Pour le beau cheval aux crins blancs, les éleveurs ont du cran

Le cheval comtois, un symbole comtois, occupe la première place des races de trait en France. Ce n’était pas gagné il y a cent ans.

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Maîche 2015 : premier sacre pour Sophie Jeannaux et Darius de la Côte. © ANCTC

Les éleveurs de chevaux comtois célèbrent cette année le centenaire de la création du Syndicat du cheval comtois, à Besançon en juin 1919. La création du syndicat donne alors un cadre pour la pérennité et le développement de la race comtoise qui est bien plus ancienne. Cent ans après, alors que le cheval de trait était voué à la disparition, la race comtoise s’est hissée au premier rang national de cette catégorie équine devant le Trait Breton, le Percheron ou encore l’Ardennais.

Quand les tracteurs et autres engins ont pris leurs aises dans les fermes, il a fallu se séparer des chevaux. Bien des témoignages racontent comment, même parmi des paysans les plus endurcis, certains ne pouvaient retenir leurs larmes. Aujourd’hui, des enfants ou petits-enfants, en choisissant de reprendre des chevaux comtois, se souviennent de ces larmes.

Alors que s’annonce une nouvelle vague de mécanisation, robotisée cette fois, les membres de l’Association nationale du cheval comtois (ANCTC) qui a remplacé le syndicat créé en 1919, gardent la foi et poussent de nombreux arguments pour que les sabots du comtois continuent à résonner dans les campagnes et les villes. Peut-être avez-vous aperçu ces beaux chevaux à la robe alezan et aux crins blancs tirant la charrue dans les vignes du Jura, par exemple chez Benoît Royer à Benoît Royer à Mesnay (domaine de la Cibellyne) ou chez Stéphane et Bénédicte Tissot à Montigny-les-Arsures. Ou encore dans les rues de Dole, avec les Attelages du val d’Amour, pour des travaux d’entretien. Peut-être vous êtes-vous converti savon au lait de jument ?

Darius de la Côte n’est pas à vendre

Sur le plateau de Nozeroy, à Communailles en Montagne, Sophie Jeannaux incarne l’avenir de l’élevage des chevaux comtois. La famille Jeannaux a toujours conservé une activité équine, Sophie et sa mère Catherine la poursuive. Si elles pratiquent un élevage de montbéliardes dont le lait est destiné à la coopérative du Plateau de Nozeroy à Bief-du-Fourg, Sophie s’occupe de l’activité d’étalonnage.

Paris 2016 : Sophie et Catherine Jeannaux triomphent à nouveau avec Darius de la Côte. © ANCTC

Pour l’aider à démarrer sa carrière, saint Éloi, l’un des protecteurs des chevaux, semble avoir provoqué le destin en mettant sur le chemin de Sophie Jeannaux un poulain magnifique, nommé Darius de la Côte. Ce dernier remporte, dans sa catégorie, le concours national de Maîche en 2015 puis le concours du Salon de l’agriculture en 2016. Pour Sophie Jeannaux, qui a 23 ans cette année-là, c’est un peu remporter un César du cinéma puis un Oscar. Depuis elle développe son activité d’étalonnière avec Darius de la Côte et trois autres étalons – Gamins des Nans, Gecko de Bathelange et Identic des Taverniers.

Darius de la Côte reste un modèle. Sophie Jeannaux a été très sollicitée pour le vendre. Que nenni ! Il restera à Communailles-en-Montagne. Ce cheval qui allie la force et la douceur prend la route de la fin de l’hiver au mois de juillet pour aller saillir des juments dans les fermes de la région. Les premiers descendants de Darius vont d’ailleurs apparaître cet été dans les concours. Ils seront suivis avec beaucoup d’attention.

