L’invité de la semaine : Sylvain Gatti

Rencontre avec un biologiste de la faune sauvage, chargé actuellement de rédiger le Plan National d'Actions en faveur du «Lynx Boréal» pour l’Office Français de la Biodiversité (OFB).

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Sylvain Gatti spécialiste du LYNX à l'OFB!
Sylvain Gatti spécialiste du LYNX à l’Office Français de la Biodiversité (OFB)!
BIODIVERSITE!
Le LYNX, un prédateur économe, mais un prédateur quand même ! (Crédit. Photo. Marceau Durafourg)

Sylvain, pourquoi le lynx fascine-t-il tant les gens chez nous ?
«Le Lynx Boréal», ce n’est pas qu’un gros chat, mais c’est surtout un beau félin prédateur très discret, difficile à approcher, comme l’attestent les photographes animaliers, qui le suivent, et dont le plus grand nombre de spécimens dans notre pays se trouve sur ce territoire jurassien franco-suisse.
Son retour en France par le Jura s’est opèré dès 1974 à la suite de réintroductions menées par les voisins helvètes quelques années auparavant. On en dénombre environ 150, avec quelques individus dans les Vosges et le nord des Alpes Françaises. Mais il y a peu de connections entre les deux massifs jurassien et vosgien, à cause des infrastructures humaines existantes difficilement franchissables. C’est un animal essentiellement forestier. On arrive à suivre ses déplacements par l’intermédiaire de pièges-photos posés de manière aléatoire dans la forêt, et du suivi des animaux par un logiciel de reconnaissance du pelage. Le lynx principalement se nourrit d’ongulés sauvages, chevreuils, chamois, mais peut attraper aussi lapins, lièvres et jeunes rongeurs, car c’est le seul félin prédateur en France et en Europe. Le lynx boréal est le plus grand félin des quatre espèces de ce type existant au monde. Et il vit ici…

Que dire du dilemme avec le loup et les bergers ?
A l’inverse du loup animal plutôt social, qui vit et chasse en meute et se déplace beaucoup, dont quelques individus ont déjà été vus aussi dans le Massif, le lynx animal solitaire chasse seul à l’affût et mange en totalité ses proies : c’est «un prédateur économe», contrairement au loup qui lui ne revient jamais finir ses carcasses, d’où moins de problème que le loup avec les bergers et leurs troupeaux de brebis…
Ainsi en France seulement 100 à 120 animaux domestiques (moutons, brebis) sont indemnisés par les pouvoirs publics, alors que pour le loup le chiffre tourne autour de 13.000 unités… Ce n’est pas la même échelle.
On reconnaît très aisément le genre de prédateur du loup ou du lynx, par des techniques et caractéristiques de mise à mort et de consommation différentes. Les portées de petits lynx sont en général de 2 à 3, voire 4 exceptionnellement avec une mortalité la 1ère année équivalente à 50%, et encore de 25% l’année suivante, due principalement aux maladies, accidents, mauvaises rencontres dont l’homme (accidents routiers, ou autres…).
Cependant, la progression du territoire du Lynx se fait lentement, à petits pas…

Pour approfondir ses connaissances sur autre animal fascinant «Canis Lupus», à lire aussi l’ouvrage très intéressant intitulé «Le Loup», de Jean-Marc Landry éminent spécialiste suisse de l’animal.