« N’abimez pas les arbres donnez-leur une autre vie »

Pio Pascolo, l’homme à la tronçonneuse

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Donner une seconde vie à un arbre, telle est la philosophie de Pio.

Pio est un pionnier dans l’art de la sculpture à la tronçonneuse depuis 1958.
Né en 1944 à Venzone, Pio est resté en Italie jusqu’à ses 12 ans. Son père qui travaillait depuis 1936 dans le nord de la France a fait venir sa famille en France en 1956.

Pio Pascolo, l’ami des arbres.

 

Donner une seconde vie à un arbre, telle est la philosophie de Pio.

Une scolarité difficile

 

« Mon père travaillait alors dans les mines du nord de la France et nous résidions à ce moment-là à Hauteville-Lompnes dans le Haut-Bugey, bourgade dans laquelle je me souviens d’une salle des fêtes était en construction, une magnifique salle des fêtes en pierre de taille. Mes parents m’ont bien sûr inscrit à l’école où je pourrais apprendre la langue française. Cette année-là, je commençais malgré mon jeune âge à travailler le bois au couteau et j’avais réalisé deux ou trois tableaux tellement réussis que mon instituteur me dit “il faudra les présenter pour le certificat d’études”.
Et puis nous avons déménagé à Argis toujours dans l’Ain, ce fut une autre vie, une autre école. On ne parlait pas encore bien le français. Ma vie scolaire m’a beaucoup déçu. On était trois italiens dans cette école, alors plutôt que nous laisser assister aux cours, l’instituteur nous faisait travailler pour lui et son épouse : on patinait, on finissait de poncer et de peindre leur caravane pour leurs prochaines vacances. Dans une salle vacante, on bossait comme des malades pour eux. C’est pour cela que je dis j’ai été écœuré parce-que j’aurais pu avoir mon certificat d’études, je n’ai pas pu puisqu’on n’assistait jamais aux cours. Quand on était en récréation, il nous faisait faire la pelote (les mains dans le dos, on devait tourner autour des platanes). J’ai beaucoup souffert de tout cela. »

 

Le jeune Pio part à l’aventure

 

« A 17 ans je suis parti à Genève, sans argent et avec des chaussures usées. J’ai fait la rive droite et la rive gauche pour trouver du travail. J’étais prêt à faire toutes les tâches que l’on me proposait. Le premier emploi que j’ai trouvé m’a amené à faire la plonge lors d’un évènement regroupant les cadres du CERN et de l’ONU. Je suis resté un an et demi dans cet établissement. Comme je n’avais peur de rien, je discutais beaucoup et un jour j’ai rencontré un physicien anglais qui me demanda si je voulais bien être son commis. Bien sûr j’ai accepté et je l’ai suivi quelques années.

Après je suis revenu en France pour faire mon service militaire. Je devais partir en Algérie mais voyant revenir des anciens copains d’école dans un état pitoyable, j’ai décidé de partir pour l’Italie et j’ai fait mon service militaire à Rome. J’ai passé les deux ans les plus beaux de ma vie, accueilli comme un prince dans les commandos parachutistes. Mes connaissances du travail du bois ont fait que l’on m’a affecté à la fabrication des écussons de campagnes du colonel. J’avais une grande salle pour moi tout seul dans la caserne, le colonel me prêtait sa jeep, j’allais à sa place aux spectacles, aux concerts … Une vie de rêve.

Après mon service militaire je suis parti pour la Belgique. J’avais une prestance peu commune, j’arrivais à entrer partout. J’avais tellement souffert étant enfant que rien ne pouvait m’arrêter. Au cours de mes pérégrinations j’ai rencontré un gars du nord de la Belgique et avec lui j’ai restauré les fauteuils de la loge de théâtre du roi Baudoin et de la reine Fabiola. Le travail fini, nous avons été invité à un lunch dans le château royal de Laeken. Un moment inoubliable. »

 

Retour en France

 

« Après cette vie vagabonde, je suis rentré en France, me suis marié, puis j’ai divorcé. Après être resté seul quelques années j’ai rencontré Christiane avec qui je vis depuis trente ans. J’ai ouvert un commerce en Arbois dans lequel je vendais mes réalisations en bois et je travaillais également dans les espaces verts. Je connais bien tout le secteur, ayant habité à Mathenay, puis Vaudrey en enfin à Mouchard en 1968 où je suis encore actuellement.

 

Les années 70

 

C’est à cette époque que Pio commence à faire sérieusement de la tronçonneuse, il aime d’ailleurs le faire savoir « je suis le premier à avoir fait de la sculpture à la tronçonneuse.  J’ai appris tout seul et j’ai été le seul pendant 10-15 ans ».

Original, Pio l’est. Il travaille sans jamais prendre de mesures, sans calculs, juste sa tronçonneuse et une pièce de bois, et son imagination bien sûr. Sa première pièce, une biche et son petit faon, il l’avait réalisée en 1956 à l’âge de 12 ans.

Dès son installation à Mouchard, il ouvre son atelier de sculpture à la tronçonneuse et parcourt toute la région proposant des démonstrations lors des fêtes villageoises. Et cela plaît beaucoup. Sa renommée grandit et il commence à être invité un peu partout en France et en Europe, côtoyant des célébrités de la chanson, de la télévision … et représentant à lui seul l’animation incontournable d’une fête réussie.

Ses essences de prédilection

 

Pio ne travaille pas n’importe quel bois, il les choisit scrupuleusement et n’utilise que des bois imputrescibles tels les séquioas, les cèdres du Liban, les saules rouges, le thuya géant, arbres qui ont des veines magnifiques. Il aime aussi travailler le tulipier de Virginie, qui se prête vraiment à la sculpture.

 

Ses plus belles réalisations

 

Parmi ses nombreuses sculptures, on peut souligner l’ours et son petit ourson qu’il a réalisé pour le film de Jean-Jacques Annaud, une partie du palais princier de Monaco à l’occasion du passage à l’an 2 000, et bien d’autres encore. Il a sculpté de très grosses pièces comme « la genèse du Monde » impressionnante par sa taille 17.80 m de haut pour 1.20 m de circonférence et un poids de 15 tonnes. A l’inverse son plus petit chef d’œuvre est un petit faon de 8 cm de haut et 4 cm de large réalisé en trois minutes.

Pio réalisant la sculpture pour le film L’Ours, de Jean-Jacques Annaud.
A l’aube de l’an 2000, Pio a sculpté une partie du palais princier de Monaco.

 

Aujourd’hui, à 75 ans et après avoir surmonté de graves maladies, Pio jouit d’une retraite bien méritée et ne travaille plus que pour faire plaisir à ses enfants et petits-enfants. Sa toute dernière dernière création il l’a généreusement offerte à la commune de Mouchard. Cette sculpture réalisée en séquioa, représente deux magnifiques cigognes en pleine saison des amours.

La sculpture offerte à la commune de Mouchard.