Montbarrey : un village campé entre la Loue et la forêt de Chaux

« C'est un village tranquille, sans bruit, près d'une jolie forêt » reconnaît Armand, installé dans la commune depuis près de 10 ans. Situé à une vingtaine de kilomètres de Dole et d'Arbois, Montbarrey est une charmante localité, saignée au fil des siècles.

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Construit au début des années 1920, le monument aux morts rend fièrement hommage – devant l’église du XIXe siècle – aux enfants du village sacrifiés pour le pays.

Traversée par la D7 reliant Dole à Arc-et-Senans, la commune périurbaine de Montbarrey abrite des habitants ayant un gentilé plutôt atypique. Au cours du siège de Dole mené par le prince de Condé en 1636, des actes de désolation ont été commis aux alentours de la capitale du comté de Bourgogne. Les personnes vivant à Montbarrey ont ainsi été victimes de l’ardeur destructrice des Français. Fuyant devant l’ennemi, ces individus ont alors été traités, comme le précise Jacques Tétu, de « Culs brûlés ». Toutefois, Sylvain Borneck, maire de Montbarrey depuis 2014, préfère appeler ses compatriotes les Montbarrésiennes, et les Montbarrésiens.

Localité verdoyante où coule la Loue et où se planifient diverses randonnées dans la calme forêt de Chaux, Montbarrey, commune du Val d’Amour, est riche de son histoire. Néanmoins, comme le remarquait déjà Alphonse Rousset, il est délicat d’affirmer l’origine de son nom : « nous désespérons de pouvoir mettre d’accord les étymologistes sur l’origine du nom, car les uns prétendent que Bart, mot celtique, signifie lieu fort sur une montagne, et d’autres, port ». François Richard, vice-président des Radeliers de la Loue souligne également que « ça aurait été un village qui aurait été détruit plusieurs fois et qui aurait été barré ». Quoiqu’il en soit, les Culs brûlés peuvent quotidiennement profiter d’un cadre champêtre authentique.

En 1841, 513 personnes étaient dénombrées à Montbarrey là où 15 ans plus tard, 543 individus peuplaient le village, soit environ 200 personnes de plus qu’aujourd’hui. Suite à l’exode rural et aux conséquences des deux conflits mondiaux, la population enregistrée en 1990 était de 245 habitants, ce qui correspond à moins de la moitié par rapport à un siècle et demi plus tôt. Cependant, depuis plusieurs années, la population connaît une croissance démographique positive, la commune comptabilisant 317 habitants en 2016. Cette joyeuse tendance devrait se poursuivre, Sylvain Borneck dévoilant la construction prochaine de cinq nouvelles maisons.

Histoire et origine de cette localité

« Il est probable que la bourgade primitive, d’origine gauloise, était au bord de la rivière et qu’elle a été forcée de s’en éloigner, pour ne pas être engloutie sous les eaux » stipule Alphonse Rousset quant à l’occupation antique de Montbarrey. Il faut toutefois attendre le XIIe siècle pour trouver une mention écrite de l’existence d’une communauté humaine à Montbarrey.

Suite à de multiples péripéties médiévales liées notamment aux châteaux, le village a subi en décembre 1587 les troupes du marquis du Pont et du duc de Guise se hâtant à la poursuite de leurs ennemis.

Au XVIe siècle, Montbarrey a abrité un illustre personnage : Jean de Saint-Maurice. Professeur à l’université de Dole créée au cours du siècle précédent, celui-ci était notamment l’ambassadeur de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Charles Quint en 1545 à la cour du roi de France François Ier. Après avoir accompli plusieurs prestigieuses besognes, il s’est rendu à Montbarrey où il y est décédé.

En 1678, la ratification des traités de Nimègue a notamment eu pour effet le passage officiel du comté de Bourgogne sous l’autorité du roi de France. Montbarrey est alors devenu français. Deux bornes témoignant de la volonté de maîtrise de ce territoire par les Français subsistent dans la forêt, sous la motte féodale.

