Nevy-lès-Dole, au cœur d’un ancien village agricole

Située à une dizaine de kilomètres de Dole et à une douzaine de Chaussin, la commune jurassienne de Nevy-lès-Dole bénéficie d’une quiétude remarquable. Un calme événementiel si marqué qu’il serait aisé de caractériser, au premier abord, ce village de dortoir. Et pourtant, quelques habitants essaient de le dynamiser, comme autrefois. Véritables richesses, les aspects agricoles et artisanaux d’antan de cette commune témoignent d’une histoire plus globale de nos bourgs jurassiens. Entre les vestiges d’un temps révolu, petite visite de Nevy-lès-Dole.

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« [D]es habitants, qui sont presque tous fermiers » (Armand Marquiset au milieu du XIXe siècle). Photographie de Nevy-lès-Dole sûrement réalisée par Alice Wilson à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle. Collection Amaous (Mont-sous-Vaudrey).

Structurée par la route nationale 5, cette localité périurbaine de la communauté d’agglomération du Grand Dole est également traversée au sud de son territoire par l’autoroute verte. Bien que celle-ci soit très peu localisée à Nevy-lès-Dole, l’aire de repos « Louis Pasteur » de l’A39 est sur les terres de ce village.

Mis en exergue par Alphonse Rousset au milieu du XIXe siècle, Nevy-lès-Dole se caractérise aussi par « une vaste plaine et un plateau qui s’élève à pic au sud ». Une configuration qui contribua à forger l’histoire singulière de ce village. Au nord, la Loue serpente et se divise en plusieurs bras. Le réseau hydrographique serait d’ailleurs à l’origine du toponyme de ce village. D’après Armand Marquiset, la localité est « située au confluent de deux rivières, la Loue et la Cuisance ». Ainsi, le village « tire son nom des mots celtiques neu, deux, vy, rivière ». Nevy est donc le bourg à la confluence de deux rivières. En réalité, la confluence de ces deux cours d’eau se situe à Souvans, et est malgré tout assez éloignée du centre du village. Par la présence de cette rivière, le territoire de Nevy-lès-Dole subissait relativement souvent des inondations. Une habitante qui souhaite conserver l’anonymat explique que « les crues ont été bien limitées parce qu’il y a eu des travaux ». Un constat également véridique dans les villages voisins, comme à Parcey.

L’eau a aussi défini le gentilé historique des villageois. « Les gens de Nevy, ce sont les R’nouillat. Dans le haut de Nevy, il y avait beaucoup de mares avec des grenouilles. En patois, R’nouillat est le nom de la grenouille. Il y avait aussi les Loups de Souvans », précise une R’nouillat.

Au fil des siècles, la démographie évolua considérablement à Nevy-lès-Dole. Vers 1790, le village abritait environ 300 habitants. La population crût ensuite, puisque en 1846, 406 personnes y étaient dénombrées. Il s’agit là de l’apogée démographique de Nevy-lès-Dole. L’exode rural et les conséquences de la Première Guerre mondiale (1914-1918) provoquèrent une chute brutale du nombre de villageois, cette localité perdant en 90 ans, 56 % de ses habitants. Jusque dans les années 1970, la population de Nevy-lès-Dole connut une certaine stagnation, puisque en 1936, 179 personnes peuplaient le village, contre 177 individus en 1968 et 170 âmes en 1975. Depuis, recensement après recensement, les habitants de cette commune se multiplient. En 2018, Nevy-lès-Dole abritait 288 personnes, soit quasiment l’équivalent de la fin du XVIIIe siècle.

Histoire et origine de cette localité

Dans sa notice sur Nevy-lès-Dole, Armand Marquiset notait au milieu du XIXe siècle que « Cette commune n’offre pas le moindre souvenir historique ». Cette affirmation doit évidemment être nuancée, le simple fait qu’une communauté humaine existe formant une histoire. Son passé demeure, certes, méconnu et oublié, mais il n’en demeure pas moins pertinent à étudier – puisque révélateur du quotidien agricole et artisanal de nombreuses personnes au fil des siècles.

D’après des découvertes archéologiques réalisées en 1882, il semblerait qu’une occupation antique ait existé à Nevy-lès-Dole. Ce village aurait donc été un lieu d’implantation précoce, possiblement sur le Mont-Saint (ou Mont-Ceint).

Malgré les nombreuses exhumations du XIXe siècle, il faut attendre le milieu du XIIe siècle pour trouver dans des chartes une mention de Nevy et ainsi prouver l’existence par l’écrit d’une communauté humaine dans ce lieu.

À l’époque médiévale, Nevy devint une seigneurie, avec l’actuel village de Villers-Robert. Les seigneurs de Nevy résidaient alors dans le château de Villers-Robert.

En 1479, lors de la tentative de conquête du comté de Bourgogne par Louis XI (1461-1483), le village aurait été pris. Deux siècles plus tard, Louis XIV (1643-1715) réussissait la conquête de la Franche-Comté. Signés en 1678, les traités de Nimègue eurent notamment pour effet le passage du comté de Bourgogne sous l’autorité du roi de France. Alors, Nevy-lès-Dole devint officiellement français.

