Rachel Lamy, 33 ans et déjà tellement de voyages à son actif

Aller au-delà des préjugés.

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Avec Ela Gandhi, petite fille de Gandhi au Phoenix

Rachel est jurassienne et sa famille l’est aussi depuis plusieurs générations. Elle fit des études en psychologie puis une formation d’éducateur Spécialisé et est diplômée depuis 2011. L’attention à l’autre, le vouloir aider l’autre est inscrit dans son personnage, mais comment le faire ?
A l’âge de 16 ans, elle rencontre Dédé, un vagabond avec lequel elle converse. Après avoir partagé avec lui, Rachel se dit : « Ne t’arrête jamais à tes préjugés, regarde au-delà pour découvrir le trésor qui se cache en chacun ».
Cette phrase reste gravée dans sa tête et lui revient constamment. Elle tente de mettre en place cette manière de penser, d’agir, de fonctionner.

Le début des périples

Rachel eut l’occasion de voyager étant plus jeune.
En 2009, elle partit au Brésil où se célébrait, en décembre, une commémoration pour le Père jurassien Gabriel Maire, originaire de Port Lesney, assassiné le 23 décembre 1989 au Brésil. Cet homme était un ami de la famille de Rachel. Depuis petite, Rachel s’était prise d’une grande amitié pour un couple brésilien amis de Gabriel Maire qui venaient parfois en France, et qui sont devenus ses grands-parents de cœur. Quand elle allait là-bas, elle était toujours bien accueillie. Elle a pu réaliser à ce moment-là un stage pendant plusieurs mois, dans un foyer d’accueil d’urgence pour enfants des rues, jeunes issus de la prostitution ou des trafics de drogue.
Elle fit d’autres voyages au Sénégal, au Maroc… et à chaque fois tout se passait bien. De plus elle constatait que le fait que les populations étaient de cultures et de religions différentes, cela lui apportait énormément ; c’était une vraie richesse.
Elle le sait et le dit : « J’ai de la chance mais je sais aussi que beaucoup de personnes ne peuvent pas le faire pour des raisons qui leur appartiennent. Aussi de retour en France, où j’entendais les discours tellement opposés sur ces populations que j’avais côtoyées dans leur milieu de vie, je me suis dit que je devais faire quelque chose pour contribuer à changer le regard des uns sur les autres. Mais comment créer plus de liens interculturels et interreligieux ? » Cette question reste en gestation pendant 5 ans puis Rachel prend la décision de mener des actions.

Les jardiniers de la paix

Elle décide de partir faire un tour du monde à la rencontre de ceux qu’elle appelle « les jardiniers de la paix ». La première chose consiste à lutter contre les préjugés. Il était important de montrer comment des personnes, partout sur la planète, quels que soit leurs horizons, leurs cultures ou leurs religions, créaient des ponts entre eux, comment ils réparaient les après-conflits en travaillant sur la réconciliation, comment ils menaient des actions de prévention des conflits (l’avant et l’après). Rachel souhaitait aller à la rencontre de ceux qui agissaient déjà. Comprendre comment ils avaient construit ses liens et s’en inspirer. Il était important de montrer ce qui se réussissait, à l’opposé des médias qui souvent, montrent plutôt ce qui ne va pas. Mais elle se posait la question : comment faire ?
« Je voulais faire le tour du Monde, sans légitimité particulière, sans étiquette. C’était un projet fou mais en me lançant, je me suis dit que ça marcherait ; j’y croyais et beaucoup de personnes autour de moi m’encourageaient et me poussaient à croire que c’était possible. La confiance qui grandissait en moi était la clé. Je sentais que je devais le faire, c’était un ressenti profond qui résonnait en moi ». Un an avant le départ, Rachel créée une liste de personnes ressource, une liste de pays à découvrir (nouveaux et connus) en adaptant la liste au fur et à mesure des contacts.
« J’ai toqué aux portes des associations ou de personnes investies dans ce domaine pour interpeller de nouveaux contacts et j’ai fixé une date précise de départ qui fut juillet 2018. J’ai subi une opération en février de cette année et ensuite j’ai eu 2 mois de convalescence ce qui m’a permis de travailler le lâcher-prise et de me décrocher du mental pour préparer plus sereinement mon départ, avec davantage encore de confiance
».