Environ un siècle plus tard, Alexandre Marie Éléonore de Saint-Mauris, qui était « comte, puis prince de Montbarrey » comme le note Jacques Tétu, a été nommé secrétaire d’État à la Guerre de Louis XVI en septembre 1777, et ce jusqu’en 1780.

Au XIXe siècle, le village a acquis des bâtiments encore visibles aujourd’hui. Ainsi, la maison commune a été bâtie en 1837, là où l’église dédiée à Saint-Nicolas a été érigée en 1851. À la même époque, un pont en fer a été construit, remplaçant alors un pont en bois qui avait été emporté par l’une des crues qu’avait subi le village.

D’autres personnes renommées ont un lien étroit avec Montbarrey telle l’actrice Micheline Dax (1924-2014), de son vrai nom Micheline Etevenon, qui a vécu avec son père dans le village.

Les châteaux médiévaux de Montbarrey

Bâti au milieu du XIIe siècle, l’ancien château de Montbarrey a été annihilé vers 1227 par les combattants d’Othon de Méranie. Ayant accueilli à maintes reprises, entre 1157 et 1190, Frédéric Ier Barberousse, alors comte de Bourgogne, cette bâtisse, malgré son relatif prestige, périt rapidement. Jacques Tétu explique alors qu’un second château a ensuite été élevé : « Un château fortifié fut reconstruit en 1232 par Thiébaud II, sire de Neuch[â]tel et de Montbarrey, sur le sommet d’un coteau au nord-ouest du village ». Celui-ci fut détruit au cours de la guerre de Cent Ans (1337-1453).

Gare à Montbarrey

Édifiée en 1857, la gare de Montbarrey, détruite en 1989, permettait d’accueillir dignement les voyageurs faisant escale dans le village. Ainsi, avant la construction d’une ligne ferroviaire passant à Mont-sous-Vaudrey inaugurée en août 1884, Jules Grévy, alors président de la République française depuis 1879, s’arrêtait fréquemment à la gare de Montbarrey.

Aujourd’hui, un arrêt demeure à Montbarrey, ce qui permet au village d’entretenir des relations avec de multiples territoires. Sur la ligne Dijon-Vallorbe, cette petite halte ferroviaire peu utilisée reste un service incontestable pour la population.

Monsieur Wilson, Monsieur Kergariou et le baron Cerise attendent le train en 1903 pour repartir à Paris puis à Loches (près de Tours) où les Wilson ont leur résidence. Collection Amaous.

Montbarrey et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Après la déroute de 1940 et jusqu’au milieu de la Seconde Guerre mondiale, la Loue, passant à Montbarrey, matérialisait la ligne de démarcation, c’est-à-dire la frontière entre la zone occupée et la zone libre. Les anciens de Montbarrey se souviennent de cet épisode historique, comme le constate Sylvain Borneck : « je pense que la ligne de démarcation, c’est quelque chose qui est encore dans l’esprit de certaines personnes et qui a marqué une ou deux générations assez fortement ». Madame Gris, alors enfant lors du conflit, se rappelait en 2014 de cet événement historique : « Je me souviens de l’arrivée des Allemands à Montbarrey, on était en zone occupée. […] La ligne de démarcation était gardée par des Français, des douaniers ».

Aujourd’hui, un monument commémoratif rend hommage aux individus victimes de cette rivalité dévastatrice.

Celle-ci poursuivait en expliquant la Libération de son village : « Le 29 août [19]44, les résistants sont arrivés à Montbarrey. Il n’y avait plus d’Allemands au village, ils ne se sont pas méfiés, car les Allemands étaient encore à Belmont. Il y en a qui les ont prévenus. Ils sont arrivés par le bois en haut de Montbarrey, et là il y a eu un carnage. Il y a eu plus de morts côté résistant que du côté allemand. La population a été prévenue de quitter le village ». Se rendant sur les lieux du massacre pour secourir d’éventuels survivants, quelques personnes ont subi le joug allemand. Madame Gris raconte : « Les Allemands ont tué Émile [Gris] et ont blessé Jean [Cabaud] car ils pensaient que c’était des résistants ». Aujourd’hui, un monument commémoratif rend hommage aux individus victimes de cette rivalité dévastatrice.

