Pourquoi des blouses blanches broient du noir

Les ordres des infirmiers souhaitent une évolution de leur profession, vers davantage d’autonomie et de reconnaissance. Pour éviter entre autres une hémorragie de jeunes infirmières, découragées par la réalité du métier dans certains milieux hospitaliers ou médico-sociaux.

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Près de 300 infirmiers et infirmières venus de toute la région ont cogité sur leur avenir.

“Nous voulons sortir d’une “productivité” qui se heurte à nos valeurs humaines”

7,2 ans ! Telle est la « durée de vie » professionnelle d’une infirmière hospitalière en France selon Hervé Genelot-Chelebourg, président régional du Conseil de l’Ordre des Infirmiers. Une chiffre révélateur d’un certain mal-être de la profession : “Quand j’ai commencé, c’était l’aisance, il y avait pléthore de personnel” se rappelle-t-il.
Désormais pressurés, confrontés au manque de lits les infirmières/infirmiers hospitaliers ou en EHPAD ont du mal à tenir la distance.
“Il existe une dichotomie entre ce qu’on leur apprend à l’école, ce qu’on leur ‘vend’, et la réalité du terrain” résume Cyril Moulin, président de l’ordre franc-comtois.
Pourtant la profession attire toujours, et nombreux sont les candidats à postuler à cette formation via Parcoursup…à tel point que la sélection est rude.
Les conseils de l’ordre appellent donc à une évolution de la profession, à commencer par la législation, la dernière datant de 2004… Selon Cyril Moulin, le temps des “cornettes” et des sœurs infirmières est révolu et les blouses blanches d’aujourd’hui aspirent à autre chose que faire des injections ou des perfusions « à la chaîne ». Et sortir aussi d’une “productivité” qui se heurte à leurs valeurs humaines renchérit Françoise Letondel, vice-présidente du conseil de l’ordre franc-comtois.
Selon Hervé Genelot-Chelebourg, “une directrice d’EHPAD avait ainsi demandé à ses infirmières de distribuer les traitements de 64 résidents en 30 minutes…soit 30 secondes par patient”.

La «concurrence” des pharmaciens pour les vaccinations

Pour dégager d’autres horizons, un congrès a réuni le 4 février à Lons 281 infirmiers et infirmières de toute la grande région. Objectif : réinventer le métier de demain.
Avec un premier espoir au niveau des infirmières de pratique avancée (lire encadré). Et également celui de sortir des quotas qui encouragent ou freinent les infirmières libérales pour s’installer dans telle ou telle zone. Selon certaines infirmières jurassiennes, une nouveauté leur a causé préjudice : la possibilité pour les patients de se faire vacciner directement par les pharmaciens. Ce qui en novembre/ décembre dernier leur aurait quelque peu ôté le pain de la bouche, sans pour autant doper la couverture vaccinale en France. Une opinion qui reste à  confirmer selon les conseils de l’ordre, en attente d’une étude sur ce sujet qui ne manque pas de piquant, mais certains déplorent la « mise en concurrence de deux professions libérales ».
Pour conclure, Françoise Letondel a confirmé la concurrence non moins redoutable sévissant entre Suisse et Jura. Selon elle, les EHPAD proches de la frontière helvétique (mais pas que…) rencontrent les pires difficultés de recrutement : il faut dire qu’un salaire multiplié par 3 ou 4, et d’autres conditions de travail peuvent faire réfléchir certains…

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere

François Letondel, vice-présidente du conseil de l’ordre franc-comtois, était entourée des présidents régionaux ou nationaux. de l’ordre.

Des infirmières plus autonomes

Désormais certaines infirmières seront autorisées à ajuster un traitement médical. Une prérogative jusque là jalousement gardée par les médecins, et donc strictement encadrée : les requérantes doivent tout d’abord suivre un Master (niveau bac + 5) à l’université de Franche-Comté (ou dans 35 autres campus en France). Leurs compétences sont ensuite bien encadrées : coordination des soins, suivi des patients, et prévention dans certaines pathologies stabilisées (diabète, AVC, etc.) ou dans certains domaines : cancérologie, insuffisance rénale, psychiatrie, etc.
La profession appelle un champ du possible à s’élargir à toutes les infirmières par exemple pour donner des anti-douleurs. A une malade qui souffre, “un infirmier ne peut même pas donner un Efferalgan ou un Dafalgan et doit attendre un médecin” relève Cyril Moulin.
Un comble alors que la lutte contre la douleur prétend à progresser…