Pauvreté : les hommes seuls, les mères isolées et les migrants en première ligne

Le Secours catholique, qui a accompagné 22.000 ménages en 2018 dans la région, note des éléments nouveaux dans la stratification de la pauvreté dans le Jura et en France. Comme le fait que 84% des accompagnés travaillent…

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Le Jura aussi est confronté aux migrations internationales, et à leur lot de drames.

« 84% de nos bénéficiaires travaillent, mais ne peuvent pas en vivre » : pour Christine Comas, animatrice au Secours catholique du Jura, les statistiques dévoilées début novembre par l’association caritative brisent certaines idées reçues.
Toutes les personnes en situation de pauvreté ne « vivent pas aux crochets de la société, et un tiers d’entre elles ne demandent pas les droits auxquelles elles pourraient prétendre ». En cause, la dématérialisation des dossiers, leur complexité ou encore « la pauvreté qui enferme » et qui ne permet plus d’activer les leviers essentiels à la (sur)vie.
Au niveau national, plusieurs profils émergent : « les femmes (56,4%), notamment les mères isolées (39,2%), sont toujours la population la plus fréquemment rencontrée » indique le Secours Catholique.
« Les enfants représentent d’ailleurs 46% de l’ensemble des personnes rencontrées par l’intermédiaire d’elles », la moitié vivant au sein d’une famille monoparentale (contre moins d’un quart dans la population générale). « Mais les hommes seuls restent également extrêmement fragiles : 47% des hommes Français et 40% des hommes étrangers rencontrés sont seuls ».
Autre surprise : malgré le nombre de petites retraites, « les plus de 60 ans restent toujours largement sous-représentés dans les accueils », mais leur indice de fragilité augmente, en particulier encore une fois pour les femmes retraitées.

Des logements précaires et des factures d’énergie trop lourdes

En 2018, près d’un tiers des ménages accueillis vit en logement précaire, soit 1 % de plus qu’en 2017 « et 10% de plus qu’en 2010 » notre Christine Comas. Les impayés restent d’ailleurs majoritairement liés au logement : loyer et mensualités d’accession à la propriété (41%) ou factures d’énergie (40%). Selon Pierre Pauchard, responsable de l’équipe locale Lons-Le-Saunier, « la plupart de nos aides financières concernent le logement » (aides pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros).

Un accompagnement plutôt qu’un chèque

Cependant, il précise que le Secours catholique vise « un accompagnement de la personne au long-cours, pour apporter un changement dans sa vie ». Des propos corroborés par Christine Comas, qui fidèle au slogan du Secours Catholique (faire « avec », et non à la place des bénéficiaires), estime qu’il faut essayer de « leur donner la force d’affronter les difficultés ».

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere

Davantage de migrants et de « sans-papiers »

Dans la région comme au national, environ « 40% des personnes accueillies au Secours catholique sont de nationalité étrangère » (sans être toutes des migrants) relève celui-ci. Selon l’association : « L’augmentation de la proportion d’étrangers s’est plus particulièrement accélérée depuis 2016 (+ 3 % en moyenne par an) ». Mais ce qui pose réellement souci, c’est le nombre de « sans-papiers » ou équivalent parmi les néo-migrants : « En effet, 3 étrangers rencontrés sur 4 arrivés en France depuis moins de 2 ans sont sans statut légal stable ». De manière plus générale, « En 2018, 58% des étrangers rencontrés n’avaient pas de statut légal stable : 37% avaient déposé une demande de régularisation, et 21% avaient vu leur demande déboutée et/ou étaient sans papiers ». Par conséquent, le Secours Catholique constate « la forte augmentation de la part de personnes sans droit au travail : 8% en 2010, 16% en 2017 et 20% en 2018 ». Il confie à mots couverts que le travail au noir se développe donc…

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c’est le niveau de vie médian des ménages accompagnés en 2018.