À la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe siècle, M. de Mignot, qui avait racheté la seigneurie de Nevy, fit construire vers l’église une humble bâtisse.

Dans la paroisse de Souvans, une chapelle relativement ancienne existait à Nevy. « Cette chapelle fut érigée en succursale au XVIIe siècle. Elle était bâtie au sommet de la montagne et était entourée d’un cimetière », indique Alphonse Rousset. Une nouvelle église fut néanmoins construite, toujours sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul, puisque celle-ci est aujourd’hui située au bord de la route nationale 5. Le clocher, datant du milieu du XVIIIe siècle, serait toutefois plus récent que l’église.

Il est plus aisé d’étudier l’histoire de Nevy-lès-Dole durant l’époque contemporaine (de 1789 à aujourd’hui). Armand Marquiset titra sa notice sur le village : « Une population laborieuse » – ce qui témoigne déjà des difficiles travaux agricoles réalisés par les hommes de Nevy-lès-Dole. Les lignes suivant son analyse confirme cela, puisqu’il ajoute que les habitants « sont presque tous fermiers ». Une réalité à nuancer, puisque une réelle diversité de métiers existait à Nevy-lès-Dole au milieu du XIXe siècle. Ainsi, Alphonse Rousset dénombrait 6 marchands de vaches, 2 marchands de grains, 2 coquetiers, 2 épiciers, 2 aubergistes, 1 maréchal-taillandier et 1 charron. La plupart des habitants de Nevy-lès-Dole devaient donc vivre de l’agriculture ou de l’artisanat.

Nevy-lès-Dole semblait un lieu également propice pour installer une tuilerie. Et pour cause, Alphonse Rousset explique justement qu’il y avait déjà au XIXe siècle, et avant, « sur le territoire des gravières, des sablières et de la terre glaise propre à la fabrication de la tuile et de la poterie ». Ainsi, une ancienne tuilerie aurait existé dans le Champ de l’Aillette. Une autre plus récente permit aussi d’exploiter ces ressources, au lieu-dit à la Tuilerie. Un moulin s’élève aussi à Nevy-lès-Dole.

En 1840, une maison commune fut construite à Nevy-lès-Dole, alors que le village s’appelait aussi Nevy-lès-Souvans.

Les photographies sûrement prises par la fille du président Jules Grévy, Alice Wilson, prouvent cette réalité agricole, une cinquantaine d’années après les publications d’Armand Marquiset et d’Alphonse Rousset. Avec prudence, puisque ces photographies sont aussi une construction, elles permettent d’explorer une histoire de la ruralité. De contempler les maisons en toits de chaume d’antan. Les vieilles habitudes de puisage de l’eau. Le quotidien d’une époque révolue.

Les articles de presse permettent aussi d’apercevoir ce passé. Ainsi, le 7 février 1914, dans le journal Le Petit Comtois du 12 février 1914, Edmond Maire, boucher à Mont-sous-Vaudrey, venait faire sa tournée hebdomadaire à Nevy-lès-Dole. Des commerçants itinérants qui rythmaient autrefois aussi la vie de nos ancêtres.

En 1908, Nevy-lès-Dole fut rattaché au canton de Dole, comme le prouve un article publié dans Le Petit Bourguignon le 21 mars 1908.

Les deux guerres mondiales affectèrent aussi Nevy-lès-Dole, puisque 16 de ses enfants y perdirent la vie. L’un d’eux, Marcel Paul Bertrand (1892-1917), natif de ce village, décéda, le 27 octobre 1917, à l’âge de 25 ans à Saint-Jansbeck en Belgique.

« Les maisons, échelonnées sur les bords de la route de Dole à Poligny, sont construites en pierre et couvertes, les deux tiers, de chaume », Alphonse Rousset au milieu du XIXe siècle. Photographie de Nevy-lès-Dole sûrement réalisée par Alice Wilson à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle. Collection Amaous (Mont-sous-Vaudrey).
Nevy-lès Dole en 2021, environ 120 ans après le cliché sûrement réalisé par Alice Wilson.

Le Mont-Saint, des légendes à l’archéologie

Entre la route et la Loue s’élève un monticule boisé connu sous le nom de Mont-Saint. Il semblerait toutefois que l’orthographe ne soit pas fixée, puisqu’il est possible de trouver dans les sources : Mont-Ceint.

Autrefois, certains pensaient que des esprits se réunissaient en ce lieu. D’autres y voyaient des apparitions de la célèbre dame blanche. Les plus téméraires y cherchaient des trésors. Le Mont-Saint était donc un endroit redouté et fasciné. Un château y aurait même existé.

