Pâques : quel rapport à la mort entretenons-nous ?

Dans le contexte du Grand débat national, l’ADMD a organisé un dialogue sur la fin de vie. « Assassinat » pour les uns, « geste d’humanité » pour les autres, l’aide à mourir suscite toujours autant de controverses, alors qu’une écrasante majorité des français y sont pourtant favorables. Le point sur cette épineuse question, existentielle et philosophique, à quelques jours de la fête de Pâques, et de la symbolique de résurrection qui y est liée. Fin de vie : le droit à la "dernière liberté" « Ma mort, c’est moi que ça intéresse ! »

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La Faucheuse est l'une des allégories de la Mort. (Source Wikipédia).

Il est compliqué à appréhender car il fait référence au tabou numéro un de notre société occidentale : la mort, la fin, l’après, l’inconnu…
Comme d’autres malades, Michèle Coerten, atteinte d’un cancer du cerveau, a revendiqué le droit de disposer de son corps lors d’un documentaire diffusé par l’ADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité) dernièrement à Lons le Saunier.
Pour cette belge, la garantie d’une euthanasie correspondait même à « une chance de vivre », puisqu’on lui proposait une radiothérapie du cerveau, lésé par un cancer.
« J’ai accepté le traitement, car je savais que je pouvais disposer d’une ultime liberté » : celle de pouvoir partir en cas d’échec thérapeutique, sans connaître l’angoisse d’une difficile agonie.
Il faut dire que (comme la Suisse avec le suicide assisté) la Belgique a adopté il y a déjà 17 ans une loi autorisant une « aide active à mourir » dans des cas bien précis : “être capable d’exprimer sa volonté et conscient”, “se trouver dans une situation médicale sans issue” et “faire état de souffrance physique et/ou psychique constante, insupportable et inapaisable”. Cette souffrance doit en outre résulter “d’une affection accidentelle ou pathologique grave ou incurable”.
Même si des familles ont témoigné du départ d’un proche « très doux, serein », voire « avec un sourire », la Belgique « n’assassine pas à tour de bras » : malgré une forte progression de cas ces dernières années, seulement 2% des décès peuvent être imputés (tout à fait légalement) à des aides à mourir.
“Parmi eux, il y a des Français” a confié Brigitte Prost-Blondeau, déléguée ADMD du Jura : comme cette malade souffrant beaucoup « obligée d’aller trois fois en Belgique pour confirmer son souhait de mourir » de façon volontaire, réfléchie, répétée et sans pression extérieure.

80 à 92% de français pour l’aide à mourir

Il faut dire qu’en France, la loi Claeys-Leonetti confère au patient “en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable” le droit de refuser ou d’arrêter les traitements, voire de bénéficier d’une sédation profonde et continue.
Ce qui pose problème dans de nombreux cas, car un médecin peut être jugé coupable d’assassinat et condamné à « des peines allant de 30 ans de réclusion à la perpétuité » a expliqué Jonathan Denis, secrétaire national de l’ADMD.
C’est pourquoi l’association qui rassemble 70.000 membres se bat depuis 40 ans pour faire évoluer la législation.
Un parcours semé d’embûches, car différentes perceptions (médicales, religieuses ou philosophiques…) se confrontent et s’opposent souvent à tout changement.

“Hippocrate n’avait pas prévu les machines qui maintiennent désormais en vie…”

Un médecin retraité a mis les choses au clair : « Connaissant bien mes confrères, je ne suis pas optimiste d’autant plus que les conseils de l’ordre s’avèrent très conservateurs, voire rétrogrades. Le serment d’Hippocrate stipule bien : en premier, ne pas nuire ».
Jonathan Denis, quant à lui plutôt optimiste, a répondu qu’Hippocrate « n’avait pas prévu les machines qui maintiennent désormais en vie… ».
« Nous n’avons jamais été aussi proches d’obtenir une loi » a-t-il même affirmé, ajoutant que le président Macron se serait prononcé pour une évolution de la loi.
C’est toutefois sur le terrain parlementaire que l’ADMD souhaite avancer, ajoutant que les pro-euthanasie se comptent désormais dans tous les partis politiques.
Promis mais non réalisé par François Hollande, le « droit à mourir » sera-t-il enfin légalisé pour éviter à des millions de français une vie dégradante ?
Face à la souffrance et à l’indignité, 80 à 92% d’entre eux seraient favorables à « cette interruption volontaire de vie » encadrée.

Contact ADMD :  www.admd.net/ 03 84 47 59 10

Dossier réalisé par Stéphane HOVAERE et Cyril KEMPFER

Brigitte Prost-Blondeau, déléguée jurassienne de l’ADMD a invité le secrétaire général de l’association.

La Suisse, “eldorado” pour finir sa vie

La Suisse fait une fois de plus figure de précurseur en matière sociale : elle a dépénalisé depuis une dizaine d’années le suicide assisté. En d’autres termes, elle » transforme le suicide isolé et violent en un acte serein et accompagné (la famille est en général présente) » constate Brigitte Prost-Blondeau. En pratique, c’est au malade en situation d’impasse thérapeutique (exemple : cancer généralisé en phase terminale) ou souffrant d’une maladie dégénérative invalidante de boire une potion létale ou de « tourner le robinet » commandant une injection mortelle de Penthotal ou autre barbiturique. Trois associations suisses sont ouvertes aux jurassiens et aux français : Life Circle (Bâle), Ex International (Berne) et Dignitas (Forch, près de Zürich). Conditions sine qua non selon l’ADMD : « Justifier d’un sérieux dossier médical entrant dans le champ d’application de la loi, et adhérer à une de ces associations ».