Marathon masque

Installée rue Boyvin depuis mars 2019 et doloise « de grand-mère en petite-fille » la dynamique Elise Couture n’était pas du genre à se laisser abattre, même par deux mois de confinement. Encore moins à se tourner les pouces pendant que nos soignants se démenaient. Résultat : mille masques de protection au compteur de sa Singer fin juillet, à l’heure où nous bouclions votre Mag 39. Portrait mérité d’une personnalité entière et généreuse.

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De la capitale des Gaules à la sous-préfecture du Jura

Devenir couturière, la petite Elise Robardet en rêvait déjà quand, à huit ans à peine, elle confectionnait la garde-robe de ses poupées Barbie… Dix ans plus tard, BEP et Bac Pro en poche, elle démarrait à Lyon au sein de l’entreprise Point Retouche. « Un poids lourd du secteur au service de marques prestigieuses comme Hugo Boss, Sandro ou Canali mais aussi de l’Olympique Lyonnais…. Jamais de droit à l’erreur donc et une course contre la montre permanente pour livrer toujours plus vite des articles toujours mieux retouchés ». Promue chef d’atelier et donc en première ligne, la jeune femme tiendra dix ans la cadence. « J’ai eu le déclic le jour de mes trente ans » indique-t-elle, avant de rendre son tablier pour se lancer comme retoucheuse à domicile. Sa botte secrète ? La confiance de quelques grandes familles lyonnaises entre lesquelles elle va naviguer durant un an, d’appartements bourgeois en hôtels particuliers « mais d’un bout à l’autre de la ville et sept jours sur sept, réveillons compris».
De la « belle ouvrage » certes mais une cadence infernale qui en mars 2019, la décide à tirer définitivement sa révérence à Lyon et son « rythme de folie ».
« M’installer à Dole où j’avais grandi m’a semblé naturel. Revenir aux sources était la meilleure chose qui pouvait m’arriver ».

Ourlet minute et masques à la chaîne

Et de fait, très rapidement, sa petite affaire décolle : ourlet minute ou retouche de fond, les commandes affluent, du particulier fidèle à la boutique partenaire, Margot au centre-ville et CELIO aux Epenottes en tête. « Jusqu’au début du confinement le 16 mars 2020 en tout cas ». Pas moyen en effet pour notre couturière d’exercer son métier sans toucher ou mesurer. Mais pas question d’y renoncer puisqu’elle est faite pour ça.
« Au bout de quelques jours à cogiter au soleil, ça m’a semblé évident : j’allais me mettre au service de ceux dont je voyais se multiplier les appels à l’aide sur les réseaux sociaux : masques, blouses, sur-blouses, tout le monde manquait de tout à l’Hôpital, la Polyclinique, Saint Ylie, et dans les EHPAD ».
Le temps de collecter quelques dizaines de mètres de tissu, et sa machine à coudre tournait à nouveau à plein régime. Dix heures de travail par jour sans compter les livraisons, jusqu’à ce que les établissements de soin aient été livrés… Et gratuitement bien sûr, sauf depuis le déconfinement, quand la demande des particuliers « a explosé » et qu’arrivée au bout de ses réserves de tissu, elle a du en acheter sur ses deniers.
« Depuis, je demande le prix coûtant de deux euros par masque ». Mais quand on lui demande comment elle voit la suite, elle reconnait avec franchise qu’il va lui falloir recommencer à « faire rentrer des sous dans la caisse »… pour pouvoir se permettre de continuer à rendre service !
« Surtout que je n’ai jamais cessé de payer mon loyer, même si ma propriétaire me l’a proposé ». Mais stoppons là : généreuse, Élise n’en est pas moins modeste et me ferait les gros yeux si elle savait que je vante ses mérites sur tous les toits dolois !