Quand la Marseillaise est créée par un Jurassien…

Retour sur l’histoire de ce chant écrit pour le peuple soldat par un Lédonien, Claude Joseph Rouget de Lisle, en 1792.

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Des meubles appartenant à Rouget de Lisle, présentés au musée qui lui est consacré à Lons.

Nous sommes le 25 avril 1792. Philippe-Frédéric de Dietrich, le maire de Strasbourg, lance à l’un de ses invités : « Monsieur de Lisle, faites-nous quelque beau chant pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts à l’appel de la patrie en danger et vous aurez mérité de la nation ».

Claude Joseph Rouget de Lisle (10 mai 1760 – 26 juin 1836) est Lédonien. Il a grandi à Montaigu et, dès son plus jeune âge, s’est passionné pour la musique. Mais son père en a fait un militaire…

Le militaire compose sur son violon

Rouget de Lisle rentre chez lui et pose par écrit paroles et musique du Chant de guerre pour l’Armée du Rhin. Toute la nuit, il compose sur son violon. Dès sa présentation chez Dietrich le 26, le succès est immédiat. Madame de Dietrich écrit à son frère, à Bâle : « Je te dirai que depuis quelques jours je ne fais que copier et transcrire de la musique… le capitaine du génie Rouget de Lisle… a rapidement fait la musique du chant de guerre » (dans « Indicateur du Bas-Rhin », 20 janvier 1872, cité par Cossonnet, « Comment est née la Marseillaise », Pavillet, 1913).

Le 29 avril 1792, l’orchestre de la garde nationale de Strasbourg l’interprète sur l’ancienne place d’Armes. Très vite, des copies sont imprimées. Une d’entre elles, peut-être diffusée par un journal, parvient à Montpellier dès le 17 juin. On l’y interprète.

Le 22 juin, à Marseille, un banquet est donné rue Thubaneau, auquel participent deux docteurs de Montpellier, Mireur et Goguet, chargés de mettre au point avec les Fédérés Marseillais la participation du bataillon de l’Hérault. Mineur interprète le chant de guerre. Il soulève l’enthousiasme.

Le 23 juin, les journaux publient le chant. Tout Marseille, après Strasbourg, l’adopte.

Le corps des Fédérés Marseillais diffuse le chant

Le corps des Fédérés Marseillais qui se met en marche le 2 juillet pour gagner Paris est alors le meilleur vecteur de diffusion du chant. Tout au long du voyage, qui dure 28 jours, les copies s’échangent, le chant, interprété dans les communes traversées, rassemble les foules.

Arrivé à Paris, le 30 juillet, au son d’un Chant de guerre pour l’Armée du Rhin, le bataillon des Marseillais va donner son nom définitif à l’œuvre de Rouget de Lisle.

Certes, les paroles sont déjà connues des parisiens, vraisemblablement depuis le 23 juillet. Mais leur interprétation par les Marseillais dans tout Paris conduit les Parisiens à dénommer le chant : la Marseillaise !

Le 14 juillet 1795, la Marseillaise est décrétée hymne national. Le chant va même devenir universel. De nombreuses versions étrangères sont écrites. Il devient l’hymne national en 1879.

 

L’article a été rédigé à partir des documents présentés au musée Rouget de Lisle, 24, rue du Commerce, à Lons-le-Saunier. Le musée est ouvert jusqu’aux Journées du Patrimoine, du lundi au vendredi de 14 h à 18 h et les samedis, dimanches et jours fériés de 14 h à 17 h. Entrée adulte : 1 euro.

Rouget de Lisle exalte les enfants de la Patrie à “libérer les peuples”. Affiche. Vers 1915 (?). Ville de Lons-le-Saunier.
Rouget de Lisle interprétant la Marseillaise chez Dietrich, maire de Strasbourg. Gravure. Collection particulière de Gilbert Dubois.
L’association Client Roi a acquis un tableau de Guy Breniaux qui représente Lons et Rouget de Lisle. Les commerçants l’ont prêté au musée.