Jura. L’invitée de la semaine : Claire Fourtier

Elle murmure à l’oreille des chevaux : sur les hauteurs de Macornay (près de Lons-le-Saunier), cette passionnée d’équidés porte un regard neuf -et sans pareil dans le Jura- sur leur condition. Plutôt que de les confiner dans des box de 9 m2, et si la bientraitance animale passait par leur rendre leur liberté ? Rencontre.

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Claire Fourtier, 29 ans, voue sa vie aux chevaux et à leur bien-être.

Claire Fourtier, comment vous présenter ?
J’ai 29 ans, et suis originaire de Vaux sous Bornay (à côté de Lons-le-Saunier). Issue d’une famille d’agriculteurs, ma mère et ma grand-mère m’ont offert mon premier cheval –Oloffée- à 16 ans. Je montais déjà depuis mes 12 ans un poney derrière la ferme familiale, mais Oloffée grâce à son extraordinaire potentiel m’a permis de débuter en compétition et de progresser.

Comment vivez-vous aujourd’hui ?
Entourée de chevaux, car j’en possède désormais 13 ! Ils forment un troupeau laissé en liberté avec 5 autres chevaux qui me sont laissés en pension : il s’agit essentiellement de jeunes, ou de « retraités », ou encore de chevaux convalescents après un accident qui viennent se refaire une santé sur les 30 ha de pâturages familiaux. Des pâturages où ils vivent en harmonie, et où ils peuvent s’ébrouer à leur aise.

Vous êtes une des seules dans le Jura et la région à élever ainsi des chevaux de course. Pourquoi ?
Les chevaux de compétition sont d’ordinaire traités comme des bêtes de course, confinés 23 heures sur 24 dans du coton. Ou plutôt isolés dans des box de 9m2 dont ils ne sortent que pour un entrainement. 9m2 pour un cheval, cela représente une cabine téléphonique pour un homme… Pour moi, il s’agit de maltraitance. On ne peut pas dire qu’on aime son cheval en le traitant d’une manière opposée à ses besoins.

Quels sont-ils selon vous ?
Le meilleur ami de l’homme constitue un animal grégaire par excellence, qui va toujours chercher la compagnie de ses congénères (ou même de vaches s’il n’en trouve pas). En Suisse par exemple, il est interdit de posséder un seul cheval, et à l’heure où les cirques arrêtent de présenter des animaux élevés en cage, on peut se poser des questions dans le monde de l’équitation.

Ce monde a parfois la réputation d’être assez fermé. Pourquoi espérez-vous un changement ?
Julien Epaillard perce dans les premiers rangs mondiaux grâce à ses chevaux non ferrés et élevés en liberté. Un vrai buzz qui peut changer la manière de voir et de traiter les équidés.

Vous êtes aussi une des rares dans le Jura à monter vos chevaux sans fers. Pourquoi ?
Les fers servaient à protéger les pieds des chevaux qui faisaient la guerre, mais il s’agit là aussi d’une coutume d’un autre temps, qui déforme à terme les pieds des chevaux. Je taille donc moi-même leurs pieds, et cela ne change rien (à leurs performances N.D.L.R.).

Quels avantages présentent votre élevage libre ?
Les chevaux restent en forme, car certaines maladies ‘de box’ leur sont inconnues (tiques, ulcères, coliques, tendinites, etc.). Je les nourris juste avec de l’herbe ou du foin produit sur la ferme, mais sans granulés. Et les chevaux s’éduquent entre eux par mimétisme : les jeunes apprennent très bien des vieux, y compris quand je les monte.

Avez-vous des projets ?
Accueillir davantage de chevaux de course en pension : j’encourage les propriétaires à les libérer. Et construire une carrière pour donner des cours, car je suis titulaire du Brevet professionnel JEPS équitation obtenu à la ferme équestre de Mancy.
Enfin, créer des bâtiments pour démarrer une véritable « écurie active » (terme employé pour ces écuries libres N.D.L.R.).

Contact :
Les sabots en équilibre : 06 31 33 13 13

Propos recueillis par Stéphane Hovaere.

Le troupeau en liberté compte actuellement une quinzaine de chevaux et poneys.