Pollens, ozone : laissez nous respirer !

Voilà le retour du printemps, du soleil, du ciel bleu, et du chant des oiseaux… Mais l’air de notre vert Jura est-il aussi pur que l'on pourrait le penser ? Entre allergies et pollution atmosphérique, mode d’emploi pour passer un printemps et un été respirables…

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La station de mesure d'Atmo est située à Lons à quelques encablures du Conseil départemental du Jura.

« Tous les records ont été battus » : pour Anaïs Detournay, chargée de l’animation territoriale sur le Jura à Atmo Bourgogne Franche-Comté (BFC), la concentration d’ozone dans l’air jurassien à l’été 2018 a atteint un pic historique. Tout comme durant l’été 2015, siège d’une canicule non moins torride. Alors qu’il protège la planète bleue dans la stratosphère et intercepte plus de 97 % des rayons ultraviolets du soleil, le paradoxal ozone devient nocif à basse altitude : « ce polluant très irritant pour tous les tissus organiques se forme par réaction chimique lorsqu’il y a du soleil ».
Le hic, c’est que selon Atmo BFC « l’ozone peut irriter la peau, les poumons et les yeux non seulement des humains, mais aussi les feuilles des végétaux, ce qui peut ralentir sensiblement leur croissance, de même que celles des forêts ».
Ainsi, le verdoyant Jura n’est en rien protégé des pics estivaux à venir : à l’instar du nuage de Tchernobyl, les polluants ne connaissent pas que les frontières, ils sont parfois transportés sur de très grandes distances.

« La qualité de l’air ne cesse de s’améliorer »

Quand les masses d’air arrivent de l’est, elles se chargent en polluants au dessus du continent via la Russie, l’Europe de l’est. A l’inverse, les courants atmosphériques venus de l’ouest sont plus sains, puisque leur passage au dessus de l’océan atlantique les a « nettoyés ». Enfin, les vents du sud peuvent ramener sur le Jura l’ozone produit en grande quantité par l’agglomération lyonnaise. La topographie du Jura fait le reste, comme le prouvent les cinq stations de mesure d’Atmo BFC disséminées autour de Dole/Tavaux d’une part, et Lons d’autre part.
« La pollution a tendance à se concentrer dans la cuvette lédonienne, tandis que les polluants s’épatent dans la plaine doloise ».
Malgré la présence d’industries lourdes et de deux axes très fréquentés (A36 et A39), le bassin dolois aurait donc un petit avantage géographique sur Lons. Ce qui n’empêchera pas de prendre cet été des mesures de précaution (lire encadré ci-contre). Atmo BFC met à votre disposition une palette d’outils visibles de tous : relevés des analyses de polluants en temps réel (toutes les heures), indice allergo-pollinique toutes les vendredis, etc.
Des outils qui au fil des ans confirment une tendance lourde : « La qualité de l’air que nous respirons ne cesse de s’améliorer, et s’améliorera encore », en raison des véhicules, des moyens de chauffage, des industries de moins en moins polluants.
Ouf, vous pouvez respirer !

Plus d’infos sur : www.atmo-franche-comte.org

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Ces “cannes” raccordées à des instruments de mesure fournissent la qualité de l’air en temps réel.

Quelques conseils pratiques

« Ne vous confinez pas chez vous ! » : même lors de pics de pollution, Anaïs Detournay conseille d’aérer votre domicile deux fois par jour pendant 5 à 10 minutes, car l’air intérieur serait 8 à 10 fois plus pollué que l’air extérieur (selon l’OMS) : le midi et le soir en hiver, lorsque les particules fines (provenant à 60% des moyens de chauffage) sont en cause. Et le matin et le soir en été, lorsque les pics d’ozone sont les moins élevés.

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Le docteur Michèle Pipart vient de transformer son manuscrit en livre plein d’anecdotes sur les allergies.

Pollens et allergies : mieux vaut prévenir que guérir

Un « rhume » qui ne passe pas peut cacher une allergie respiratoire. 25% des français y seraient sujets, d’où l’importance de savoir la dépister pour mieux y remédier.

Vous avez un « rhume » qui ne passe pas ? Une absence de fièvre, mais des éternuements à répétition, un nez qui coule chaque année à la même époque malgré les traitements habituels bien conduits (antibiotiques et autres) ? « Alors, vous êtes peut-être allergique » explique Michèle Pipart, l’un des trois médecins allergologues du Jura. Installé à Champagnole depuis 1989 (les autres étant basés à Dole et à Lons), pendant lesquels elle a vu défiler près de 13.000 patients, elle constate une nette recrudescence des cas d’allergies : près de 25% de la population française souffrirait d´allergies respiratoires diverses et variées. Car la saison des différents pollens ne fait que commencer : après les chatons jaunes des noisetiers (en février-mars), viendront les bouleaux, aulnes, charmes, saules en avril. Avec le beau mois de mai, arriveront les hêtres, frênes, chênes et les herbacés (pissenlit, plantain, etc.), suivis de mai à juillet par les graminées et les foins (tout le monde connait le fameux rhume homonyme…). L’ambroisie ferme en général le ban en d’août à octobre, avec « de fortes concentrations sur Dole et Saint-Claude en particulier » précise  Michèle Pipart. De manière générale, « les pollens connaissent leur apogée entre mars et la mi-juillet » (fin de la fenaison).

Traitements : moins d’effets secondaires

Avec une lettre du médecin traitant, la spécialiste s’attache donc à identifier l’allergène posant problème : « le diagnostic se fait de manière assez simple et assez rapide » (environ ½ heure). Les choses se corsent pour le traitement : en effet, la première mesure à prendre consiste à « éviter les contacts avec l’allergène ».
Plus facile à dire qu’à faire lorsqu’on vit à la campagne ou dans un environnement rural… Mais les citadins aussi peuvent subir les effets de pollens indésirables, car il y a davantage d’espèces d’arbres qu’on ne croit en ville. Et car les pollens comme l’ambroisie peuvent voyager sur de longues distances… Le traitement en lui-même peut aussi faire appel à des anti-histaminiques, « qui vont neutraliser les médiateurs qui vous font éternuer » enseigne la champagnolaise… en contrepartie d’effets secondaires comme la somnolence.
« Une somnolence moins prononcée pour les anti-histaminiques de dernière génération » circonstancie-t-elle. En dernier ressort, l’allergologue peut pratiquer la désensibilisation : donner au patient l’allergène en petite quantité croissante, de façon à l’apprivoiser et s’en faire un ami. De quoi profiter enfin des beaux jours et du grand air…

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Un livre plein d’histoires

Après plusieurs années d’attente, Michèle Pipart vient de publier un livre destiné aux enfants comme aux parents. Son principe ? Raconter mille et une histoires sur la vie quotidienne, illustrant le pourquoi et le comment des allergies. Avec à la clé des leçons à tirer pour passer à travers les saisons sans trop de bobos. Le premier tome intitulé « Le printemps » sera en effet suivi par les trois autres saisons.

« Allergiques ? Histoires et nouvelles pour petits et grands » (auto-édition). 15 €, en vente dans certaines librairies. Disponible aussi auprès de l’auteure contre un chèque de 15 € + 3 € (frais de port) à Michèle Pipart, 13 rue Emile Zola 39300 Champagnole.