Quand « Sécurité et confort” bannissent “Liberté, égalité, fraternité “

Anthropologue de la santé en vue durant la pandémie, Jean-Dominique Michel est dépeint comme « l'un des plus grands spécialistes mondiaux de santé publique » dans de nombreux médias. D’après lui, les victimes du Covid ne sont pas (seulement) celles que l’on croit. Explications.

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Marianne a mal à sa République. Comme elle, des dizaines de millions de Français veulent sauver ce qui reste de leur économie, de leur société, de leur humanité.

 Jean-Dominique Michel, anthropologue réputé de la santé publique, considère que les conséquences sociales et humaines de la pandémie auront de lourdes et durables répercussions après la fin de celle-ci.
Selon l’expert basé à Genève, ” le lien social, l’échange, le toucher, constituent les déterminants les plus importants pour notre santé. Il a ainsi été démontré par plusieurs études, que le risque de mortalité est doublé –oui doublé- pour les personnes âgées, selon qu’elles sont entourées ou pas”.
Pour les enfants et les adolescents, il reprend même la question soulevée par Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’université Paris-Descartes : “Fait-on le sacrifice humain de ces générations ?”.
Pour lui, aucun doute, les cours à domicile et la distanciation sociale s’avèrent d’autant plus “maltraitants et destructeurs” que les générations de demain construisent leur vie grâce à une palette de compétences sociales à développer. Le tout dans un “déni collectif” et une peur qui sont la seule gouverne des pays dits développés.
“On a fait croire à tout le monde, que n’importe quel humain pouvait être un danger mortel. Qui n’a pas vu au supermarché ou ailleurs, une personne faire un pas en arrière en découvrant une autre présence près d’elle ?”.

Jean-Dominique Michel étudie les systèmes de soins à travers le monde.

Une « culture du risque zéro » qui fait le lit des totalitarismes

Pour l’anthropologue auteur de plusieurs ouvrages tels que « Covid : anatomie d’une crise sanitaire », cette crise sociale représente “le symptôme exacerbé d’une civilisation devenue hors sol” : déconnectée des cycles naturels, de la relation à autrui… du réel, du vivant tout simplement. Et connectée à du vent, à des écrans “où certains passent l’essentiel de leurs vies” chimériques.
Résultat : des pays moins développés s’en sortent mieux que nous, car à force d’être cadrés, assistés, mais aussi aseptisés, les individus deviennent incapables d’affronter seuls les aléas de la vie.
Dénonçant cette “culture du risque zéro”, il met en garde contre les travers de sociétés devenues quelque peu paranoïaques, en ce sens qu’elles ne supportent pas le risque.

Appel à la sérénité

Un risque Covid à ses yeux minime pour le commun des mortels : loin du “battage” politico-médiatique qui déferle depuis un an, il plaide pour une juste raison : “protéger  efficacement les populations les plus vulnérables, utiliser un traitement précoce et renforcer les terrains immunitaires”.
Soulignant la relative sérénité à laquelle peuvent prétendre les moins de 65 ans (4.500 morts depuis un an pour la France entière), il propose une politique de santé, plutôt qu’une économie de la maladie :
« Plutôt que de prévenir en matière de santé, on traite avec des médicaments souvent très coûteux ».
Idem pour l’hôpital, très couteux pour la collectivité, et dont les gestionnaires n’ont eu de cesse de rogner les coûts.
Selon Jean-Dominique Michel, s’il existait des structures moins lourdes, de type maisons médicalisées, les malades s’en porteraient à son avis tout aussi bien à un coût bien moindre pour la collectivité.
Au final, l’anthropologue insiste sur les fondamentaux : « Nous avons besoin d’être nourris dans notre humanité par des liens émotionnels, relationnels, moraux, culturels, artistiques ».
Car si les régimes d’urgence et d’exception deviennent la norme, et si la vie devenait survie, alors la France pourrait insidieusement virer vers un totalitarisme fasciste, sanitaire et numérique évoqué par le philosophe belge Michel Weber.
“Sécurité et confort” ont-ils remplacé “Liberté,  égalité, fraternité ” au fronton de nos mairies ?

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere.

A coup d’annonces anxiogènes et décontextualisées, ont partout surgi murs et barrières.