Quelle qualité pour notre eau potable ?

Rencontre avec le président du syndicat des eaux de la région de Dole. Un sujet écologique majeur.

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De très bonne qualité, l’eau ne nécessite aucun traitement préalable avant utilisation.

Patrick Viverge, pouvez-vous nous présenter le syndicat des eaux de la région de Dole que vous présidez ?
Le syndicat des eaux de la région de Dole compte 20 communes (Authume, Archelange, Baverans, Biarne, Billey, Brevans, Champvans, Choisey, Crissey, Foucherans, Goux, Gredisans, Jouhe, Menotey, Monnières, Nevy-les-Dole, Parcey, Rainans, Sampans, Villette-les-Dole). À l’échelle du syndicat, le nombre d’abonnés est de 6 657.  Notre consommation d’eau dans la région de Dole est d’environ 80 m3 par foyer contre 120 m3 au niveau national.
Le rôle du syndicat est d’assurer la distribution d’une eau de qualité dans ces différentes communes. Le système d’alimentation du syndicat des eaux de la région de Dole est constitué de 3 services (Dole Nord, Dole Sud Foucherans et Dole Sud Crissey).
Mes prédécesseurs ont choisi un délégataire : la Sogedo.

 D’où vient l’eau qui sort du robinet ?  Existe-t-il des risques de pollution ?
Le syndicat des eaux de la région de Dole prélève de l’eau dans la nappe alluviale du Doubs. De très bonne qualité, l’eau ne nécessite aucun traitement préalable avant utilisation. Une simple désinfection est utilisée afin d’assurer la qualité de l’eau distribuée. Aux stations de Brevans et de Saint-Ylie, pour chaque service, un analyseur de chlore en sortie de station mesure en continu le résiduel de désinfectant. En fonction de celui-ci et des consignes demandées, une vanne modulante automatique ajuste en continu le débit d’injection de chlore. En complément, et compte tenu de la longueur du réseau, des dispositifs de désinfection intermédiaires assurent une rechloration.
Autour des puits de captage, il y a des conventions avec les agriculteurs qui se passent très bien. On sait qu’il n’y a aucune pollution agricole dans l’eau. On fait extrêmement attention à cela, ainsi qu’aux pollutions industrielles.

Avant d’arriver dans les foyers, l’eau potable passe par un réseau. Il est courant de lire que le réseau français est mauvais, rongé par les pertes et les impuretés. Est-ce le cas dans la région de Dole ? L’eau n’est-elle pas trop riche en calcaire ? Est-il nécessaire pour nos compatriotes d’investir dans un purificateur d’eau ?
La distance de circulation de l’eau fait qu’elle pourrait se dégrader. Il y a 200 kilomètres de tuyaux. C’est pour cela qu’elle est analysée et chlorée régulièrement. L’ARS (agence régionale de santé) fait des analyses à différents niveaux. Le laboratoire d’analyse du département, sous l’autorité de l’ARS, cherche un maximum de molécules dans l’eau qui pourraient être néfastes pour la santé.
Le réseau de notre syndicat est renouvelé régulièrement par des canalisations en fonte française (Pont-à-Mousson) de grande qualité. Il y a moins de 20% de pertes sur le réseau et cela en ne comptant pas le nettoyage régulier des réservoirs. De plus, des analyses régulières et inopinées sont effectuées par l’ARS, résultats que vous retrouvez sur votre facture.
La dureté de l’eau entre 15°f et 30°f est considérée comme moyennement dure et n’altère en rien sa qualité. Il y a un peu de calcaire, mais l’eau qui sort de votre robinet est tout à fait saine. Elle est d’excellente qualité. Il n’est pas nécessaire d’investir dans un purificateur d’eau. Il faut encore être plus vertueux en renouvelant davantage les réseaux pour prévenir les ruptures, et donc, les fuites.

Nos nappes phréatiques sont-elles suffisantes pour subvenir aux besoins de la région de Dole ?
Les nappes phréatiques alimentant nos stations de captage sont largement suffisantes pour subvenir à nos besoins qui diminuent en volume par foyer. Dans notre syndicat, le prix est d’environ 2€ le m3, ce qui est faible. Mais il faut faire de la pédagogie pour l’économiser encore car son coût est faible et peu de gens connaissent le travail fait en amont pour qu’elle soit de grande qualité au robinet.

On le sait, le dérèglement climatique rendra à l’avenir cette ressource encore plus rare à l’échelle mondiale. En tant que président de ce syndicat, êtes-vous inquiet pour l’avenir de notre réserve en eau dans le Jura ?
Un tiers de la population mondiale est privé d’eau potable aujourd’hui. Un agriculteur malgache consomme en moyenne 10 litres d’eau par jour, contre 600 litres d’eau par jour pour un citadin américain. Nous utilisons de l’eau potable pour laver nos voitures, tirer nos chasses d’eau.
Il faudrait consommer moins, inventer des procédés d’économie, transformer des technologies gourmandes. Mais cela passe nécessairement par une pensée « adéquate » de l’eau. Les guerres de l’eau existent déjà et depuis longtemps. Des territoires occupés par certains pays représentent des réserves d’eau importantes.
L’eau est un bien commun. Sa gestion est un problème politique extrêmement important. On sait qu’on va avoir énormément de réfugiés climatiques. La COP 26 estime à 20 millions de personnes déplacées chaque année à cause des conséquences du dérèglement climatique.
Nous, on ne sera pas en manque d’eau. Les puits de captage de Brevans et de Saint-Ylie sont constants et à température pratiquement égale. Du personnel qualifié surveille cela en permanence.

Avez-vous un dernier mot à passer à nos lecteurs ?
Nous avons également une action de solidarité en écrêtant les factures excessives dues aux fuites et parfois à des abandons de créance.
Il faut avoir une attitude vertueuse, en informant et en faisant de la pédagogie pour changer la représentation qu’on a de l’eau. L’eau du robinet coûte 450 fois moins que l’eau en bouteille et elle ne pollue pas par des emballages plastiques les océans en détruisant la faune et la flore. Alors, buvons-la sans restriction…

Patrick Viverge.