Lyme : une plainte collective contre le CHU de Dijon

Marie-Claire Catroux, atteinte de maladie de Lyme, affirme avoir été « humiliée et démolie » par le chef du service infectiologie. Des propos graves corroborés par d’autres patientes.

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Les graves accusations visent des consultations au CHU de Dijon entre 2015 et 2019.

« C’est que des conneries », « On s’en fout », « Ça me casse les … » : cette incroyable « consultation » médicale, Marie-Claire Catroux, l’a vécue en 2015 en pleine poussée d’une maladie de Lyme.
Très affaiblie par cette pathologie aussi incurable que méconnue, la jurassienne qui habite autour de Lons a dû affronter le chef du service infectiologie du CHU de Dijon. Dès son entrée dans son cabinet, le médecin a selon elle jeté son dossier médical sur son bureau assorti d’un « On s’en fout » répété à moult reprises.
« J’ai été profondément choquée par sa vulgarité et son mépris » confie-t-elle. Au lieu de s’intéresser à son cas, pourtant très sérieux, le professeur Chavanet lui pose de drôles de questions, sur un ton déplaisant : « Savez-vous comment on fabrique le morbier ? », « Aimez-vous le vin jaune ? », etc.
Très vite selon la patiente, l’entretien en forme de monologue s’oriente vers un déni de sa maladie, en d’autres termes que tout serait « dans sa tête » ! « Vous êtes dépressive » martèle à plusieurs reprises le spécialiste, « de toute façon, vous n’êtes pas assez malade pour avoir une maladie de Lyme ».
Marie-Claire Catroux serre les dents pour ne pas fondre en larmes devant une telle humiliation, et essaye de se justifier en décrivant les multiples symptômes qui l’affectent depuis 2004 : «  vertiges, malaises, maux de têtes atroces, épuisement, pertes de mémoire, début de paralysie d’un bras et d’une jambe, etc. ».
« Tout cela, c’est de la dépression peut-être ? » lance celle qui doit se battre au quotidien contre un mal aussi protéiforme qu’handicapant. Ces difficultés retombent aussi en cascade sur son quotidien.
« J’ai été obligée d’arrêter de travailler comme enseignante, j’ai eu peur de perdre ma maison, voire même la garde de ma fille ».

« Éviter que d’autres soient victimes »

Autant dire que cette mauvaise rencontre a été un choc d’une extrême violence pour la jeune femme, qui pour l’exorciser couche quelques notes sur le papier à l’issue de la rencontre. L’affaire aurait pu en rester là si d’autres signalements n’étaient pas apparus. En lisant un appel à témoins relayé par France Lyme, Marie-Claire Catroux découvre récemment avec stupeur que son cas est loin d’être isolé.
Ainsi Nassera Frugier, une autre malade, dépeint en janvier 2019 un entretien aussi humiliant avec le même « mode opératoire » et la même « conclusion » : « Vous êtes déprimée, de toute façon avec les Lyme c’est toujours pareil ».
Cinq patientes, victimes du même médecin, ont donc porté plainte avec le soutien de France Lyme auprès du procureur de la république de Dijon. Le CHU de Dijon n’a pas répondu à nos questions, mais le service communication a précisé cependant que « pour l’ensemble des équipes du CHU Dijon Bourgogne, les seuls objectifs sont la qualité et la sécurité de la prise en charge de tous les patients. Le CHU souhaite rassurer les patients sur la qualité de leur prise en charge, qui doit toujours être empreinte de bienveillance et d’humanité ».
L’association France Lyme lance quant à elle un appel à témoins, car le nombre de cas pourrait être plus élevé, vu le nombre d’années depuis lesquelles ce chef de service exerce.
« Je fais cela pour éviter que d’autres soient victimes » conclut Marie-Claire Catroux, qui à 44 ans, a enfin trouvé depuis une prise en charge appropriée sur Lyon.

Contact : www.francelyme.fr