Marché de Bletterans : de nouvelles habitudes à prendre

Les commerçants impactés par la transformation sont ceux qui ont changé d’emplacement et qui se plaignent d’être isolés devant la Poste. D’autres voient d’un bon œil cette évolution. Leurs clients vont les retrouver et d’ici peu, tout le monde sera gagnant.

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Elisabeth Morin arrête son activité à la fin de l’année et aurait voulu rester jusque là dans l’allée, très commerçante.

Il est d’usage d’affirmer que les Français n’aiment pas le changement, qu’ils le craignent, qu’ils n’adoptent les changements et les innovations qu’à reculons. Les commerçants qui installent leurs étals sur le marché de Bletterans le mardi matin sont-ils de ceux-là ? Pas forcément.

« On n’avait pas à m’enlever »

Ceux qui demandent encore à voir sont ceux qui ont subi le resserrement des bancs et qui ont changé de place pour se retrouver devant la Poste, de manière générale. Parmi eux, Elisabeth Morin, productrice à Saint-Marcel. « En étant une des plus vieilles du marché, on n’avait pas à m’enlever pour mettre quelqu’un à ma place, affirme-t-elle. La semaine dernière, j’ai amené dix paquets de carottes, j’en ai vendu quatre alors que d’habitude, j’en vends 25 ! »

Mais d’après elle, ses habitués ne l’ont pas encore trouvée. « Cela fait 35 ans qu’on vient ici. On sait que les gens passent dans l’allée, qu’ils ne viennent pas dans le coin. On va essayer de faire avec sinon on va grogner », promet-elle, tout en reconnaissant que le simple fait de permuter avec son voisin en face joue déjà sur ses ventes.

« Je cherche mon jeune boulanger, il n’est pas là », l’interpelle justement une cliente. S’il est bien présent, il n’est pas à la place qu’il occupait avant les modifications du marché.

Il s’est arrangé pour retourner dans l’allée

Le voisin d’Elisabeth Morin, s’il fait les mêmes constats de diminution sur ses ventes depuis son déplacement, veut être plus confiant. Maraîcher à Epervans, il a aussi été installé au fond de la place, devant la Poste, mais il veut croire que les gens vont s’habituer et repérer où se trouvent les commerçants. Et puis il s’est arrangé, dit-il, avec le placier pour retourner dans l’allée principale dès que les saisonniers seront partis. Sur les animations que la mairie va mettre en place, il est plus réticent. « Les animations, c’est pas bon sur les marchés car si elle est bonne, on vend rien pendant qu’elle a lieu. »

Pour un commerçant qui souhaite rester anonyme, la mairie a voulu « combler le vide entre le centre-ville et le marché alors qu’avant, on avait une belle allée commerçante. On a comblé un vide pour en recréer un autre ». Sur les animations, « un minimum c’est très bien, mais trop c’est au détriment du commerce ! ».

« La mairie nous considère »

Franz Bazus, délégué à la commission du marché, veut positiver cette évolution. « J’en pense du bien dans le sens où le marché a été intégré dans la volonté de refaire le centre-bourg, du bien aussi car la mairie nous considère. » Le commerçant reconnait que potentiellement, quelqu’un qui change de place peut perdre des clients. « Soit on ne bouge pas, soit on prend des risques ! » Pour lui, le nouveau marché va fonctionner et il est déjà bénéfique pour les petits bancs de producteurs qui étaient « éparpillés ». « C’est une chance pour eux d’être recentrés sous les halles. La mairie nous a resserrés pour faire vivre le marché. »