En 1850, des « ouvriers y trouvèrent […] un sarcophage en pierre renfermant un squelette qui avait des armes à ses côtés », selon Alphonse Rousset. 30 ans plus tard environ, en 1882, Henri Petit fit également des découvertes archéologiques dans sa propriété de Nevy-lès-Dole. En pratiquant des fouilles lors d’une construction, « des terrassiers ont mis à nu une certaine quantité de tumuli dont l’existence paraît remonter […] aux premiers siècles de notre ère » (Journal des débats politiques et littéraires, 30 mars 1882, p. 3.). Bien que les fouilles furent peu étendues, elles permirent de découvrir « des glaives à poignées d’argent massif, des plaques de ceinturons niellés, des poteries, etc ».

Ces trouvailles permettent au rédacteur de l’article initial de la République du Jura d’émettre l’hypothèse que soit « Nevy ait été à cette époque reculée, une station romaine d’une réelle importance ; soit que la colline du Mont-Ceint ait été le théâtre d’une de ces luttes meurtrières[.] […] [I]l est de toute évidence que là gisent les dépouilles d’un grand nombre de soldats romains ou gaulois ». Si un jour des fouilles archéologiques sont entreprises, il sera possible de confirmer, ou d’infirmer, ces théories, et d’ainsi appréhender plus précisément l’histoire de Nevy-lès-Dole.

Une église abritant un précieux patrimoine

L’église de Nevy-lès-Dole abrite plusieurs œuvres répertoriées à l’inventaire des Monuments Historiques. Ainsi, depuis 1984, trois huiles sur toile sont classées au titre d’objet à cet inventaire. Ces tableaux religieux datent du XVIe siècle ou du XVIIe siècle.

Au même titre, une statue en pierre de saint Jean-Baptiste du XVe siècle est classée au titre d’objet à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1906. Dans cet édifice religieux, une sculpture en bois du XVIe siècle y est aussi inscrite depuis 1983. La chaire à prêcher du XVIIIe siècle dispose de la même inscription à l’inventaire des Monuments Historiques.

L’église de Nevy-lès-Dole placée sous le patronage de saint Pierre et de saint Paul.

Une brocante pour animer le village

Bien qu’il n’y ait plus de commerce à Nevy-lès-Dole, une demi-douzaine d’entrepreneurs y sont installés. Ainsi, un plombier, un maçon et une couturière offrent leurs services, tandis qu’un homme s’occupe de réparer des produits électroménagers. Une autre entreprise se concentre sur les travaux manuels alors qu’une sixième vend des produits artisanaux de qualité.

Un agriculteur de Nevy-lès-Dole et une ferme de la société GAEC de la Cuisance, dont le siège est à La Ferté, perpétuent aussi des activités agricoles dans le village.

Autre richesse pour la commune, une école maternelle demeure avec une vingtaine d’élèves. Le RPI (Regroupement pédagogique intercommunal) avec Souvans permet aux maternelles de ce dernier village de se rendre à Nevy-lès-Dole, alors que les primaires de Nevy-lès-Dole se rendent à Souvans pour étudier.

Deux associations existent aussi à Nevy-lès-Dole : celle de chasse, l’ACCA de Nevy regroupant une vingtaine de chasseurs, et le comité d’animation. « Le comité d’animation organise chaque année, au début du mois de septembre, une brocante », souligne une habitante de Nevy-lès-Dole qui souhaite conserver l’anonymat. Les membres de cette association essaient aussi d’organiser des sorties, comme à des marchés de Noël ou au Salon de l’agriculture.

Autrefois, une fête du village existait à Nevy-lès-Dole. Mais malheureusement, celle-ci fut abandonnée faute de participants. Un repas communal en juin ou juillet tente toutefois de créer des liens entre les habitants. Néanmoins, à cause de la pandémie de COVID-19, l’an dernier comme cette année, il n’y en aura pas.

L’autre caractéristique de Nevy-lès-Dole est assurément le nombre de logements locatifs. « Pour une population de moins de 300 habitants, il y en a plus de 40 », note une habitante.

Dans le second semestre de l’année, la voie verte Grévy sera inaugurée, permettant à des touristes de visiter des contrées jurassiennes reculées, comme celle de Nevy-lès-Dole. L’ancienne ligne ferroviaire mise en service en 1884 et empruntée notamment par Jules Grévy, président de la République française entre 1879 et 1887, passe effectivement par cette commune. Un moyen peut-être de faire connaître demain cette commune à des passants.

« Les gens de Nevy, ce sont les R’nouillat. Dans le haut de Nevy, il y avait beaucoup de marres avec des grenouilles. En patois, R’nouillat est le nom de la grenouille. Il y avait aussi les Loups de Souvans », précise une R’nouillat.

Anthony Soares

Pour aller plus loin : bibliographie non exhaustive :

MARQUISET Armand, Statistique historique de l’arrondissement de Dole, tome I, Besançon, Charles Deis, imprimeur-libraire, 1841, p. 490.

ROUSSET Alphonse, MOREAU Frédéric, Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (…), A. Robert, Lons-le-Saunier, tome IV,  1856, pp. 483-487.

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