Pêche à la truite : les rivières en sursis

Les cours d’eau de 1e catégorie, qui font la fierté du Jura, finiront-ils en eau de boudin ? Une hypothèse pas si farfelue à l’heure du dérèglement climatique et de l’ouverture de la pêche le 15 mars.

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Le Jura compte encore de superbes truites sauvages, comme cette 'zébrée' de 65 cm, capturée sur la rivière d'Ain. Crédit photo : Nicolas Germain.

L’eau n’a pas manqué aux disciples de Saint-Pierre dès l’ouverture de la pêche à la truite, nombreux a arpenter les rives à la recherche de l’espèce emblématique du Jura : la truite fario (ou à défaut arc-en-ciel). Une espèce de plus en plus menacée puisque dès que la température de l’eau atteint 19-20°C ces salmonidés réduisent leur métabolisme, et commencent même à mourir à partir de 23°C.
Chaque été étant désormais marqué par un épisode caniculaire, la température de l’Ain en aval de Marigny ou sur la Loue à Grange de Vaivre par exemple monte à 27°C ou plus….

Opération séduction via un plan départemental de loisir pêche

Une opération séduction des pêcheurs est donc dans les tuyaux via un plan départemental de loisir pêche.
D’après Adrien Lavigne, technicien, et Fabien Millet, chargé de développement, ce plan devrait permettre une adaptation à cette nouvelle donne. Pour continuer à satisfaire les pêcheurs, des alevinages pourraient être réalisés au fil de la saison dans les milieux dégradés à très dégradés : en d’autres termes, des déversements de truites arc en ciel pourraient combler le vide laissé par la truite fario autochtone.
Autre hypothèse : « Une mauvaise portion de 1e catégorie pourrait faire une bonne portion de 2e catégorie » estiment les deux spécialistes, par exemple sur la Loue en aval de Cramans (domaine public), sur l’Ain entre la retenue de Blye et celle de Vouglans, etc. Grâce à la Gaule Régionale Champagnolaise et son nouveau parcours de 5 km, le linéraire ‘no-kill’ atteint désormais 110 km dans le Jura, des secteurs où les poissons délicatement remis à l’eau grossissent et prospèrent.
Faute d’empêcher le soleil de briller, et le mercure de monter, il est plus que jamais nécessaire d’agir pour sauver les meubles, quelques années encore…

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere

Nicolas Germain et ses truites de plus de 70 cm pêchées à la mouche. Crédit photo : Nicolas Germain.

Les meilleurs spots du Jura

Comme l’année dernière, seules quelques rivières servant de réservoirs biologiques permettront de pêcher de la truite fario autochtone : la Valserine, l’Ain en amont de Pont du Navoy, la Bienne en amont de Morez (et ses affluents), la Seille et la Cuisance amont par exemple. Ailleurs, les associations de pêche ont pourvu aux attentes de leurs adhérents en déversant des truites de pisciculture : grosse affluence garantie pour célébrer cette tradition seul ou entre copains. Mais le reste de l’année, il faut bien reconnaître que les rives de certains cours d’eau sont désertes…
Après une canicule en juin 2019, l’été 2019 plus clément a néanmoins permis une légère augmentation des cartes hebdomadaires. Au total, 10.412 cartes (adultes, femmes, enfants) ont été vendues en 2019 contre 10.291 en 2018, un chiffre encourageant dans une tendance baissière continue.

La basse Bienne, qui comptait encore de très beaux spécimens, n’est plus de l’ombre d’elle-même.

Le corégone, nouvel eldorado des ‘truiteurs’

Face à la nouvelle donne, les pêcheurs de truites troquent parfois leur canne pour un ‘canin’ et s’embarquent sur Chalain, Clairvaux et autres Bonlieu à la recherche des corégones. « Une belle pêche de substitution » selon la fédération de pêche du Jura, car le Jura recèle de belles populations de ces salmonidés à la chair délicate.

De nouvelles techniques

Selon Fabien Millet, qui était auparavant guide de pêche sur la rivière d’Ain entre autres, la pêche aux leurres artificiels continue à damer le point à la pêche aux appâts naturels (vers, vairons, etc.). Il faut dire que les magasins de pêche où se procurer ces derniers ont fondu comme neige au soleil… Les leurres souples ou les poissons nageurs remportent donc davantage de suffrages : parfaites imitations de petits poissons, certains bijoux « made in Japan » peuvent coûter 20 à 30 € l’unité.