Mont-sous-Vaudrey, et les alentours, occupés par des Prussiens

En juillet 1870, le Second Empire déclara la guerre à la Prusse. Peu après, la défaite française fut totale, si bien que les Prussiens occupèrent certains territoires français. Ce fut notamment le cas de Mont-sous-Vaudrey. Retour sur cet épisode historique oublié…

0
143
En dehors de Mont-sous-Vaudrey, les Prussiens ne passèrent pas inaperçus, puisque le maire de Villers-Farlay nota ; « On les dit nombreux à Mont-sous-Vaudrey ».

Une défaite française terrible

Peu après la déclaration de guerre contre une coalition d’États germaniques menée par la Prusse, Napoléon III (1852-1870) fut vaincu. Et pour cause, le 1er septembre 1870, la bataille de Sedan fut une défaite française cuisante, si bien que l’empereur des Français fut capturé le lendemain. L’Empire disparut alors. Deux jours plus tard, le 4 septembre 1870, la IIIe République fut proclamée.

Quelque temps plus tard, les Prussiens avancèrent sur le territoire français et ils occupèrent bientôt Mont-sous-Vaudrey.

On les dit nombreux à Mont-sous-Vaudrey

Le 26 janvier 1871, les lecteurs du Courrier de Saône-et-Loire apprenaient que le 23 janvier, un « corps prussien est parti de Dole pour Parcey où il s’est séparé en deux colonnes dont une s’est dirigée sur Mont-sous-Vaudrey et l’autre sur le Déchaux ». Le lendemain, depuis Poligny, le sous-préfet indiquait à l’administrateur du Jura que le « commandant de la garde nationale [accusait] 1,500 Prussiens avec artillerie à Mont-sous-Vaudrey ».

Ce premier précisait, le 24 janvier 1871 – selon Le Courrier de Saône-et-Loire – « qu’à 8 heures du matin un corps prussien de 5,000 hommes environ, 1 batterie d’artillerie, s’est porté sur Mouchard à 11 heures et demie. Un corps de la même importance venant de Dole a remplacé le précédent à Mont-sous-Vaudrey ». Pour un village comme Mont-sous-Vaudrey comptant, à l’époque, entre 1000 et 1100 habitants, la pression sur la population devait être considérable. Pour Mouchard, village abritant entre 700 et 800 personnes à l’époque, le traumatisme fut sûrement important aussi.

Un épisode qui permet d’expliquer une phrase de l’hymne de Mont-sous-Vaudrey, créé à la fin du XIXe siècle : « Mais les Prussiens, qui ont trahi la patrie, qu’ils ne viennent plus s’abriter sous nos toits, qu’ils ne viennent plus s’abriter sous nos toits ! ». Bien que les auteurs de ce chant sont inconnus, il est probable que ceux-ci vécurent l’occupation prussienne.

En dehors de Mont-sous-Vaudrey, les Prussiens ne passèrent pas inaperçus, puisque le maire de Villers-Farlay nota ; « On les dit nombreux à Mont-sous-Vaudrey ». Bien que ces chiffres soient sûrement approximatifs, ils permettent de tenter d’appréhender la puissance prussienne sur les territoires jurassiens.

Vers d’autres localités jurassiennes…

De Mont-sous-Vaudrey, les occupants se rendirent dans d’autres localités. Ainsi, le maire de Villers-Farlay expliquait, le 24 janvier, à l’administrateur du Jura que « 100 Prussiens, arrivés ce soir à Villers-Farlay venant de Mont-sous-Vaudrey, ont échangé des coups de feu avec un poste de mobilisés, après quoi ils se sont retirés dans la direction de Mont-sous-Vaudrey, emmenant quelques blessés dans les voitures qui les accompagnaient ».

Ce même jour, le sous-préfet précisait même que La Ferté, un village se situant à une demi-douzaine de kilomètres au sud-est de Mont-sous-Vaudrey, avait été témoin d’une occupation prussienne ; « Le maire d’Arbois dit qu’il enverra à dix heures deux compagnies à Mouchard, et qu’hier quelques uhlans sont arrivés à Laferté ».

Une défense qui fut encore nécessaire quelque temps, bien qu’un armistice fut signé le 28 janvier 1871. Des combats se déroulèrent effectivement dans l’est de la France après cette date. Le 1er février 1871, les « Prussiens [occupèrent] toujours Dole au nombre d’environ 2,500, ainsi que toutes les localités situées au-delà de la ligne de Salins. Ils se sont retirés de tous les environs de Lons-le-Saunier, pour se concentrer sur Poligny, Arbois et Mouchard. Delà, ils sont allés attaquer de nouveau Salins, qui est entre leurs mains actuellement, sauf les forts, assure-t-on ». Le 15 février 1871, la fin des hostilités était ordonnée. Trois jours plus tard, le siège de Belfort fut levé.

Trois mois après, le 10 mai 1871, un traité de paix fut signé à Francfort-sur-le-Main. Perdante, la France fut occupée et se vit amputer de l’Alsace et de la Moselle. L’occupation prussienne dans le Jura cessa à l’automne 1871. Une rancœur et une frustration qui furent des facteurs explicatifs du déclenchement de la Grande Guerre.

Le Courrier de Saône-et-Loire, n°3522, 26 janvier 1871, p. 1. (par Trouillebert) ; Le Courrier de Saône-et-Loire, n°3524,28 janvier 1871, p. 1. ; Le Courrier Comtois, n°14 de la sixième année, 28 janvier 1871, p. 2. & Le Courrier de Saône-et-Loire, n°3530, 4 février 1871, p. 1.