Pierre Gendrel, élagueur de l’extrême

Depuis toujours, Pierre est passionné par son métier d’élagueur acrobatique. Rencontre.

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Pierre en pleine action d'abattage d'un bouleau.

Très jeune, dans les années 1970-1980, Pierre exerçait déjà le métier de paysagiste-élagueur avec ses parents adoptifs dont c’était la profession. Puis pour des raisons personnelles, Pierre quitte sa famille et pendant environ 5 ans il n’exercera plus ce métier. Mais, durant son temps de loisirs, il fait de la spéléologie et de la varappe, activités apportant énormément de sensations du fait de leur pratique souvent extrême. Ce spécialiste des travaux de haute altitude dit d’ailleurs « l’élagage acrobatique m’apporte les mêmes sensations que quand je fais de l’alpinisme ou de la varappe, ce pourquoi je considère mon métier comme un loisir ».
Pour lui la frontière entre ces activités de loisir et son métier sont très fines. Toutes ses pratiques demandent beaucoup de passion et aussi énormément de concentration, qualités dont Pierre est imprégné.
Il crée sa première entreprise d’élagage en 1986, en Ile de France (Essonne) où il restera trois années. Voulant quitter la région parisienne où il ne se plaisait plus trop, il vient s’installer en Bourgogne Franche-Comté d’où il est d’ailleurs originaire. En 1989, il monte son entreprise d’élagueur acrobatique dans le Morvan. Depuis, il sillonne toute la région pour exercer son métier, ou plus précisément sa vocation, et va bien au-delà puisqu’il est appelé dans toute la France.

Une technique bien à lui

En 1987, Pierre invente le lancer des cordelettes et cordes de rappel avec des flèches à partir d’un arc. Celles-ci doivent être judicieusement installées afin de s’en servir pour grimper à la hauteur utile pour procéder à la coupe des branchages ou des arbres demandés par le client, de façon sécurisée. Pierre avait eu cette idée en regardant un reportage Ushuaïa.
Ensuite, il a fait évoluer ce processus en installant un moulinet de pêche sur son arc afin de démultiplier le lancer des cordelettes sur lesquelles il accroche un sac de sable de 220 à 340 grammes pour faire monter la corde à une distance de 20 à 25 mètres pour qu’ensuite elle retombe pour s’en servir pour grimper aux arbres. Sur cette corde de rappel sont fixées des poignées d’ascension afin de faciliter la montée. Pierre est équipé d’un harnais, d’un baudrier, d’un casque et de lunettes.
Les arbres sur lesquels Pierre a pu monter sont en moyenne de 30 à 35 mètres avec de temps à autres des platanes qui font couramment 40 à 45 mètres. L’arbre le plus haut qu’il a escaladé est un séquoia qui faisait 55 mètres.

Abattage d’un bouleau.

Qui est sa clientèle ?

A 58 ans, Pierre travaille en sous-traitance pour des entreprises, des collectivités, des mairies et intervient aussi auprès de particuliers mais plus ponctuellement. D’ailleurs, il a une savoureuse anecdote a raconter concernant un particulier et qu’il a vécu en 1990.
« On m’a appelé pour récupérer un chat qui était suspendu à une branche au-dessus d’une nationale à 25 mètres de haut, dans un acacia, et ce depuis plus de 4 jours. Je suis arrivé le matin à 7H30, j’ai installé mes cordes et suis monté au-dessus du chat à environ 30 mètres afin de l’attraper plus facilement. Pour le rassurer, je lui ai parlé pendant environ 15 minutes et suis descendu en rappel le récupérer ; il s’est laissé faire facilement. Je l’ai mis dans ma côte et l’ai descendu vers le sol. A 2 mètres du sol environ, il a sauté et est rentré chez lui. Je suis allé voir sa propriétaire qui m’a offert un café et alors que j’étais debout, le chat est venu se frotter à plusieurs reprises contre mes jambes, comme pour me remercier et seulement ensuite il est allé manger et boire. C’était un beau geste de remerciement que je n’ai pas oublié ».
Depuis 2018, du fait de la crise, plusieurs entreprises partenaires ont fermé et les mairies ont aussi gelé leurs budgets. Aussi, Pierre a racheté du matériel (camion, broyeur…) afin d’apporter des services plus élargis aux particuliers.
Pierre travaille en solo donc choisit des chantiers adaptés. Il se déplace dans toute la France avec bien sûr une forte clientèle en Bourgogne Franche-Comté. Les chantiers qu’il choisit en dehors de sa région seront d’une durée ne dépassant pas 6 semaines afin d’être toujours là pour sa clientèle locale régulière.

