L’invité de la semaine : Yves Duffait

Médecin urgentiste à l’hôpital de Lons, il le quittera d’ici décembre, à l’issue d’une lutte totale pour sauver le SMUR 2 Jura sud, y compris à skis (Trans’jurassienne) à vélo (Lons-Paris) ou multi-sports (le Jura de bas en haut). Il revient sur ce combat précurseur d’un mouvement national de grève (qui compte aujourd’hui près de 250 services, soit un sur deux), mais surtout sur l’avenir des urgences et de la santé en France...

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Le Dr Yves Duffait a porté les couleurs du SMUR 2 Jura sud jusqu'à Paris à vélo, et à ski durant une Trans'jurassienne.

Yves Duffait, pourquoi quitter l’hôpital et le SMUR 2 Jura-sud, pour lesquels vous avez tant combattu ?
Pour ne pas cautionner un limogeage : celui d’un médecin urgentiste dont le contrat n’a pas été renouvelé et se terminera le 31 octobre. Ce jeune médecin très apprécié était non seulement irréprochable sur le plan professionnel, mais aussi une « locomotive », un facteur d’attractivité pour les urgences.

Après vous être investi corps et âme pour sauver le SMUR 2 Jura sud, cette décision a-t-elle été difficile à prendre ?
J’ai des valeurs, et accepter ce qui ressemble à une « chasse aux sorcières » aurait été un reniement de mes convictions. La Commission médicale d’établissement (CME) aurait du se lever comme un seul homme et démissionner, ce qui n’a pas été le cas.

Avez-vous subi des pressions du fait de votre lutte ?
Avant d’annoncer ma décision, j’ai été affecté en novembre à 100% au SMUR de Champagnole, et en juin dernier j’avais été démis de mon poste de chef de service. Une sorte de « mise au placard », mais je ne suis pas le seul. Certaines infirmières qui s’étaient aussi impliquées ont également été affectées à des postes qu’elles ne désiraient pas.

Avez-vous été assez soutenu ?
Difficile de répondre à cette question. Beaucoup d’élus locaux ont affirmé soutenir le SMUR 2, mais où sont les crédits affectés au maintien de ce service ? Après le prochain vote du budget de la sécurité sociale, il va falloir reprendre des moyens aux hôpitaux, et ce ne seront pas les CHU qui seront impactés, mais les petits et les moyens. On s’est mobilisé pour la population, mais jusqu’à quel point les gens ont-ils envie d’être défendus ?

Que ressentez-vous à l’issue de cette aventure humaine ?
Une grande tristesse pour l’hôpital de Lons Le Saunier et les urgences. J’ai perdu ma naïveté envers certains discours et certaines stratégies : la santé, que je considérais comme un des derniers bastions publics, a semble-t-il pour finalité d’être privatisée.

Comment les urgences du Jura sud peuvent elles continuer à fonctionner, en particulier à la veille de l’hiver ?
En septembre, il y avait 13, 5 médecins équivalents temps plein. En décembre, il n’y en aura plus que 9 (du fait aussi du départ d’autres médecins). Le recours à des intérimaires pourrait coûter 600.000 € sur un an à l’hôpital, presque aussi cher que la ligne de SMUR 2 : où sont les économies escomptées ? Les couloirs des urgences risquent de compter encore 10, 15, 20 patients faute de lits pour les accueillir en aval, en particulier durant les pics épidémiques.

Comment peut-on encore sauver la santé ?
C’est une question que je me pose depuis plusieurs années, et je n’ai pas de réponse.

Quel sera votre plus beau souvenir de ces neuf années passées dans le Jura ?
La cohésion et le dévouement des équipes qui faisaient des urgences une vraie et belle famille. Du brancardier au médecin en passant par les ambulanciers ou les infirmières, tout le monde se serrait les coudes et était content de venir au boulot.

Contact : Facebook “Du blanc pour sauver des vies”
Propos recueillis par Stéphane Hovaere