Notre cher or noir plus accessible cet été ?

Si la flambée des cours du pétrole devait –enfin- cesser, quelles en seraient les raisons ? Décryptage.

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Il flambe, il flambe. Point n’est point d’avoir fait mat sup’ pour faire ses comptes : à chaque passage à la pompe, le prix d’un plein s’est envolé depuis plusieurs semaines. Pourquoi ? De multiples facteurs gouvernent ce marché mystérieux, mais le tout premier n’a rien à voir avec une ressource limitée qui s’épuise au fil des ans : coté en dollars, le pétrole lui est inversement corrélé, ce qui signifie que quand le dollar baisse, le pétrole monte…ce qui semble constituer une tendance de fond. Mais de nombreux facteurs conjoncturels peuvent expliquer que les voitures ou les camions tirent la langue en sortant des stations services : la forte reprise économique tout d’abord. Lorsque le Covid est arrivé, les stocks ont tellement débordé que les pays producteurs ont mis en sommeil leurs derricks. Et à l’inverse lors de la reprise, une sorte de latence a fait que la consommation est repartie plus fort que la production. Autre facteur clé mis en avant par les spécialistes de ce marché : la gouvernance de l’Opep + (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole)  bat régulièrement de l’aile. L’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et d’autres pays du Golfe ainsi que la Russie (24 pays en tout) ont souvent bien du mal à accorder leurs violons, comme en mars 2020 où leur désaccord à l’aube de la pandémie sanitaire fit plonger le baril en territoire négatif (du jamais vu). D’autant plus que l’unanimité est requise pour emporter une décision s’imposant à tous…

Le variant delta en juge de paix

Pourtant ouvrir ou fermer le robinet, reste une arme relative pour faire monter ou chuter les cours. Relative depuis que les États Unis (qui ne font pas partie de l’Opep +) se sont lancés dans le pétrole de schiste et sont devenus le premier producteur mondial, l’Opep + ne représentant plus que 50 à 55 % environ du marché mondial. Lors de la dernière réunion de l’organisation début juillet, les discussions ont été houleuses entre l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, ces derniers revendiquant une part du gâteau plus importante pour rentabiliser selon eux des investissements très conséquents réalisés. Au-delà de ces péripéties géopolitiques, plane le spectre d’un éclatement –même temporaire- de l’organisation fondée en 1960, ce qui signifierait le début du ‘chacun pour soi’. Une bonne nouvelle potentielle pour camions et voitures puisque le marché serait sans doute inondé de barils, entrainant une chute des cours. De l’avis général, l’autre facteur baissier tient dans le fameux variant « delta » du Covid 19. Les économistes observent avec inquiétude sa propagation synonyme de ralentissement de l’activité économique, ceci alors que la reprise commence juste à battre son plein en Europe par exemple. L’avenir nous dira qui a raison…

Stéphane Hovaere

Le baril de Brent à 100 dollars ?

Nonobstant certains facteurs baissiers, plusieurs analystes (Bank of America, Trafigura, etc.) misent sur un baril de Brent à 100 dollars à plus ou moins court terme. Il est vrai que le baril de Brent a déjà frôlé les 78 dollars, un niveau jamais atteint depuis près de 2 ans et demi. Les tenants de la responsabilité sociale et environnementale qui misent sur un monde plus vert, excluant les énergies fossiles, risquent d’être aussi fort maris. Les énergies propres nécessitent le recours à d’immenses quantités de métaux industriels ou précieux (cuivre, aluminium, cobalt, nickel, lithium, terres rares, etc.). Des métaux dont le cours a flambé dans des proportions démesurées et beaucoup plus importantes que le pétrole et le gaz. De quoi nourrir peut-être une réflexion sur la décroissance, seul remède radical à ces pénuries ?