Que de qualités nécessaires !

Pour exercer ce métier, il faut être un peu contorsionniste car il faut pouvoir passer entre les branches, dans des endroits souvent compliqués où il y a peu de place. Ce métier ne peut être exercé que par une personne qui a un bon niveau physique donc sportive. L’autre grande qualité est la passion ; sans cette dernière le métier pourrait passer pour une profession pénible. Ce métier reste malgré tout dangereux et d’ailleurs Pierre l’a appris à ses dépens quand par exemple en 2017 il a chuté de plusieurs mètres et s’est cassé le bras.
Pourtant il est très précautionneux et se prépare physiquement et mentalement avant de démarrer sa journée. Un rituel s’impose et commence par un échauffement car comme il le précise « il est impératif d’être en parfaite condition physique et de s’échauffer avant de commencer le travail car je n’ai pas le droit à l’erreur ».
Pierre a un grand respect pour les arbres et reste vigilant de ne tailler que ce qui est nécessaire avec une taille douce l’hiver et peu de taille en vert car la sève s’échappe et fatigue l’arbre ; en effet, ce dernier est blessé et par cette blessure peuvent entrer des bactéries, des parasites et entrainer des pourrissures. Comme le précise ce professionnel aguerri : « Il ne faut pas oublier que l’élagage est l’ennemi de l’arbre. D’ailleurs, dans la nature, on ne taille pas car il y a une sélection naturelle qui se fait ».
Mais, dans les jardins et les parcs souvent les arbres ont été plantés trop près des habitations ou bâtiments et pour éviter les chutes on est obligé de tailler voir, en dernier recours, d’abattre les arbres.

Former et informer les personnes

Le métier d’élagueur est un nouveau métier car avant c’étaient les bucherons qui taillaient dans des conditions souvent très périlleuses. Aujourd’hui, les jeunes qui veulent exercer ce métier suivent une formation complète où ils apprennent les différentes essences des arbres, les diverses pratiques de taille et aussi et surtout les limites de ce métier qui peut très vite « nous embarquer » comme le dit Pierre. Quand on apprend sur le tas, comme çà été le cas de Pierre, il faut innover et souvent on se met en danger car la passion fait qu’on ne se donne pas de limites.
Pierre n’aime pas abattre les arbres et il est souvent amené à rassurer les personnes en leur montrant qu’il est peu probable que leur arbre tombe sur leur maison selon son état ou encore l’endroit où il est situé.
Avant toute décision d’abattre, Pierre procède à un diagnostic pour savoir dans quel état est l’arbre ; c’est à partir de ce constat qu’il décidera du devenir de l’arbre. Quand les arbres sont malades ou dangereux il est parfois nécessaire de les abattre malgré tout.
Pierre se sent redevable envers la nature, aussi il la respecte du mieux possible.
Pierre aime transmettre ses savoirs, il lui arrive de présenter son métier dans les écoles d’élagueurs ou encore d’être conseiller auprès de jeunes qui s’installent.
« En tous les cas, j’aime mon métier et pour rien au monde je ne voudrais en changer. J’espère pouvoir encore le pratiquer plusieurs années. »

Contact : Pierre Gentrel – Elagage/abattage
Tél : 03.85.79.52.63