Comment faire face à la pénurie d’eau sur le plateau de Nozeroy ?

Face aux sécheresses de plus en plus récurrentes, certaines communes s’organisent pour que l’or bleu coule toujours au robinet.

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La source de l'Ain et son bassin versant pourraient éviter au plateau de Nozeroy d'être à sec.

Esserval, Bief du Fourg, Les Chalesmes, Bief des Maisons : autant de communes où l’eau devient rare. Du fait de sa géologie, le plateau de Nozeroy compte peu de sources, des sources laminées années après années par le dérèglement climatique.
Pour y faire face et répondre à ce défi, Les Chalesmes et Bief des Maisons portent un projet vital : se raccorder au réseau d’eau potable de Gillois, lui-même desservi par le Syndicat Intercommunal des Eaux du Centre Est. Un syndicat qui dispose de réserves précieuses et très confortables grâce à la prolifique  source de la Papeterie, qui sourd à côté de Sirod. Selon Daniel Mathieu, maire de Bief des Maisons, 4 kilomètres de canalisations seraient tirées  depuis Gillois jusqu’à son village, puis 2 kilomètres supplémentaires pour rejoindre Les Chalesmes.
« On n’aurait jamais pensé manquer d’eau il y a encore quelques années » reconnait-il, mais en 2018 il a fallu une noria de camions citernes pour alimenter le village de fin septembre à fin octobre.
Parce que « nous n’avons pas envie de revivre cela » et en raison du coût des opérations, Daniel Mathieu préfère prendre les devants. Même son de cloche pour Laurent Berthet-Tissot, maire des Chalesmes, où la situation s’avère encore plus précaire : «Les rotations de camions citernes sont compliquées : il faut prévenir l’ARS, le syndicat des eaux, Véolia, etc. Et dans notre commune, on a toujours manqué d’eau : cela se produisait déjà il y a 50 ans lorsqu’elle hébergeait des colonies de vacances ».
Une situation tendue qui outre la fin d’été pose aussi problème en fin d’hiver : « Avant nous avions l’eau de fonte des neiges, mais ce n’est plus le cas ».
Dernier point crucial : « Si le cahier des charges de l’AOP Comté se durcit, il faudra fournir aux vaches de l’eau de qualité ». Et à raison de 100 litres d’eau par vache en été, les comptes sont vite faits. Ce projet vital, qui vient d’être affiné, va faire l’objet de demandes de subventions conclut Daniel Mathieu.

Des milliers de mètres cube d’eau sortent de la source de la Papeterie, près de Sirod.

Doye tranquille pour les décennies à venir

« Les sources produisent de moins en moins, année après année » : pour Jean-Paul Leblond, maire de Doye, l’équation était insoluble. « Nous avons besoin de 30 à 40 m3 d’eau par jour et nos sources produisent moins de 20 m3 à la fin de cet été ». Outre les 110 âmes du village, près des deux tiers du précieux liquide est en effet absorbé par les trois élevages de lait à Comté. Pour combler ce déficit croissant, la commune a fait le choix d’investir pour le moyen et le long terme : « Au printemps 2020, nous avons posé 3 kilomètres de canalisation jusqu’à Charbonny, pour nous raccorder au réseau Centre-Est ». Après avoir tenté –en vain- de mutualiser le projet, la commune s’est lancée seule : un investissement important d’environ 250.000 € études comprises. Mais une décision que ne regrette pas le maire en ces périodes de disettes aqueuses : « Nous sommes vraiment, vraiment tranquilles désormais ». Exit les rotations de camions citernes, une convention de fourniture d’eau potable a été signée avec Syndicat Intercommunal des Eaux du Centre Est pour 20 ans, de quoi voir venir…