L’invité de la semaine : Sarah Persil

Cette crise sociale fait vaciller le pouvoir en place, mais elle dit surtout que les outils "démocratiques" tels qu’existants aujourd’hui sont dépassés.

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Sarah Persil incarne la nouvelle génération d'écologistes.

Secrétaire d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) pour le Sud Jura, Sarah Persil milite pour la protection de l’environnement et la justice sociale entre autres. Portrait d’une jeune femme engagée.

Sarah Persil, qui êtes-vous ?
Mon engagement est d’abord associatif : en faveur de la dignité humaine et de l’égalité des droits (prison,  défense des droits des femmes et des Lesbiennes-Gays-Bi-Trans -Intersexes-Queer+), mais également dans les associations sportives. J’ai fourbi mes premières armes professionnelles dans le milieu associatif, l’accompagnement de porteurs de projets et la représentation politique de l’Économie Sociale et Solidaire. Mon engagement politique partisan (à 32 ans) date des dernières élections présidentielles, où l’alternative LREM – Front National me semblait être une fourberie.

Qui représentera votre parti aux prochaines élections européennes ?
La candidate régionale est Anna Maillard, une jeune écolo (37 ans) particulièrement investie sur les questions de la cause animale. Elle fait bien la démonstration d’une économie forte et viable, avec des bêtes d’élevage dont on respecte le milieu de vie. L’urgence sociale et écologique oblige à réorienter l’action de toutes les collectivités pour une justice sociale et fiscale, la transition écologique, la prise en charge des besoins (santé, justice, éducation, mobilité, culture…).
EEVL propose le retour de l’ISF, la fiscalisation du « carburants des riches » qu’est le kérosène, les transports collectifs démocratisés, le revenu universel, le respect des associations comme nos experts locaux,…

Le mouvement populaire des gilets jaunes (basé à l’origine sur la hausse des taxes sur les carburants) a peut-être désespéré plus d’un écologiste. Comment l’avez-vous perçu ?
En fait, nous partageons au moins 50 % des revendications des gilets jaunes, notamment sur les questions de justice sociale, le fait que l’impôt doit être payé par tou-te-s, en fonction de ses moyens et que taxer les bas revenus (via la TVA, la hausse de la CSG) tout en faisant des cadeaux aux très riches est une injustice coupable de la part de nos dirigeant-e-s.
Cette crise sociale fait vaciller le pouvoir en place, mais elle dit surtout que les outils “démocratiques” tels qu’existants aujourd’hui sont dépassés. Il est nécessaire d’avoir des représentant-e-s élu-e-s à la proportionnelle ! De réorienter la richesse nationale pour une réelle redistribution vers ceux qui ont besoin ! Et que dire du fait qu’avec nos impôts, notre service public disparaît ? Les derniers exemples dans le Jura sont nombreux : suppression prévue de la 2ème ligne de SMUR à Lons, disparition de services à l’hôpital de St Claude, promesse de vente du barrage de Vouglans, abandon de la ligne TGV à Lons…

Quelles leçons en avez-vous tirées pour vos actions et projets jurassiens ?
Il faut créer un fonds national pour la rénovation thermique des bâtiments avec une priorité pour l’habitat social et privé. 45% des français n’ont pas d’épargne : c’est à eux en priorité que les aides doivent parvenir pour leur permettre de réduire leur facture d’énergie et améliorer leur confort. Nous sommes un territoire rural et montagnard, mais qui n’empêche pas l’utilisation du vélo dans nos trajets courts. Un vélo électrique, c’est 2 200€, mais des économies d’assurances et d’essence incroyables pour l’essentiel de nos trajets (inférieurs à 5km, soit 20 min à vélo). Il faut en parallèle travailler à la gratuité des transports collectifs, et bien sûr remailler le territoire avec  le ferroviaire. A Lons, plus on consomme d’eau, moins on paie cher le mètre cube. L’urgence écologique et sociale nécessiterait que ce soit l’inverse. La nappe phréatique qui alimente Lons a donné des sueurs froides aux élus et techniciens en charge de ce dossier. La tarification sociale et progressive permettrait de rendre gratuit l’accès à l’eau ainsi que les premiers mètres cubes pour les revenus faibles. Le financement se fera via les gros consommateurs  (piscine privée, industriels, etc).

Les écolos sont parfois taxés d’être culpabilisateurs, en évoquant les catastrophes à venir. Comment s’extraire de cette image ?
Pas facile cette étiquette « d’oiseau de mauvais augure » souvent renvoyée aux écologistes sans que ne soit jamais entendu notre projet politique qui porte pourtant des solutions  efficaces, porteuses d’avenir et souvent peu coûteuses.
Mais j’aime croire que notre angle de travail, au service de la démocratie de terrain et d’un souci d’une vie locale heureuse fera la différence.

Propos recueillis par Stéphane Hovaere