Pour en savoir plus : consulter le recueil de témoignages réalisé par l’association Amaous en 2014 : Derniers témoins de la Libération du Val d’Amour, août-4 septembre 1944, Mont-sous-Vaudrey, Bans, Vaudrey, Souvans, Montbarrey.

Un homme plongeant de l’ancien pont de Montbarrey. Certains éléments présents sur cette photographie subsistent à l’état de vestige. Collection Amaous.

Avis aux téméraires

À la croisée des légendes

Village de la forêt de Chaux, Montbarrey est l’objet de nombreuses légendes. Ainsi, comme le rapporte Alphonse Rousset, certains racontent qu’il y a sur le territoire de Montbarrey des « dames blanches qu’on voyait danser jusqu’à deux heures du matin, un flambeau à la main, au bois Boudier ; le cheval Gauvain, qui chaque soir suivait le ruisseau du Vernois, pour se montrer sur la place et disparaître ensuite dans la forêt de Chaux ». D’autres affirment qu’à minuit pour Noël, des cloches sonnent au pré Sabatier, vers le vieux moulin des Hélènes, où se serait élevé autrefois un monastère.

Concourant au folklore local, ces phénomènes surnaturels attendent d’être vérifiés. Par conséquent, les plus téméraires pourront aller, au cours de déambulations nocturnes, à l’assaut de ces mythes.

Un camping renommé

Chaque année, le camping « Les 3 Ours » accueille, d’après le premier magistrat de la commune, « un bon millier voire 1500 personnes. Il y a environ 80 % d’étrangers composés d’Hollandais, d’Allemands et d’Anglais ». Véritable institution faisant la renommée du village, ce camping dynamise réellement la commune. Cette localité compte également un cultivateur de sapins. Quant aux services, la halte ferroviaire et le bureau de poste facilitent la vie des habitants.

Souhaitant insuffler une certaine vitalité à leur bourg, les bénévoles des associations de Montbarrey organisent divers événements au cours de l’année. Les quatre associations du village travaillent alors d’arrache-pied pour offrir un avenir à cette localité pittoresque. Parmi les quelques activités proposées à Montbarrey, le club de football brille par ses respectables résultats.

« Nous désespérons de pouvoir mettre d’accord les étymologistes sur l’origine du nom, car les uns prétendent que Bart, mot celtique, signifie lieu fort sur une montagne, et d’autres, port » Alphonse Rousset.

Une nouvelle station d’épuration au pays des Culs brûlés

En 2018 et 2019, le conseil communautaire avait « validé la réalisation d’une étude de faisabilité pour la construction d’une nouvelle station d’épuration à Montbarrey et l’analyse de l’intérêt de raccorder les effluents des communes de La Vieille Loye et Ounans » peut-on lire dans le rapport n°17 du conseil communautaire de juillet dernier. Les travaux pourraient débuter à la fin de l’année 2020 pour s’achever – après environ 4 millions d’euros – quelques années plus tard.

Le maire explique également : « on a un programme de restauration de la Leue » qui devrait débuter à l’automne. Quelques mois plus tard, durant l’hiver, « on va construire une maison pour les seniors » reprend Sylvain Borneck. Par conséquent, des projets afin d’améliorer le quotidien des habitants sont d’ores et déjà impulsés.

Petite commune charmante, Montbarrey cherche infatigablement à ne pas devenir complètement une localité dortoir au coin d’une forêt réputée.

Pour aller plus loin : bibliographie non exhaustive :

TÉTU Jacques, Val d’Amour, Val de Loue, villages des cantons de Montbarrey, Villers-Farlay et des bords de Loue, Dmodmo éditions, Dole, 2011, pp.86-93.

ROUSSET Alphonse, Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (…), Bintot, Besançon, tome IV, 1856, pp.278-283.

Anthony Soares

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