Inoubliable Quessie

Dans la plaine, du côté de Plumont, l’un des villages du pourtour de la forêt de Chaux, Sylvie et Patrick Pernot préparent l’été des chevaux comtois. Ils bichonnent leurs trois chevaux qui seront présentés au concours de Gendrey le 20 juillet : Hella de Chapelle et Haltane de la Chapelle (deux ans) et Idole de la Chapelle (un an). Pas de tradition agricole pour Sylvie et Patrick mais une passion très forte. Sylvie raconte : « Patrick a acheté son premier cheval quand il avait 25 ans. Nous avons commencé à élever des chevaux tout en poursuivant nos activités professionnelles. C’est vite devenu une passion. Nous avons beaucoup été aidés par Guy Jacquot un éleveur auprès de qui Patrick, mon mari, a tout appris du cheval, de sa vie quotidienne à la conduite d’attelage. C’est un conseil que je donne à qui veut prendre des chevaux chez lui, et qui ne les connaît pas, il faut apprendre à tenir à cheval ».

Ambiance joliment champêtre au concours de Gendrey, l’un des rendez-vous jurassiens de l’été avec les chevaux comtois. Conseil aux grands-parents : allez-y avec vos petits-enfants, ils seront émerveillés. Il n’y a qu’un risque : que les marmots réclament un poulain pour Noël ! © Le Cheval de Gendrey

Ils élèvent en général sept chevaux. « Patrick les dresse, explique Sylvie, notamment pour l’attelage que nous pratiquons beaucoup, pour le plaisir ou dans le cadre de manifestations. Par exemple lors de démonstrations aux Baraques du 14 dans la forêt de Chaux. » Le couple s’est pris au jeu des concours et qualifie régulièrement des chevaux pour la grande finale de Maîche. Ce sont de grands moments de communion entre les éleveurs et leurs chevaux, surtout quand les résultats obtenus permettent d’être ensuite sélectionné pour le concours du Salon de l’Agriculture.

Sylvie et Patrick y sont allés deux fois, en 2014 avec Banbino et en 1992 avec Quessie. Quand vous parlez avec des passionnés de chevaux comtois, il y a toujours un moment où la voix se noue à l’évocation d’un cheval, ici une jument. Pour Sylvie, c’est Quessie, 21 années d’un grand bonheur avec cette jument « qui nous a tant apporté. » Quessie symbolisait cet adage : cheval comtois, cheval courtois.

C’est l’une des grandes révolutions de ces dernières années : le cheval comtois met ses qualités au service du spectacle. On voit ici Guillaume Mauvais, de la troupe des Comtois en folie, en répétition avec sa cavalerie. La troupe multiplie les spectacles, elle sera à Gendrey le 20 juillet. © ANCTC

Patrick et Sylvie sont également très investis par le concours de Gendrey. « Nous veillons à faire du concours un moment chaleureux pour les éleveurs et pour le public. C’est une manifestation qui compte dans le pays. Le matin, à partir de 9 heures, a lieu le concours proprement dit, organisé par le syndicat du cheval comtois du Jura, et la manifestation se prolonge dans l’après-midi avec des animations équestres, la présence d’artisans et des producteurs locaux et, un grand moment avec le spectacle des Comtois en folie. L’an passé Pierre Duc a réalisé une fresque magnifique, il recommencera cette année. Pour assurer la pérennité de la fête nous avons d’ailleurs créé une association appelée Le Cheval de Gendrey ». Un conseil pour l’été : allez faire un tour dans un concours de chevaux comtois, et pourquoi pas à Gendrey ? Réservez la journée.

Encadré

Les rendez-vous de l’été du cheval comtois

– Les concours dans le Jura

Samedi 22 et dimanche 23 juin : Bersaillin (Utilisation)

Samedi 13 juillet : Arbois

Samedi 20 juillet : Gendrey

Mardi 23 juillet : Cramans

Samedi 27 et dimanche 28 juillet : Pont d’Héry (Utilisation)

Samedi 17 août : Salins-les-Bains

– Manifestations du centenaire

16 juin : grand défilé à Besançon

12 juillet à Étalans (Doubs) : pendant l’étape du Tour de France, intervention Land’Art par l’artiste jurassien Pierre Duc

13 et 14 septembre : championnat national à Maîche (Doubs).

13 au 17 novembre : finale du championnat lors de Vache de salon à Besançon

-Pour en savoir plus : www.chevalcomtois.com