Marie, la dame du bon Pasteur

Le temps passant, on découvre le rôle de Marie, l’épouse de Louis Pasteur. Il se dessinerait alors les traits d’un couple mythique…

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Pasteur et Koch, un duel de géants dans la guerre des microbes, est une splendide fiction qui fut diffusée sur Arte. Louis Pasteur, portrait d’un visionnaire, fut une autre excellente fiction. Dans l’une comme dans l’autre, un personnage essentiel dans la vie du savant est apparu. Il s’agit de son épouse Marie, excellemment, finement et délicatement interprétée dans le premier cas par Françoise Miquelis et dans le second cas par Marie Bunel. Dans Pasteur et Koch, la très belle scène où Marie prépare son mari paralysé pour son jubilé national est particulièrement émouvante. La vie de Marie Pasteur apparaît pleinement dans la biographie que lui a consacré Agnès Desquand, ouvrage passé malheureusement inaperçu.

Patrick Bonnet, dans le rôle de Louis Pasteur, et Francoise Miquelis qui interprète Marie Pasteur, dans le film Pasteur et Koch. Photo : Philippe Bruniaux.

Alors que pointe en 2022 le bicentenaire de l’illustre Jurassien, le rôle de Marie Pasteur se dessine un peu plus qu’en pointillé. Il s’agit d’abord d’effacer une funeste intuition. Les photos qui la montrent, le plus souvent, suggèrent une femme sévère, austère qui n’engage pas à s’inviter à l’heure du thé. Agnès Desquand gomme cette impression : « Ses contemporains louaient sa gaieté, son affabilité et son dévouement à son mari et à la science ».

Le médecin et historien arboisien Philippe Bruniaux abonde : « C’est au travers de ceux qui ont connu Marie Pasteur que nous savons, indirectement, qu’elle fut une femme si remarquable. Mais c’est en lisant sa correspondance inédite qu’il nous a semblé la “connaître” directement. Que d’esprit, d’humour, d’affectueuse malice, de tendre ironie, de modestie et de dévouement ! Ces points méritent aussi d’être souligné. Grâce à Marie, l’atmosphère devait être agréable et Pasteur a eu bien de la chance ».

Mariage en 1849

Louis et Marie Pasteur en 1884. Photo : Reproduction Philippe Bruniaux.

En 1849 à Strasbourg, le professeur Louis Pasteur, 27 ans, épouse Marie Laurent, 23 ans. Le père de Marie est recteur de l’université où a été nommé le jeune enseignant. Marie Pasteur devient selon l’expression du docteur Emile Roux, collaborateur de son mari, « le modèle de la femme du savant ». Quel est son rôle ?

« Exerçant son rôle de maîtresse de maison, raconte Agnès Desquand, Marie l’affranchit de tous les problèmes matériels de la vie quotidienne. Elle soigne cet homme fragile, le force à se reposer. Très forte dans les épreuves, elle le soutient lors des décès de trois de leurs filles – Jeanne, Cécile et Camille. Elle a, très tôt, été sa secrétaire, elle l’aide à mettre en forme des idées difficiles à exprimer et substitue sa belle écriture à ses pattes de mouche. Passionnée de sciences, elle participe aux recherches sur les maladies des vers à soie et, de façon informelle, exerce les métiers d’aujourd’hui : comptable, coach, directrice de la communication, attachée de presse, déléguée aux dons et legs… ».

Marie Pasteur organise la vie sociale du couple. Marie Pasteur avait “son mardi”, le jour où elle attend des visites. De plus, comme tous les personnages influents qui ont des élèves, des disciples et des collaborateurs, Pasteur leur ouvre son appartement un soir par semaine, le dimanche.

Jeu de rôle

Marie Pasteur avec sa fille Marie-Louise. Photo : Musée Pasteur.

Selon Agnès Desquand, restant toujours en retrait, Marie Pasteur assiste avec un enthousiasme presque naïf à la gloire grandissante de son mari. « Un jeu de rôle s’institue entre eux, analyse Agnès Desquand : Louis est le modeste qui n’accepte les honneurs que pour faire plaisir à sa famille ; de son côté, Marie se montre assoiffée de récompenses. En réalité, ils sont tous les deux émus aux larmes devant les honneurs ; ils savent que la gloire contribue à faire accepter et appliquer des découvertes révolutionnaires attaquées par ailleurs ».

Philippe Bruniaux souligne qu’en épousant Pasteur, ce dernier lui a fait découvrir la science. Marie Pasteur marque son intérêt pour les recherches de son « mari de savant » comme elle l’écrit. Elle recopie des notes, renseigne des étiquettes de tubes à essais, elle commente les travaux à sa fille. Pasteur achève une de ses lettres à asa femme en 1852 : « À toi et à la Science pour la vie ».

L’ouvrage d’Agnès Desquand : Madame Pasteur, secrets de famille, Éditions DmoDmo (à Dole), 2013, 496 pages, 24 €.

Pour Agnès Desquand « Le couple Pasteur est à la fois un couple typique de la bourgeoisie du XIXè siècle et c’est aussi un couple mythique par son acharnement à aboutir à des découvertes bienfaisantes, et à accéder à une gloire qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui. » Un couple mythique ? L’idée nous plaît bien…

Jean-Claude Barbeaux

 

Marie l’Arboisienne

« Jusqu’à son mariage en 1849, raconte Philippe Bruniaux, Marie Pasteur n’a connu que la ville, son père étant principal de collège à Clermont-Ferrand où elle est née, puis il est passé par Riom, Paris, Saintes, Sens, Douai, Angoulême, Cahors pour finir recteur de l’académie de Cahors puis de celle de Strasbourg. En épousant Louis Pasteur qui lui a fait découvrir ses racines jurassiennes, elle a aussi adopté Arbois et la maison familiale au bord de la Cuisance. »

Pour Philippe Bruniaux cette découverte lui donnait enfin « un repère, une maison de famille, qu’elle aménagea des chambres au jardin. Un repère dans lequel elle recevait son entourage et les amis, jusqu’à 18 personnes certains été… La vie était joyeuse en Arbois ».

Marie Pasteur s’éteint d’ailleurs dans cette maison en 1910, 15 ans après son mari. Son corps repose près de son époux dans la crypte de l’Institut Pasteur.