L’invitée de la semaine : Stéphanie Berrebi

L'auteure de l'ouvrage "Les Nuits d'une Damoiselle" revient sur la démarche qui l'a conduite à entreprendre cette courageuse introspection littéraire. Une œuvre aussi subtile qu'émoustillante, réservée à un public averti... "On est toutes différentes, et notre rapport à la séduction aussi".

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Stéphanie Berrebi

Stéphanie Berrebi la première phrase de votre livre donne le ton. L’impact négatif des réseaux sociaux “où tout le monde a une opinion sur ce qu’il ne connait pas” vous désole. A votre avis, pourquoi et comment en est-on arrivé là ?
C’est un gigantesque café du commerce, accessible à tous du réveil au coucher grâce à nos smartphones. Les gens ont toujours donné leur avis sur tout sans vraiment connaitre leur sujet, les réseaux sociaux sont un vecteur supplémentaire. Hors du cercle d’amis, on se retrouve à connaitre les opinions, aussi infâmes soient elles, de gens qu’on ne connait pas et dont on se fiche mais poussés par une curiosité malsaine, nous en prenons connaissance.
Les politiques et certains médias se sont emparés des réseaux pour s’accaparer les réactions en nivelant par le bas, créant des buzz qui n’ont pas lieux d’être.
Les gens sont des moutons, on leur dit « réagissez » et ils s’exécutent.
Les réseaux sont l’antre du paraitre, on ne montre pas ses imperfections et ses faiblesses. Petit à petit, protégés derrière nos écrans, on oublie que l’humain est aussi fait d’imperfections, comme je le dis dans mon livre.
Alors, on juge et on attaque gratuitement, le moindre mot de travers sorti de son contexte peut coûter très cher à qui le prononce, comme c’est le cas pour Brigitte Lahaie, qui disait pourtant des choses vraies et essentielles pour beaucoup d’entre nous, femmes victimes.

Que pensez-vous du paradoxe de certains discours féministes consistant à exiger l’égalité des tâches seulement dans des domaines précis (tâches ménagères, salaire horaire, “charge mentale”, etc) mais rarement concernant la parité dans les corps de métiers les plus pénibles (bâtiment, industrie…), la coupe de bois dans la forêt ou la vidange de la voiture ?
Je ne pense pas qu’il y ait un réel paradoxe, mais comme je le dis dans mon livre concernant nos rapports « amoureux » aux hommes, en rappelant qu’on a toujours tendance à se faire passer après eux, le grand responsable de tout ça c’est le conditionnement, l’éducation.
On nait avec cette idée qu’en tant que femmes, nous ne sommes pas faites pour couper du bois ou vidanger la voiture. Personnellement, ayant longtemps vécu seule, j’ai appris les bases de l’électricité, de la plomberie ou de la mécanique plutôt que de toujours demander de l’aide à un homme.
Beaucoup de femmes aimeraient être plus acceptées dans ce qu’on appelle des « métiers d’hommes », mais la société est très lente dans son évolution et les hommes voient d’un mauvais œil les femmes faire ce qu’ils font.

A l’inverse de Marlène Schiappa et consorts, vous vous estimez “consciente d’être responsable” de votre propre rapport à la séduction… Et de “l’arme que celle-ci représente dans une société gouvernée par les hommes”. Vous allez même plus loin en écrivant qu’en “vous plaçant éternellement comme victimes du moindre regard masculin, vous continuez de préserver votre place de sexe faible” et que la pétition pour la “liberté d’importuner” fait sens pour vous. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Il y a pas mal d’amalgames dans la question. Car, malgré ses maladresses, Schiappa met en avant une réalité : il y un problème dans les rapports hommes/femmes (même si j’ai tendance à croire que les choses évoluent déjà) : une femme devrait être libre de s’habiller comme elle veut sans être traitée comme un vulgaire bout de viande, que les hommes sachent aussi se tenir et comprendre que quand c’est non, c’est non.
Cependant, je pense que même si la pétition pour la liberté d’importuner avait ses maladresses, elle amenait au moins un autre point de vue, car il ne devrait pas y avoir UNE parole mais DES paroles. On est toutes différentes et notre rapport à la séduction aussi.
Quand on comprend que nos corps sont la faiblesse des hommes, d’une certaine manière, on peut plus facilement reprendre le dessus sur eux.
Je ne suis pas responsable pour les harceleurs de rue qui peuvent être très (trop) lourds, j’ai juste appris à les ignorer, à me défendre si besoin, savoir que le problème c’est eux et pas moi. Je ne veux pas me positionner comme leur victime, je veux m’estimer plus forte qu’eux.
Lorsque j’évoque notre responsabilité, c’est surtout en lien avec les relations toxiques, et notamment celle que j’ai entretenue avec un pervers narcissique, le Salop dans mon livre, qui m’a consumée pendant des années.
S’il avait un réel problème relationnel, j’ai nourri sa toxicité en le laissant faire. Mais j’en reviens au même point, à nous d’apprendre à être plus fortes, de sortir de ce discours que l’on apprend dès le plus jeune âge et qui nous victimise.

Vous évoquez “la guerre des sexes et le retour au puritanisme”. Selon vous, pourquoi et comment se traduisent ces nouvelles tendances sociologiques ?
Quand je lis certains discours, j’ai l’impression qu’effectivement, on va finir comme dans le film Demolition Man : on fera l’amour habillés et par casques interposés.
Alors que j’ai grandi dans une société où l’on parlait de sexe ouvertement, je cite Madonna et Mylène Farmer dans mon livre comme modèles de mon enfance, j’ai l’impression qu’aujourd’hui, on recule.
L’illustration parfaite de ce recul étant l’interdiction de montrer un téton sur les réseaux sociaux, qui régissent pourtant nos vies et celles des plus jeunes.
Les discours au moment de l’explosion du “balancetonporc” ont été extrêmement violents, et encore une fois sans nuances. Beaucoup d’hommes ont été victimes aussi (souvent d’autres hommes) mais n’avaient pas le droit à la parole. Beaucoup de femmes telles que Brigitte Lahaie ou Catherine Deneuve, qui restent selon moi des références en termes de sexualité et de féminité, se sont faites lyncher en apportant un autre point de vue.
Bref, les nuances autour du jeu, du plaisir, de la séduction, etc. n’avaient pas leur place, et il fallait résumer le tout à hommes = porcs et femmes = saintes.
Les choses sont plus compliquées que ça, et on n’a pas avancé sur l’idée qu’une femme peut aussi aimer séduire, et aimer le sexe, sans pour autant être une salope…

Pour en savoir plus :
www.stephanie-berrebi.fr
ou
www.facebook.com/lesnuitsdunedamoiselle

Pour commander :
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