Patrick Pelloux, médecin urgentiste « vedette » au chevet de l’hôpital

Patients qui s’entassent aux urgences, départ de médecins, fermeture du SMUR Jura sud faute de personnel : face à une spirale jugée infernale, il a demandé davantage de moyens matériels et humains.

51
Patrick Pelloux (au centre) était entouré de Rachid Hiébous (secrétaire de la CHS-CT) et du Dr Eric Loupiac (délégué AMUF 39).

Il avait crevé l’écran lors de la canicule de 2003, s’insurgeant contre le manque de moyens face aux 20.000 décès survenus. 16 ans plus tard, cela « chauffe toujours » : Patrick Pelloux, président de l’AMUF (association des médecins urgentistes de France) est monté le 4 novembre au créneau pour défendre l’hôpital de Lons et ses urgences, qui protègent un vaste territoire jurassien.  « Je suis venu soutenir la mobilisation des urgences, en grève depuis 11 mois. Le personnel y est attaché à un service public de qualité, tandis que 4.800 lits d’hospitalisation ont été fermés en France en 2018. Ce combat du personnel et juste est important : la santé de la population est remise en cause. A l’issue de cette course effrénée aux économies, ce sont les patients qui trinquent ». Eric Loupiac, a illustré ainsi ces propos : « Cette nuit, douze patients ont dormi dans les couloirs des urgences, certains sont même là depuis plus de 48 heures ». « On revient au Moyen-âge, au temps des salles communes » a résumé un confrère.

Patrick Pelloux a rencontré les candidats à la mairie de Lons de la liste “Changer de cap”.

Les 2/3 des services d’urgence en grève en France

Patrick Pelloux a également dénoncé la casse d’un système qui selon lui fonctionnait : « En supprimant des moyens de travailler, on incite des médecins à partir, d’où des conditions encore plus dégradées pour ceux qui restent, qui finissent eux aussi par partir. Cette spirale sociale va être coûteuse », car pour faire tourner tant bien que mal un service, il faudra recourir à « des intérimaires rémunérés entre 1.500 à 2.000 € pour une garde de 24h ».  Selon Eric Loupiac, les départs de médecins urgentistes se succèdent à Lons, à tel point que le SMUR 2 Jura-sud est désormais parfois fermé « par manque de personnel »…d’où une perte de chance pour les patients. La liste « Changer de cap » a participé aux  échanges, à travers ses principaux représentants : Thierry Gaffiot, Anne Perrin, Claude Borcard et Jean-Yves Ravier. Ce dernier, tête de liste, a affirmé : « Ce sujet est important pour les lédoniens, et il sera important dans le cadre des élections municipales. Si l’hôpital perd en qualité et en quantité de soins, où iront-ils se soigner ? ». Un appel national à la mobilisation a été lancé pour le 14 novembre : « Hôpital mort », pour exiger davantage de moyens matériels et humains, alors que 460 services d’urgences sont désormais en grève sur 695 (soit les 2/3), selon Patrick Pelloux.

A suivre : « Hôpital mort » et manifestation prévue le 14 novembre devant l’agence régionale de santé. Contact : Facebook Patients Jura.

Une situation sous contrôle pour la direction

Guillaume Ducolomb, directeur de la communauté hospitalière (CHT) Jura sud s’inscrit en faux sur divers arguments avancés par l’AMUT-CGT. D’après lui, seuls deux médecins sont pour l’instant en partance, à savoir le Dr Yves Duffait (lire notre précédente édition) et un médecin dont le contrat n’a pas été renouvelé. « Aujourd’hui, je n’ai pas connaissance d’autres départs d’ici le 30 décembre » assure-t-il. «  Nous avons d’ailleurs des contacts en cours pour remplacer ces médecins ». Selon lui, jusqu’ici l’effectif a toujours été suffisant pour faire tourner les 2 équipages de SMUR. « Nous avons même recruté un médecin dédié à l’UHCD (Unité d’Hospitalisation de Courte Durée), car elle comprend désormais davantage de lits (13) ». Ce qui a libéré un médecin urgentiste, et permet d’en affecter trois aux urgences proprement dites. Selon le directeur, de ce fait le SMUR 2 Jura sud a toujours pu répondre aux appels « hormis durant 5 ou 6 vacations de nuit » durant le mois écoulé. Guillaume Ducolomb ne nie pas un encombrement ponctuel des urgences, mais selon lui, plusieurs cas relèveraient de la psychiatrie : « 4 à 5 » par exemple le 4 novembre. Faute de lits à Saint-Ylie, une solution est en projet à Lons (lire nos prochaines éditions).