétaires des bois ne demanderont pas de rémunération, mais simplement à avoir la paix ».

Des maires solidaires et économes

Pierre Brégand a également appelé à la solidarité tous les maires concernés, qui passe par la prise d’arrêtés municipaux conjoints. Objectifs affichés : « Interdire totalement le ramassage du lactaire sanguin (mais pas celui des autres champignons), interdire le camping dans les bois, ainsi que la circulation sauf pour les ayants droits ».
La gestion de la circulation a été conférée à l’ONF, qui connait justement ces ayants-droits. Point capital souligné par Claude Giraud : le plan échafaudé l’an dernier, à savoir le ramassage par des cueilleurs jurassiens embauchés via Soelis, mettait à contribution les communes qui les auraient employés. Cette année, seule l’entreprise choisie assumera les risques financiers liés à la campagne, qui devrait démarrer à la mi-septembre ou début octobre (selon les conditions climatiques).

L’objet de toutes les convoitises, le fameux lactaire sanguin.