Le voyage autour du monde

A Sarajevo en Bosnie

Les deux premiers pays furent la Bosnie et la Serbie où Rachel est partie avec un groupe du CCFD – Terre Solidaire à la rencontre d’associations (travaillant pour le vivre-ensemble et la création d’une histoire commune après la guerre). Ensuite, elle est partie au Maroc à la rencontre du Père Jean-Pierre Schumacher, le dernier moine de Tibhirine (en Algérie à la suite de l’enlèvement et à la mise à mort des autres moines en 1996) afin de recueillir son témoignage et d’échanger avec lui sur le sens de l’interreligieux et du pardon.
Puis, elle partit au Liban pour un mois où elle rencontra des responsables religieux, des associations prônant le vivre ensemble, des universités luttant pour instaurer la non-violence. Tous veulent montrer que l’action peut être menée sans faire la guerre.
Ce sera ensuite vers la Jordanie qu’ira Rachel juste pour un court passage à la rencontre d’une amie qui y travaille avec Handicap International. Elle poursuivra son voyage vers l’Israël, la Palestine où elle resta un mois et demi. Elle rencontra des groupes de personnes autochtones qui agissent pour créer des ponts entre les peuples et les religions, ou en dénonçant des faits dans ce climat politique tendu mais toujours dans des actions non-violentes. C’est le cas en autre avec un mouvement de femmes de toutes religions, de tous courants politiques confondus qui agit en mettant la pression sur le gouvernement israélien afin que les conflits cessent. Rachel a pu aussi rencontrer une personne de l’association « cercles de parents » qui rassemblent israéliens et palestiniens ayant perdues des proches dans le conflit et entrer aussi dans des camps de réfugiés palestiniens pour constater que des personnes mettent en place des actions pour faire changer le climat violent du moment.

Avec des enfants dans un village Samburu au Kenya

Un séjour au Kenya, a permis à Rachel de rencontrer une tribu de Samburu, peuple proche par sa langue et traditions des Maasaï. Ce fut une manière d’aborder un autre monde, une autre sagesse, d’autres regards et échanges au travers de discussions sous l’arbre à palabres. Elle a pu parallèlement rencontrer une fondation, agissant auprès des filles pour les protéger des mariages forcés et de l’excision.

Noël au Rwanda

Rachel est arrivée juste après au Rwanda pour y rester presque deux mois et y fêter Noël. Elle y rencontra des organisations, des associations menant des programmes de reconstruction et de réconciliation entre les ex-génocidaires et les victimes. Elle a aussi récolté des témoignages de victimes du génocide.
Et de préciser : « Ce fut très profond, une très grande leçon ».
Sur place, elle a pu aller dans un « village de Réconciliation » où vivent autant les victimes que les génocidaires mais aussi des émigrés du génocide ; Il se trouve aussi dans ce village une école proposant l’éducation à la paix. Comme le disent celles et ceux qui œuvrent sur place, “le pardon se renouvelle, ne se force pas”.
Mais ce qui agit c’est la force de la communauté et cela permet la réintégration de tous dont les prisonniers. Durant ce séjour, Rachel a aussi rencontré un Congolais juste à la frontière (le Congo étant trop dangereux à ce moment-là en période électorale) qui a pu témoigner de ce qui se passe, s’est passé au Congo : les consultants de la paix, le partage des terres, le massacre des habitants dans certains endroits prisés pour leurs ressources naturelles, les enfants soldats…. Ce fut aussi pour lui un temps pour rappeler la responsabilité des européens dans tout cela et leur grande passivité.

En Afrique du sud, à la Réunion, en Inde, au Népal, aux Philippines…

En Afrique du Sud, Rachel fut accueillie par Gordon Oliver du Cap qui a été très actif pour changer les lois sur l’apartheid. Elle a aussi rencontré d’autres politiques, Ela Ghandi la petite-fille de Ghandi, des groupes religieux, des associations, des clubs de la paix, et deux personnes, une ayant créée un attentat pendant l’apartheid et la maman d’une des victimes lui ayant pardonné.

