Pêche à la truite : stop ou encore ?

Les pêcheurs de truite ont ressorti leurs gaules depuis le 13 mars à travers le Jura, mais de sombres augures planent sur eux.

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L'emblématique truite sauvage risque d'être bientôt rayée de la carte du Jura.

Depuis trois ans et plus, c’est le même spectacle en été : certaines rivières à sec (la Seille, la Cuisance); d’autres où le faible débit engendre une hausse de la température et une concentration des polluants. D’après la Fédération de pêche du Jura, les truites sauvages (ou farios) seront -à court terme- annihilées par le dérèglement climatique entre autres. Alors, que faire ? Créer des parcours “no-kill” (remise à l’eau des poissons) ?
Un test choisi cette année par la Gaule lédonienne sur 15 kilomètres de la Seille, mais dans le reste du Jura, il reste souvent possible de prélever entre 3 et 5 truites sauvages par jour…
D’après Fabien Millet, chargé de développement à la Fédération, celle-ci a élaboré un plan de gestion qui reconnaît les têtes de bassin comme derniers refuges de la dite truite endémique. Ailleurs, certaines rivières, même classées en 1e catégorie, n’en contiennent presque plus, comme la basse Loue et d’autres rivières descendant des contreforts du premier plateau.

De magnifiques salmonidés peuplent encore quelques rivières. Photo : Nicolas Germain.

L’environnement, un impact majeur sur la faune

Alors certes, le 13 mars a été de nouveau la fête pour tous les passionnés, heureux de retrouver les bords de leur rivière préférée. Mais pour combien de temps ?
Car il ne s’agit plus de savoir si la truite fario disparaîtra, mais quand.
“Pour gagner quelques années de pratique”, Fabien Millet espère une petite (r)évolution des mentalités…faute de quoi il ne restera bientôt dans une majorité de rivières du Jura que des truites de pisciculture, élevées au granulé. Certaines sociétés de pêche semblent fermer les yeux, par tradition ou par la peur (peut-être ?) de perdre des adhérents qui ne voudraient pas relâcher leurs prises.
Fabien Millet souligne aussi “l’impact de l’environnement” : “Nous payons au moins 30 ans d’inactions, même s’il faut saluer les efforts faits actuellement sur l’assainissement”, par exemple.
Pour essayer de redonner de l’eau aux rivières, plusieurs aménagements peuvent aussi permettre de recréer des zones humides, ou de limiter les drainages.
De petites gouttes d’eau dans les océans d’aridité estivale, mais c’est bien connu les petits ruisseaux font (encore) les grandes rivières.

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere. 

La Fédération de pêche dans la tourmente 

Symbole de toutes ces difficultés, la quasi-totalité du Conseil d’administration de la Fédération de pêche du Jura a démissionné, avec date d’effet en juin.
Claude Trochaud, président lui aussi démissionnaire, s’en explique : « Je n’ai pas réussi à accomplir ce que je souhaitais ». En cause, « des problèmes organisationnels au sein de la Fédération » qui depuis une quinzaine d’années environ navigue un peu à vue, et le « manque d’un projet associatif » permettant de fédérer chacun dans un élan commun.
A commencer par « la restauration de la qualité de l’eau ».
Selon le président très investi dans sa mission, « ce ne sont pas les cormorans ou les pêcheurs » qui expliquent la raréfaction de la ressource, mais bel et bien des pollutions qui s’accumulent.
« Il faut faire entendre raison aux politiques, aux agriculteurs, aux industriels, et aux particuliers » estime t-il : reconnaissant des efforts déjà réalisés, il pointe aussi du doigt «l’efficacité des stations d’épurations, dont les boues d’épandage repartent à la rivière quand il pleut ».
Plutôt partisan des systèmes de lagunages, il espère une prise de conscience environnementale. Et une meilleure cohésion du futur conseil d’administration : « J’ai présidé quatre conseils divers depuis 1971, et je ne me suis jamais heurté à une telle inertie » constate-t-il sans amertume.
« Ce n’est pas un constat d’échec, car j’ai fait évoluer les choses, mais seulement pour un tiers de ce que j’aurais souhaité » conclut-il.
Autant dire que la tâche s’annonce rude pour ses successeurs.

Prendre une belle truite sauvage et la relâcher : une piste parmi d’autres pour sauver celles qui restent encore. Photo : Nicolas Germain.