Quand les vaches prisent la techno

Les troupeaux de Montbéliardes bénéficient de plusieurs innovations qui révolutionnent l'élevage.

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Le collier contient une puce RFID mesurant entre autres les déplacements de l'animal. Credit photo : Marie Leclerc/Idele

Le bonheur est dans l’après

Connaissez-vous le masque anti-méthane ? Un masque déjà commercialisé par Cargill dont les petits ventilateurs et le filtre permettent de « capter » ce gaz à effet de serre émis par les vaches. Car contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les pets des vaches qui contribuent au réchauffement climatique, mais bien leurs rots riches en méthane explique Pierre-Emmanuel Belot, délégué régional à l’Institut de l’Elevage.
Un phénomène selon lui commun « à tous les ruminants », y compris sauvages (cerfs, chevreuils), et qui naît de la phase de rumination indispensable à la digestion de la cellulose. Outre ce masque digne d’un film de science-fiction, les recherches s’orientent vers d’autres pistes : un mix alimentaire générant moins de dégagements gazeux, et un captage de méthane intégré à la table d’alimentation, lorsque le bétail vient s’y sustenter précise Pierre-Emmanuel Belot.
Autre innovation spectaculaire : le robot d’alimentation, « capable d’aller chercher dans une cuisine les composants » des rations alimentaires individualisées et de les assembler deux ou trois fois par jour. « Cet investissement compris entre 100.000 et 200.000 € permet à l’agriculteur de gagner environ trois heures de travail par jour » estime l’Institut de l’Élevage. Ce compagnon du robot de traite peut aussi être associé à un robot qui nettoie les allées et aspire ou racle les déjections. Dans la filière Comté toutefois, les robots de traite restent interdits, l’homme devant tirer les premiers jets de la mamelle.

Un podomètre géolocalisé

Enfin, ce tableau techno se complète par des puces RFID moins visibles mais redoutablement efficaces. Portées par l’animal dans le collier autour de son cou, ou bien ingérées de façon à demeurer dans son estomac, ses capteurs permettent de mesurer plusieurs paramètres : la température corporelle (permettant de savoir si un animal souffre), un podomètre (permettant là aussi de détecter une maladie ou la période de chaleurs selon que l’animal bouge plus ou moins que la moyenne du troupeau), ou encore de prouver que l’animal a été géolocalisé au pâturage (pour les contrôles de certification des produits laitiers).
Tout ceci de manière indolore précise Pierre-Emmanuel Belot, ces outils ayant pour objectif d’augmenter le bien-être des troupeaux…donc leur productivité.
« Les coûts de production croissent avec ces nouvelles technologies, mais elles permettent de pallier à la raréfaction de la main d’œuvre bénévole » explique le spécialiste.
Naguère, « le père ou le grand-père se promenait dans l’exploitation pour donner un coup de main, désormais un seul agriculteur s’occupe de deux fois plus d’animaux qu’il y a 20 ou 30 ans » conclut-il.
Les temps changent, dans nos prairies du Jura comme ailleurs….

Stéphane Hovaere

Les masques pourvus de ventilateurs filtrent le méthane rejeté par les ruminants. Crédit photo : Cargill.

Des clôtures virtuelles aux timelapse

Exit les poteaux, les barbelés ou les fils électriques : peut-être verrez-vous un jour des vaches aux pâturages sans rien autour. Rien ? Pas tout à fait.
Selon Florian Anselme, technicien à Eva Jura, « l’éleveur placera des limites virtuelles sur internet sur un fond de carte. Le collier des vaches émettra un son de plus en plus fort à mesure qu’elles s’approchent de ces limites, et une légère décharge électrique si elles la traversent ». Un système déjà utilisé avec succès du côté des chiens, qui épargnerait aux agriculteurs la pose et l’entretien des clôtures.
Autre application directement consultable sur un smartphone : Happygrass. Grâce à elle, un éleveur peut savoir avec précision si telle ou telle parcelle peut être fauchée ou fertilisée, en lien avec des prévisions météorologiques fines, son type de matériel, etc. « Cela permet aussi de privilégier le bien-être des ruminants : lorsqu’il fait chaud et humide elles souffrent ». D’où l’intérêt de les rentrer à l’étable s’il fait trop chaud, de les brumiser, etc.
Enfin, Eva Jura propose un « timelapse » aux éleveurs souhaitant voir sur 24h ce qui se passe dans leur stabulation : grâce à des caméras judicieusement disposées, il est ensuite possible de voir en accéléré les points à améliorer, là encore pour améliorer le bien-être des animaux et donc leur productivité : « déplacer ou ajouter un abreuvoir, optimiser le nombre de repas quotidien, etc. » énumère Florian Anselme, de façon à éviter une compétition inutile ou une organisation spatiale défaillante.