Groupe inter-religieux de Durban en Afrique du Sud

Puis grand départ pour la Réunion afin de rencontrer sur place le groupe inter-religieux rencontré au Liban et qui avait invité Rachel à passer les voir. C’est un véritable modèle de vive ensemble car les personnes sont solidaires entre elles alors même qu’elles sont de religions différentes.

Ensuite, ce fut le voyage en Inde à la rencontre du Mouvement de Solidarité Universelle (USM), cet espace de prise de conscience des jeunes, des réalités du pays pour agir en tant que leadership de leur pays pour le changement. Elle a pu également rencontrer un sage indien a créé un ashram inter culturel, ce qui était aussi très intéressant à découvrir et rencontrer le fondateur du yoga du rire qui lui a expliqué comment cette pratique était aussi un moyen de faire tomber les barrières.
Au Nord du pays, Rachel a pu rencontrer des réfugiés tibétains dans la ville où le Dalaï Lama demeure et recueillir des témoignages, le tout dans une compassion et une sagesse incroyable.
Puis au Népal, Rachel a pu vivre un véritable ressourcement en allant parfois dans un monastère bouddhiste, ce qui lui a permis de l’aider à intégrer tous les témoignages qu’elle avait pu entendre jusqu’à ce jour et de travailler la paix en elle.
Aux Philippines, Rachel rencontra la fondation « Virlanie » qui est une institution privée, laïque installée à Manille et qui a pour but de protéger et réinsérer les enfants des rues. Elle a retrouvé là-bas des personnes qu’elle connaissait. Elle a pu échanger avec les enfants et entendre leurs témoignages de paix. Mais aussi des groupes interreligieux où la rencontre entre jeunes permet de déconstruire les préjugés. Elle a aussi revu une amie musulmane qui a été otage et a entendu son témoignage et constaté la prise de recul qu’elle a pu prendre face à cet évènement ; elle considère être victime sans oublier que ses ravisseurs étaient aussi victimes d’un système Elle considère qu’il faut aller voir au-delà des faits et surtout pardonner pour se réparer.

Bilan et nouveau départ 2019

En octobre 2019, c’est un nouveau départ pour Rachel vers le Brésil. Elle doit rencontrer Dominique Barter, le coordinateur du Projet de Justice Restaurative du CNVC, qui développe depuis les années 90 des pratiques restauratives au Brésil. Depuis 2005, son processus de Cercle Restauratif a été au cœur des projets pilotes de Justice Restaurative du Ministère de la Justice brésilien. Cette méthode de résolution des conflits est utilisée dans les favelas, les écoles, les prisons en travaillant autour du racisme, de la paix… Du 8 au 28 décembre, elle participera à la commémoration de la mort du Père jurassien Gabriel Maire.
L’idée de tous ces voyages est pour Rachel de revenir avec des témoignages du monde entier et de les partager aux français. Le but n’est pas d’accabler mais bien de faire prendre conscience en montrant que nous pouvons tous agir à notre niveau, comme on peut, pour faire changer les choses. Rachel propose des conférences publiques mais aimerait aussi développer celles-ci dans les collèges, les lycées, les universités, ou proposer des temps sur plusieurs jours dans un esprit d’échange et de réflexions. Elle participe actuellement à une formation intitulée « intervention civile de paix ».
Le voyage est pour Rachel un nouveau départ à Vie. Elle considère qu’il est important d’être témoin et de transmettre ces témoignages afin d’aider les autres à avancer. Son message à tous se résume ainsi :
« On a tous une richesse en soi à faire découvrir aux autres et un potentiel pour agir à notre échelle. Si on lâche nos peurs, que l’on avance avec d’avantage de confiance, on rencontrera des surprises de plus en plus grandes et on pourra construire.
On a besoin de l’énergie de chacun pour construire le monde. On a tous une part à prendre. Il est important de prendre sa part de responsabilité positive afin de faire partie du changement
».

Contact : Rachel Lamy
jardiniersdepaix.canalblog.com