Ney : l’ « Origine du monde » rejoint le « Haricosaure »

Pour son an II, le Land Art Park créé par la communauté de communes lance une nouveauté…osée : admirer le célèbre tableau de Courbet en version XXXL, qui tiendra compagnie à un dinosaure végétal de 300 mètres de long.

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Vu du ciel, ce Haricosaure a vraiment de l'allure (en bas à gauche la ferme qui accueille public et bénévoles).

« Honorer Gustave Courbet, artiste franc-comtois, en cette année 2019 qui marque le bicentenaire de sa naissance » : pour Clément Pernot, président de la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura (CNJ), le Land Art Park créera à nouveau l’évènement durant tout l’été, un événement à la fois artistique, pédagogique, et économique. Avec la célébrissime peinture de Gustave Courbet (dévoilant l’intimité féminine), nul doute que les objectifs seront remplis, d’autant plus qu’à proximité un musée à ciel ouvert accueillera une exposition d’une trentaine d’œuvres de Courbet (dessinés par Pierre Duc, et nantis d’explications et de flash code). « L’œuvre qui a fait scandale à l’époque ne choquera personne, puisqu’elle sera visible seulement par anamorphose » confie Pierre Duc, l’artiste champagnolais bien connu : elle ne dévoilera donc ses secrets que depuis un édifice d’environ 5 m de haut, que les visiteurs auront le choix de gravir…ou pas. Malgré ses dimensions spectaculaires  (150 m sur 80 m), « sa vue depuis le belvédère de Bénédegand, mettra juste l’eau à la bouche » promet-il.  Pour CNJ, l’idée  de ce parc unique dans le Jura dédié au land art (art utilisant un cadre et des matériaux naturels) permet ainsi de répondre aux professionnels du tourisme, désireux de pouvoir proposer sur le territoire des animations susceptibles de « fixer » les visiteurs de passage.

Des végétaux pour donner vie au géant

Grâce au talent du génial Pierre Duc (lire encadré), et à une équipe de bénévoles super investis, le Land Art Park a accueilli pour sa première année un “Haricosaure” de 300 X 200 mètres. Sorti d’un “délire collectif” entre élus champagnolais et l’artiste, le mastodonte avait réussi un curieux croisement entre des dinosaures…et des haricots ramants. La première originalité de cette oeuvre monumentale -qui renait donc cet été- réside en effet dans sa structure végétale à laquelle s’ajouteront  maïs et de courges : “Je tiens à réaliser un projet le plus écologique possible” a  expliqué Pierre Duc. Le dinosaure géant poussera donc au fur et à mesure des végétaux qui ont été plantés autour du 15 mai, pour éviter les gelées. Mais les bénévoles issus en bonne partie de Ney ont auparavant dessiné les contours, biné la terre, et installé des filets permettent aux plantes de s’élever (filets fournis gracieusement par Françoise Bergeret de FCE paysagiste). Autre originalité du projet : pour la première fois, Pierre Duc  a créé une oeuvre “aussi ludique que pédagogique” selon Clément Pernot, président de la communauté de commune Champagnole Nozeroy Jura (CCCNJ). En effet moyennant une modique somme, les visiteurs pénétreront dans l’emprise du site via la Pangée (continent unique datant de 4 à 4,5 milliards d’années) avant d’entamer un voyage dans le temps en entrant dans la gueule du Haricosaure : “Des panneaux informatifs jalonneront ce labyrinthe” a expliqué Clément Pernot, panneaux élaborés par Jean-Michel Mazin et Pierre Hantzpergue (paléontologues ayant travaillé sur les traces de Loulle).

Une oeuvre aussi gigantesque qu’éphémère, associant pédagogie et jeu.

Des œuvres à admirer aussi de haut

Ce labyrinthe temporel de 2.850 mètres se poursuivra jusqu’à la queue de l’animal où les homos sapiens rencontreront leur ancêtre “homo erectus”…de 20 mètres de haut. Mais le circuit ne s’arrêtera pas là a poursuivi Clément Pernot. Un circuit pédagogique et touristique sera mis en place pour relier le Haricosaure à ses illustres ancêtres de Loulle. Les visiteurs seront invités à rejoindre le belvédère de Benedegand, offrant une belle vue sur les deux œuvres de land art. De là, il leur suffira  d’une trentaine de minutes à pied pour rejoindre le site des dinosaures de Loulle (site qui abrite 1.500 traces datant de 155 millions d’années). Pour terminer ce parcours culturel, les visiteurs pourront rejoindre le lapiaz de Loulle illustrant les  formations karstiques du Jura. De quoi “générer de l’émotion et du rêve associés au fait culturel” selon le président de CCCNJ. Ce « coup double » monumental conjuguant aspects touristique, ludique, pédagogique et artistique promet donc de frapper fort. Malgré des conditions défavorables (canicule), 6267 visiteurs avaient fait le déplacement l’an dernier. De bon augure pour cet an II « culotté », mais accessible à tous (enfants inclus) à partir de juillet…

Informations : www.champagnolenozeroyjura.fr

Stéphane Hovaere

Un titanesque dinosaure

300 mètres : longueur du Haricosaure. 1,3 ha : surface occupée par lui, ses œufs, et ses petits. 4 ha : emprise totale du projet, sur des champs prêtés par Richard Cazeau. 2.850 mètres : longueur du labyrinthe dessiné dans son corps.

Pierre Duc (T-shirt orange) peut compter sur une “dream team” de bénévoles.

Pierre Duc

L’artiste bien connu à Champagnole (où il a exercé de nombreuses années comme prof de dessin) touche à tout : sculpture, peinture, aquarelles, pastels, dessins, gravures et bien sûr land-art. Outre les lévriers de Belle-Frise et la fresque du Rex, il a déjà réalisé à Ney (où il a tissé des liens forts avec les Calins) : la Joconde géante (1992), le timbre de Pasteur (9 ha en 1995), l’euro de 6,6557 ha en 1998, le Jura illuminé et Pasteur saluant le Tour en 2017…et bien sûr le Haricosaure n°1.