Obaidullah Kaliwal : des plaines d’Afghanistan au Ring Dolois…

Demandeur d'asile agé de 26 ans, arrivé en France depuis 18 mois, Obaidullah espère obtenir prochainement, une régularisation de sa situation. Mais son combat pour un avenir meilleur se déroule aussi sur le carré bleu. Leçon de vie... "Ici les religions sont respectées, nous vivons dans une démocratie, les gens ne se rendent pas toujours compte de la liberté, de la chance et du bonheur que nous avons de pouvoir vivre dans de telles conditions".

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Entrainé par Manu Vasques (ici à droite), Obaidullah totalise 5 victoires en 5 combats amateurs.

“Tu sais je n’aime pas trop parler de moi. Et il y a des choses que je n’ai pas envie de raconter…”
Obaidullah, c’est une montagne de sensibilité, secrètement cachée, sous une carrure de déménageur.
Le jeune homme fait preuve d’une exigence permanente. Il apprend le Français “comme ça en parlant avec les gens”, il s’entraîne dur, trois à quatre fois par semaine, et tâche, du mieux possible, de faire progresser les formalités administratives dont il est l’objet.
Tout cela n’est pas une mince affaire…

Au commencement

Issu d’une famille modeste des environs de Jalalabad, Obaidullah a été scolarisé jusqu’à 16 ans. Puis à la fin de ses études, il commence à travailler en boulangerie. C’est à cette époque qu’il se passionne pour le noble art. Il regarde tous les jours des vidéos des combats de Mohamed Ali, Mike Tyson, savoure les différentes versions du film Rocky (sa préférée reste Rocky 4, contre Ivan Drago).
En même temps, fatalement, il débute la boxe anglaise.
Durant sa première saison, il livre un combat, qu’il remportera, puis choisit au vu des événements qui minent le pays, de partir tenter sa chance en Europe.
“Les groupes armés des Talibans et de l’Etat Islamique attaquaient les villes. Il y avait des attentats, des scènes de guerre horribles, des actes épouvantables… Ce n’était plus vivable” peine à relater Obaidullah, qui lorsque ses souvenirs passent devant ses yeux, se sent mal à l’aise, s’agite et cherche à chasser ces pensées obscures de son esprit.

Un périple difficile

Débute alors un long périple, vers une vie meilleure : Iran, Turquie, Bulgarie, Croatie…
“Je ne me rappelle pas très bien de tout, juste que j’avais très mal aux pieds. On était un groupe de 40 personnes, composé uniquement de jeunes hommes. On a marché plusieurs semaines, avec juste un peu d’eau. On buvait comme on pouvait, on se nourrissait seulement de quelques fruits… Il y a des jours où l’on avait très froid, mais il fallait avancer. C’était vraiment très dur”.
Après deux mois d’une marche aussi pénible qu’incertaine, c’est la délivrance.
“En Croatie, on nous a proposé un bus pour rejoindre l’Allemagne. Là, la Police nous a pris les empreintes digitales, et on nous a conseillé d’aller en Suède, car il y avait des places d’hébergement libres pour nous”.
C’est ainsi qu’à l’automne 2015 Obaidullah arrive dans la petite ville de Jokkmokk, au nord de la Suède.
“Là-bas, j’ai repris l’école, j’ai appris le Suédois, j’ai recommencé la boxe aussi. Les gens étaient très accueillants, mais il y avait un gros problème : les nuits polaires ! Quand je suis arrivé, il ne faisait jour que de quelques heures, du milieu de la matinée au début de l’après midi. Et l’été, c’était l’inverse, le soleil ne se couchait presque jamais…”

Direction France

C’est pourquoi Obaidullah choisit de retenter sa chance ailleurs.
Un bref passage par le Danemark, l’Allemagne et le voici en France, depuis juin 2017.
“On nous a fait passer sur un pont à Strasbourg. Le bout du pont de Kehl, le Rhin, c’est la première image que j’ai eu de la France… Puis on a pris un bus pour Paris. On est arrivé dans un camp, Porte de la Chapelle. Là aussi, c’était très difficile. C’était vraiment la jungle. Il y avait les trafiquants, les voleurs, les passeurs…”
Par bonheur, une place lui est rapidement proposée au Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA), situé au Foyer Saint-Jean de Dole. Une structure où son dossier est pris en charge.
Depuis octobre 2017, Obaidullah reste donc suspendu à une décision administrative qui décidera de son destin, et dont le délai arrive bientôt à terme.
“Je suis vraiment heureux d’être ici. Bien sûr, il y a encore des nuits où j’ai du mal à trouver le sommeil, des jours où le moral n’est pas terrible, mais ma vie ici est bien plus agréable que ce que j’ai vécu ailleurs”.

Devenir boxeur professionnel… et combattre pour la France !

Depuis l’année dernière, Obaidullah entame sa lente reconstruction.
“J’aimerais beaucoup rester ici. Travailler, m’entraîner, me marier, avoir une famille”.
Tout cela est encore un peu loin pour lui, mais à l’image de ses performances sur le ring le jeune boxeur combat chaque jour la vie, avec une abnégation sans faille.
Il faut dire que les entrainements rudes, “à l’ancienne” de Manu Vasques ont de quoi forger de bonnes ressources… C’est sans doute ce qui explique que le boxeur du Ring Dolois comptabilise pour l’instant 5 victoires pour 5 combats en amateur. Un sans faute prometteur !
“Je commence à me faire quelques amis. J’ai quelques copains de la boxe qui m’aident aussi parfois quand j’ai besoin de me déplacer. Et puis bien sûr, il y a Manu (Vasques), qui me motive quand j’ai quelquefois un petit coup de mou”.
Le reste de sa vie, Obaidullah l’envisage en France, évidemment.
“Ici les religions sont respectées, nous vivons dans une démocratie, les gens ne se rendent pas toujours compte de la liberté, de la chance et du bonheur que nous avons de pouvoir vivre dans de telles conditions”.
Son rêve ?
“Devenir boxeur professionnel, libre et autonome, être régularisé et combattre pour la France, pour ses valeurs et pour la remercier de cette vie meilleure qu’elle peut m’offrir”.
S’affranchir du passé, en quelque sorte…